DIFFÉRENTS VISAGES DE L'EGLISE

Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

'est la seconde fois cette semaine que nous célébrons une dédicace. Les fêtes de dédicace sont des fêtes de l'Église. A travers le monu­ment, on célèbre l'Église au sens propre c'est-à-dire la communauté des chrétiens. Dans l'année, ces fêtes ont lieu à cinq reprises. On célèbre solennellement l'église paroissiale dans laquelle nous sommes rassemblés c'est-à-dire la fête de la communauté de notre pa­roisse, le trois mai. On célèbre aussi la dédicace de la cathédrale de Rome le neuf novembre, c'est la basili­que Saint Jean de Latran, et des grandes basiliques romaines Sainte Marie Majeure, fêtée avant-hier, et saint Pierre et saint Paul le dix-huit novembre. Enfin on célèbre la dédicace de l'église cathédrale du dio­cèse.

Que signifient ces différentes fêtes ? Ceci nous manifeste les différents visages de l'Église. La Vierge Marie est la figure de l'Église. Pierre et Paul sont les colonnes sur lesquelles l'Église a été fondée. Les trois autres fêtes nous manifestent l'Église, la communauté ecclésiale dans ses trois principales di­mensions. En célébrant la Dédicace de la cathédrale de Rome, nous célébrons l'Église dans son universa­lité. Quand nous célébrons la dédicace de Saint Jean de Malte, nous célébrons l'Église, la communauté ecclésiale dans son ultime particularité c'est-à-dire cette communauté que nous constituons, vous et moi, chaque jour, chaque semaine, que nous constituons non seulement quand nous sommes rassemblés ici mais aussi quand nous sommes dispersés dans nos habitations car l'Église ce n'est pas seulement un lieu de culte, ce n'est pas seulement une assemblée cultuelle, l'Église c'est l'assemblée chrétienne dans sa vie complète. Puis nous célébrons l'Église diocésaine, celle qui est à Aix et à Arles, l'Église qui est dans cette portion des Bouches du Rhône qui dépend de la cathédrale d'Aix et de son évêque.

Cette dimension de l'Église est d'une très grande importance. C'est à travers cette dimension diocésaine, et plus précisément c'est à travers l'évêque qui est tout à la fois le chef, la tête, le père de cette communauté diocésaine, que nous nous rattachons aux apôtres. Jésus a voulu fonder son Église non seu­lement sur Pierre mais sur le collège des douze unis à Pierre. Ce collège n'a pas simplement une charge temporaire qui correspondrait au temps de l'évangile ou à la première prédication apostolique durant la vie de ces douze, mais leur mission s'étend jusqu'aux limites de l'histoire. Ils sont les patriarches des douze tribus du Nouvel Israël. De même que Dieu avait choisi le peuple d'Israël pour être les prémices de l'humanité tout entière, de même, au moment de sa Résurrection, Jésus a envoyé les douze apôtres pour que ce choix de Dieu s'étende à l'humanité tout en­tière, pour que l'humanité tout entière préfigurée dans l'Israël ancien soit vraiment l'Israël nouveau.

Cette prédication des apôtres s'étend ainsi jusqu'aux limites du monde et de l'histoire car les évêques sont les successeurs des apôtres. Ils sont re­vêtus de la fonction des apôtres, cette fonction de prédication universelle, cette fonction de transfigura­tion de l'humanité en une humanité nouvelle ressus­citée avec le Christ et devenant, avec Lui, le peuple messianique, l'Israël nouveau. C'est à travers notre évêque que nous entrons en communion avec les apôtres et l'institutions même de l'Église par le Christ. C'est un mystère très profond qui doit habiter notre cœur, qui doit avoir pour nous une signification im­portante. Nous ne sommes pas simplement une com­munauté qui se rassemble ici ou là, nous ne sommes pas seulement des frères qui essaient, à partir de la base, de s'aimer assez pour rendre présent en eux le Saint Esprit, nous sommes une Église qui se reçoit des apôtres, qui se reçoit du Christ à travers les apô­tres, à travers l'évêque successeur des apôtres.

L'Église, et c'est tout le sens de la hiérarchie dans l'Église, et c'est pour cela qu'il y a des prêtres et des évêques, les prêtres n'étant que les collaborateurs des évêques, l'Église n'est pas une démocratie car la grâce ne jaillit pas de la base. Nous ne fabriquons pas la grâce qui nous habite, elle vient de plus haut et de plus loin que nous et elle nous parvient à travers les générations, elle nous parvient de cette source au centre de l'histoire qui est le Christ. Il a voulu se communiquer à nous, d'homme à homme, à travers les apôtres et les successeurs des apôtres que sont les évêques. Notre Église est apostolique c'est-à-dire qu'à travers l'histoire elle se rattache au Christ Jésus qui a voulu, par les apôtres, par des hommes visibles, se répandre de génération en génération jusqu'aux limi­tes de l'histoire.

Etre en lien avec son évêque ce n'est pas une question de discipline, d'obéissance, de structures ou d'autorité. C'est d'abord une question d'enracinement en Jésus-Christ, centre de l'histoire, qui a voulu nous atteindre à travers des hommes qu'Il a choisis et qui, de proche en proche, nous transmettent ce flambeau de la vie du Christ qui veut atteindre tout homme. Ayons un esprit ecclésial, un esprit apostolique, un esprit diocésain, un esprit épiscopal c'est-à-dire enra­cinons-nous dans l'histoire de l'Église, dans cette continuité de l'Église du Christ et des apôtres jusqu'à nous.

 

 

AMEN