DÉDICACE DE LA CATHÉDRALE

Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

H

ier soir aux vigiles, nous lisions un texte de saint Augustin dans lequel il compare la construction de l’édifice fait de pierres et de bois, et l’édifice que nous sommes : l’homme. Je reprends ses mots : "Les croyants, ceux qui croient au Christ sont comme des arbres coupés dans les forêts, comme des pierres taillées dans le flanc des montagnes, et lorsqu’ils sont instruits, formés, baptisés à la vie chrétienne, ils sont comme taillés, façonnés, aplanis entre les mains des ouvriers, des artisans. Ils ne deviennent toutefois la maison de Dieu que lorsqu’ils sont étroitement unis par la charité".

Je crois que quand nous célébrons comme aujourd’hui la dédicace de la cathédrale saint Sauveur, nous sommes souvent confrontés à ce problème : autant la célébration d’un saint ne pose pas trop de problèmes, il a une histoire, un visage, des événements qui jalonnent sa vie. Nous aimons toujours écouter l’histoire des saints. Quand nous célébrons des dédicaces, c’est un peu plus compliqué. Effectivement, la cathédrale saint Sauveur en soi n’a pas "le" visage d’un saint. Alors, comme beaucoup de nos contemporains, nous aurions tendance à vivre notre foi notre religion sur le mode de la connaissance. C’est vrai qu’il y a beaucoup de touristes, je n’ai rien contre les touristes, j’ai été moi-même touriste, mais ce qui me frappe dans la visite d’une église, en général ou même d’une cathédrale, comme le dit d’une certaine manière saint Augustin, on en reste à la connaissance.

Je reprends l’admirable exemple de saint Augustin. Qu’est-ce que c’est que d’être instruit ? C’est être comparé à un arbre coupé, c’est être comparé à une pierre taillée, l’instruction étant le baptême, et ensuite, tout ce que nous mettons en marche avec notre intelligence pour apprendre à connaître le Seigneur. Mais saint Augustin dit bien que cela ne suffit pas. Il ne suffit pas de se laisser équarrir par tel ou tel livre, fut-ce la Bible, il ne suffit pas de se laisser tailler par je ne sais pas quelle émission de télévision. Cela ne suffit pas. Si nous en restons à ce niveau, nous sommes comme pierres laissées à l’abandon sur un chantier, nous sommes comme des bois équarris, abandonnés dans la prairie et nous ne servons à rien. Car en fait, nous sommes du côté de la consommation, et à aucun moment nous ne nous laissons devenir un réceptacle pour la venue de Dieu. Toute l’instruction que nous recevons et que nous avons à chercher, toute la connaissance de Dieu que nous avons à creuser, elle a une fin, et c’est une chose bien désespérante que de voir des gens qui rentrent dans une église et qui ne voient de l’église que quelques pierres, et qui ont seulement envie de savoir si ce tableau est bien de Delacroix, ou d’un autre, et de quelle époque ! Ils en oublient complètement la finalité et ils restent comme ces bois équarris et ces pierres taillées sur le chemin, alors qu’en fait ce que nous dit saint Augustin, nous sommes taillés, nous sommes équarris pourquoi ? afin d’être ajustés ensemble par la charité. La cathédrale comme lieu d’origine de l’Église, c’est son rôle. C’est sûr que c’est moins porteur, c’est moins charismatique, c’est moins intéressant que le visage de saint François, de saint Dominique, du curé d’Ars, parce que c’est beaucoup plus facile de copier les biographies des gens qui nous ont précédés, que de copier un lieu qui n’a pas de biographie. Or, sa biographie, qu’est-ce que c’est ? C’est la vie de milliers de chrétiens qui sont passés par cette cathédrale et dans laquelle ils sont venus puiser toute leur vie. Par conséquent, la cathédrale c’est ce lieu où nous venons non seulement nous faire équarrir, en écoutant la parole de l’archevêque, mais où nous nous exerçons aussi à la charité et à resserrer nos liens. saint Augustin a une phrase assez remarquable par la suite, parce qu’il dit : "Lorsque dans une maison tu vois les pierres et le bois parfaitement reliés entre eux, tu entres sans peur et tu ne crains pas que l’édifice croule". C’est sûr. C’est la raison pour laquelle c’est bien cette deuxième opération qui est la plus importante.

Alors frères et sœurs, quand bien même nous avons souvent tendance à laisser de côté tout ce qui est diocésain ou du côté de la cathédrale, n’oublions jamais que c’est le lieu d’origine. Et là, je ne parle pas uniquement de l’origine historique à partir de laquelle nous pourrions retracer toute l’histoire passionnante et extraordinaire du diocèse d’Aix, mais le lieu d’origine encore et maintenant, parce que c’est là que la vie ecclésiale et que la vie sacramentelle découle, nous ne sommes ici à Saint Jean de Malte, qu’une "sous-préfecture". Même si on trouve que l’église ici est plus belle, plus claire que la cathédrale, n’empêche que la cathédrale … c’est la cathédrale !

Frères et sœurs, en ce temps où nous célébrons la dédicace de la cathédrale saint Sauveur, que nous ayons à cœur véritablement à tenir les deux bouts, à la foi de la connaissance et de la charité, ne pas uniquement nous contenter de la connaissance. Il y a des tas de gens qui ont une meilleure culture en liturgie ou en bâtiment d’art que certains d’entre nous, mais qui ne vivent pas la recherche du lien charitable. Et dans l’autre sens, il y a aussi des chrétiens qui croient qu’il suffit d’aimer un peu gentiment et qui mettent de côté tout ce qui est de l’ordre de la connaissance et de l’instruction. Nous avons véritablement à nous ressourcer à la fois dans l’instruction et à la fois dans les liens de la charité, cela auprès de la cathédrale.

 

 

AMEN