L'ÉGLISE CATHÉDRALE

Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

'anniversaire de la dédicace de notre église cathédrale saint Sauveur d'Aix … peut-être que cela ne nous parle pas beaucoup, surtout si nous sommes des touristes de passage. Que veut dire : célébrer un anniversaire d'une dédicace ? Je vous renvoie pour le terme dédicace et anniversaire de dédicace, à ce que le Frère Jean-Philippe disait, il y a deux trois jours pour la dédicace de la basilique Sainte Marie Majeure.

Je voudrais m'arrêter avec vous sur le sens de l'église cathédrale. Aujourd'hui, ce sens a été un peu perdu. Peut-être avez-vous assisté ou entendu parler d'une ordination épiscopale, comme c'est un peu le grand rassemblement, cela se passe toujours mainte­nant dans des stades entre un concert de Patrick Bruel ou celui de Jennifer, et l'ordination épiscopale se place avec parfois un autre public, au centre de ces deux spectacles, l'ordination elle-même apparaissant hélas, parfois, comme un autre spectacle. Mais je reste convaincu qu'un évêque ordonné pour telle église diocésaine ne prend réellement ses fonctions que lorsqu'il célèbre pour la première fois, l'eucharis­tie dans son église cathédrale, même si à ce moment-là, il n'y a plus que deux pingouins !

L'église cathédrale, c'est important, et si au­jourd'hui, c'est la dédicace de l'église Saint Sauveur d'Aix, cela vaut pour toutes les cathédrales du monde. J'aimerais simplement m'appuyer sur ce que le céré­monial des évêques, qu'on appelait autrefois le ponti­fical, dit en 1998 dans sa traduction française sur l'église cathédrale. "L'église cathédrale est celle où est placée la cathèdre, le siège de l'évêque, signe du magistère et du pouvoir du pasteur de l'église parti­culière, signe de l'unité des croyants dans la foi, qu'annonce l'évêque en tant que pasteur de son trou­peau". Il est vrai que l'église ne peut être comprise que si l'on comprend ce qu'est l'ordre symbolique. Je dis en tant que professeur de liturgie l'art des arts en liturgie, c'est de faire de la liturgie, sans symbole, sans liturgie ! Mais, dans ces cas-là, ce n'est plus de la liturgie catholique, c'est une autre liturgie si l'on veut, mais cela n'a rien de chrétien. Pourquoi ? Parce que tout passe par le symbole. Que nous aimions, ou que nous n'aimions pas le mobilier liturgique de la cathé­drale Saint Sauveur d'Aix, puisqu'il a été refait ré­cemment, il n'empêche que dans l'ordre symbolique, la cathèdre représente la première des fonctions de l'évêque, qui est d'enseigner son peuple. L'enseigne­ment étant au sens large bien sûr, la catéchèse, les conférences que l'on pourra organiser, le catéchumé­nat, ou encore pour les paroisses concurrentes de la nôtre, les cellules d'évangélisation, il n'empêche que le premier enseignement reste et demeure la prédica­tion, d'où le fait que quand un prêtre prêche, il ne le peut qu'en référence à l'évêque qui lui donne pouvoir et autorité de prêcher. La cathèdre, le siège, repré­sente ainsi ce magistère et ce pouvoir. Peu importe que l'évêque soit un intellectuel ou pas, qu'il ait l'art de la parole ou pas, il a d'abord un devoir : celui de nourrir son peuple de la Parole de Dieu, et son siège, sa cathèdre symbolise ce pouvoir et ce devoir.

"C'est dans cette église cathédrale poursuit le cérémonial, qu'aux jours les plus solennels, l'évêque préside la liturgie, et sauf si des circonstances pasto­rales suggèrent un autre solution, c'est là aussi qu'il confectionne le saint chrème et qu'il fait les ordina­tions". Cela est important, pourquoi ? on a pris l'ha­bitude, souvent parce que l'église cathédrale est loin d'agglomération plus importantes, ou que les diocé­sains doivent se déplacer, et ils se plaignent (quand on pense qu'ils sont capables d'aller très vite et très loin pour voir des idioties, on se demande pourquoi ils ne prennent pas les moyens de venir vers ce signe d'unité, de rassemblement qu'est l'église cathédrale). En effet, si nos églises paroissiales existent et si on peut y célébrer la liturgie, c'est uniquement en fonction du fait qu'il y a d'abord une église mère, la cathédrale, le lieu où préside l'évêque en tant que pasteur de l'unique troupeau de cette portion du peuple de Dieu, qu'avec son presbytérium l'évêque conduit, comme le dit si bien le concile Vatican II.

"L'église cathédrale par la majesté de sa construction évoque le temple spirituel qui s'édifie intérieurement dans les âmes et resplendit de la ma­gnificence de la grâce divine comme l'affirme l'apôtre Paul : "Vous êtes le temple du Dieu vivant". Il faut enfin voir dans la cathédrale une figure de l'Église visible su Christ qui ici-bas fait monter vers Dieu, n sa supplication, sa louange et son adoration, une image de ce corps mystique dont les membres sont rassemblés par la charité laquelle se nourrit de la grâce". C'est certainement le passage le plus impor­tant parce que notre amour de l'église cathédrale ne doit pas être un amour simplement pour la beauté des pierres, quoique … Mais elle est en rapport, en fonc­tion du signe auquel elle renvoie, c'est-à-dire l'Église mystique. L'Église n'est pas constituée simplement des personnes qui se rassemblent en un lieu au nom du Christ, mais elle est constituée également de ceux qui adorent éternellement Dieu, que l'on nomme les saints, et c'est ainsi que se crée ce que l'on affirme dans le credo : je crois à la communion des saints. L'Église mystique est peut-être pour nous l'évocation d'une réalité lointaine, mais justement, une église cathédrale est faite pour signifier la proximité de l'Église. Même si on a pris l'habitude d'avoir parfois de super-diocèses, avec de super-structures, c'est une vue de l'esprit que de croire que c'est le nombre et la grandeur qui font une belle Église diocésaine. Ce qui fait une Église diocésaine, c'est un homme choisi par Dieu un pasteur qu'on nomme évêque, et qui dans un lieu précis, une culture précise, un peuple précis an­nonce la Bonne Nouvelle du Salut. C'est ce que Jésus a fait en devenant membre du peuple juif, c'est ce que Jésus a fait en envoyant ses apôtres évangéliser par toute la terre, c'est ce que les apôtres ont fait en choi­sissant des successeurs qu'on a appelé les évêques qui ne sont pas des princes de l'Église, mais qui sont les premiers serviteurs de ce peuple : "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens c'est à moi que vous l'avez fait". C'est pourquoi l'église cathédrale doit être regardée à juste titre comme le centre de la vie liturgique du diocèse.

 

 

AMEN