FAUT-IL PRÉFÉRER LES FÊTES DES SAINTS ?

Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

H

ier soir aux vigiles, je regardais l'assemblée, et je me disais que le texte qu'on aurait dû proposer pour célébrer la dédicace de la ca­thédrale n'était pas ce texte admirable que nous ve­nons de lire dans l'évangile selon saint Jean, mais un autre évangile où un Maître heureux veut inviter des amis à son banquet, il envoie son serviteur, le servi­teur rencontre les amis et tous les gens lui disent: "ex­cuse-nous, nous avons autre chose à faire, nous avons un champ à visiter, un bœuf à essayer, une voiture, le cinéma, la famille, que sais-je encore ..." C'est comme ça que nous nous sommes retrouvés à trois personnes dans l'assemblée, quelques frères, quelques personnes à la schola, pour célébrer la plus grande fête du dio­cèse, la plus grande fête qui devrait faire amener tout le peuple chrétien dans les églises, nous nous sommes retrouvés si peu nombreux !

Je me suis posé la question, bien sûr, nous avons tous toujours de bonnes raisons pour ne pas pouvoir venir aux vigiles, ou à la messe, mais la question plus profonde rejoint la fête des saints. Qu'est-ce qui fait que très souvent nous avons plutôt envie de venir aux fêtes des saints, nous allons peut-être tout faire pour arranger notre soirée, pour la libé­rer, et puis, nous allons laisser passer des fêtes comme celle de la dédicace de cathédrale du diocèse. Et j'ai repensé à une figure, j'anticipe un peu, c'est celle de saint Dominique, c'est pour demain, une figure que j'ai vu il y a quelques semaines à la chapelle de Vence, chez les sœurs dominicaines, où l'on voit un homme, de haute stature, en habit, un ovale à la place du visage, mais sans traits dessinés. Je dois vous avouer que quand je l'ai vu la première fois, j'ai eu un choc, et cela m'a même dérangé. Généralement, ce qu'on aime chez les saints, l'œil qui pétille, ou ce re­gard lointain, ou lumineux. Or, dans ce saint Domini­que, il n'y avait aucun visage. Je me suis dit, le pro­blème de la fête de la dédicace de la cathédrale que nous fêtons aujourd'hui, c'est que peut-être nous ne savons pas quel visage y mettre. Pour nous, c'est une fête parmi d'autres, neutre, un diocèse que nous ne connaissons peut-être pas depuis longtemps, des prê­tres, des églises, quelque chose de vague et informe sur lequel nous ne mettons aucun visage, alors que ce qui nous plaît au contraire, dans les saints, c'est de se remémorer leur histoire, leurs aventures, leurs traits caractéristiques, alors que nous ne trouvons pas de caractéristiques à notre diocèse, et par conséquent, prendre un certain plaisir à vénérer saint Ignace, saint Dominique, qui sais-je encore, et puis peut-être traîner les pieds pour venir célébrer la fête du diocèse.

Je crois que ce qui est très paradoxal, c'est que ce que nous avons envie de vénérer en premier, le visage des saints, aurait plutôt tendance à nous enfer­mer. Je dirais que le réflexe face à un saint serait de vouloir l'imiter en tout point, un petit peu comme nous disait le Frère Bernard à propos de saint Jean-Marie Vianney, imiter très exactement sa vie et se sentir rassuré dans sa vie de chrétien d'avoir une sorte de phare dans notre nuit spirituelle qui nous dis com­ment agir. Alors que franchement, entre nous soit dit, la fête du diocèse ne nous donne pas particulièrement de visage à vénérer, de morale à suivre, ou de vie spi­rituelle à vivre.

Alors, frères et sœurs, nous sommes prati­quement comme ces juifs face à Jésus qui lui deman­dent : "Si tu es le Christ, dis-le ?" Ce qu'ils veulent à ce moment-là c'est un visage en particulier, le visage qu'ils se sont fait du Christ tel qu'Il doit être. Et Jésus ne leur donne pas de visage, Il leur dit : "Regardez mes œuvres, regardez les œuvres de mon Père". J'ai envie de nous dire aujourd'hui dans cette célébration, dans cette fête du diocèse : arrêtons peut-être de cher­cher un visage en particulier, et célébrons ce diocèse sans visage qui se donne à nous afin que le visage du diocèse soit celui que nous lui donnerons nous en tant que chrétiens aujourd'hui.

 

 

AMEN