LE CHRIST UNIQUE PASTEUR

Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

a fête d'une dédicace est toujours, vous le savez, la fête du Christ, la fête de Notre Seigneur. Et par voie de conséquence, c'est la fête de son corps qui est l'Église. Nous pouvons constater sans trop nous aventurer dans les pronostics, qu'une fête de la dédicace surtout si elle n'est pas celle de l'église qu'on a l'habitude de fréquenter, ne fait pas courir les foules. Je ne pense pas non plus, mais il ne faut pas trop préjuger, que dans notre cathédrale d'Aix que l'on célèbre aujourd'hui dans le mystère de sa dédicace, est rassemblé un nombre important de chrétiens.

Pourtant, ce devrait être le cas. Pourquoi ? Tout simplement parce que c'est le mystère même de l'Incarnation continué, perpétué, c'est le mystère de l'annonce de la Bonne Nouvelle et de la mission du Christ, c'est le mystère de Pentecôte qui se prolonge dans la vie des hommes sur une terre donnée, au milieu des activités de ce monde. La cathédrale est donc dans l'ordre symbolique, le signe de toute cette réalité de Jésus présent au milieu des hommes. Bien sûr, la cathédrale peut être symbolique déjà pour nous de cette longue tradition d'un christianisme ancré dans notre terre de Provence. Un baptistère du cinquième siècle, ce qui n'est pas non plus extrêmement courant, certainement avec une basilique qui avait dû être construite très tôt avec ce baptistère, sur le forum romain. Cette cathédrale peut être pour nous le symbole d'une histoire qui se continue et se perpétue, avec sa nef romane, lorsque l'on entre par le côté droit, avec le fait que la communauté a grandi et que l'on a construit ensuite la nef centrale et la troisième nef, de style gothique, et cela nous fait remonter les siècles, avec aussi sa décoration baroque dans la troisième nef qui nous manifeste ainsi le soin que la communauté chrétienne a apporté à sa cathédrale jusqu'à récemment par la dédicace du nouvel autel symbolisant le mystère de la Trinité dans l'acte même de la Transfiguration du Sauveur.

Mais l'ordre symbolique de la cathédrale va plus loin que ces repères historiques ou que son témoignage de la Tradition. Ce que la cathédrale représente, c'est le mystère de l'unité. On peut ne pas aimer, architecturalement parlant, la cathédrale. On peut ne pas s'y sentir à l'aise, on ne pas aimer à la fréquenter, il n'empêche que quelle que soit l'église ou la communauté paroissiale dans laquelle nous aimons vivre, nous ne pouvons y vivre, recevoir l'annonce de la Parole de Dieu, y vivre des sacrements et être constitués en communauté chrétienne, qu'en référence à la cathédrale et que par rapport au symbole qu'elle représente. Il est vrai qu'avant que les paroisses n'existent, il n'y avait qu'une seule église : la cathédrale, autour d'un seul pasteur, l'évêque. Et c'est là que la première annonce de l'évangile, la communauté des chrétiens, a existé, s'est nourrie de la présence du Christ, et a pu ensuite s'élargir à tout un territoire, où se sont constituées par après des paroisses.

Il ne s'agit donc pas de célébrer la beauté ou non d'une église, même si on peut penser que si l'archevêque avait bon goût, il choisirait Saint Jean de Malte pour cathédrale, il est surtout important pour nous de replonger dans ce mystère d'unité et de communion que la cathédrale symbolise. C'est d'ailleurs pour cette raison que normalement, je dis bien normalement, les grands actes liturgiques devraient être vécus dans la cathédrale, et en présence de l'évêque. Il en reste quelques traces comme celle de l'appel décisif pour les catéchumènes, lorsque l'évêque authentifie le parcours des catéchumènes et les appelle à cette ultime démarche vers le baptême, reconnaissant ainsi qu'il est bien lui, à la source des sacrements du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie, qui ensuite seront célébrés dans les différents paroisses la nuit de Pâques. C'est ainsi aussi que normalement les ordinations presbytérales devraient avoir lieu à la cathédrale, puisqu'un prêtre ne le devient que s'il est prêtre de son évêque, collaborateur de cette action pastorale avec mission d'enseigner, de sanctifier, et de gouverner l'Église de son diocèse avec celui qui en est le pasteur. Il reste aussi quelques marques liturgiques importantes, comme la messe chrismale avec ses saintes huiles, l'huile des catéchumènes, l'huile des malades et le saint chrème, qui sont bénites et consacrées par l'évêque et ensuite distribuées à chaque paroisse où les sacrements vont être célébrés.

Vous le voyez donc, c'est dans un principe, dans une source, dans une origine que la fête de la dédicace de notre cathédrale nous appelle à vivre et à saisir le sens de ce que nous célébrons. L'unité n'est pas alors constituée par le fait que chacune des paroisses du diocèse apporterait ce qu'elle a de meilleur à la cathédrale et montrerait ainsi que ma foi, pour faire marcher les troupes, il vaut mieux un principe unique, mais qu'au contraire, c'est parce que Jésus-Christ est unique et seul, et qu'Il a confié ce qu'Il était lui-même et ce qu'Il a de plus précieux à ses apôtres, que les évêques sont successeurs des apôtres, que peut se constituer, se vivre de manière forte et symbolique, ce principe de l'unité dans l'Église. L'on comprendra d'ailleurs qu'il nous faudra combattre les dangers qui attaqueraient l'unité, surtout lorsqu'on la situe sous le type d'une action administrative, gouvernementale au plus mauvais sens du terme, ou que l'on croirait que c'est un chef qui fait avancer ses soldats au pas, sur un territoire donné. L'unité n'est pas l'uniformité. L'unité dans la célébration de la dédicace de l'Église cathédrale, c'est pour nous, comme saint Paul le dit bien, de comprendre et de saisir que l'Église est un tout, un corps, c'est l'Église, une tête, le Christ, et qu'ensuite bien sûr, cette Église est faite, constituée de plusieurs membres dont chacun a son importance et sa part dans la mission, dans la Pentecôte de l'Église. Il est vrai que l'on pourrait prolonger l'image, chaque communauté paroissiale étant un membre de ce corps constitué qu'est l'Église et que la cathédrale nous permet aussi de sentir que nous ne sommes pas des communautés isolées et autocratiques, mais bien formant un corps ou mieux encore une communion, et qu'ensuite dans nos eucharisties, nous vivons et réalisons.

 

 

AMEN