L'ÉGLISE DIOCÉSAINE
Ez 43, 1-7 ; Jn 10, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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I |
l est un peu paradoxal de lire cet évangile par une pareille canicule mais c'est un hasard qui veut que la dédicace de la cathédrale d'Aix tombe en plein été et que le passage d'évangile de la dédicace du Temple tombe en hiver. Je voudrais vous parler en ce jour de la fête de l'Église diocésaine.
En effet la dédicace de la cathédrale du diocèse c'est la fête de la communauté chrétienne qui par son regroupement, par son rassemblement, sous la puissance ce l'Esprit saint et autour de son évêque, constitue ce qu'on appelle un diocèse. Nous avons l'impression que la structure du diocèse est un peu grande, trop vaste, que nous ne voyons l'évêque que de façon accidentelle et que la structure la plus réelle est celle de notre paroisse ou celle de l'Église universelle qui va se rassembler autour du Pape à Czestochowa ou qui se rassemble régulièrement à Rome.
Pourtant dans la constitution même de l'Église et dans la pensée même du Seigneur Jésus, c'est l'Église diocésaine qui est la cellule fondamentale et première de l'Église. L'Église c'est le rassemblement des chrétiens autour du Christ, mais ce rassemblement n'est pas un rassemblement vague, universel, même si aujourd'hui les distances sont raccourcies par les moyens de communication. Ce n'est pas l'univers tout entier rassemblé autour du Christ, c'est une communauté concrète, réelle, vivante. Alors, vous me direz la communauté concrète réelle, vivante, c'est celle de la paroisse, ce n'est pas celle du diocèse. Il est vrai qu'aujourd'hui les diocèses sont beaucoup trop grands. L'histoire est passée par là, Napoléon en particulier qui a supprimé un grand nombre de diocèses et les a alignés sur la structure des départements. A l'origine, et il faut se référer à l'origine si l'on veut percevoir la manière dont les choses ont été conçues et pensées à l'origine il y avait beaucoup plus de diocèses. Au Moyen-Age il y avait des diocèses non seulement à Aix, à Arles ou à Marseille mais aussi à Riez, à Forcalquier, à Sisteron, etc Toute ville un peu importante avait son évêque, et il s'agissait de petites villes de dix à quinze mille habitants. Par conséquent l'évêque était beaucoup plus proche de la communauté de base qu'il ne peut l'être aujourd'hui. Il y avait une communication permanente entre l'évêque et son peuple, un petit peu comme le curé d'une grosse paroisse.
C'est pour cela que Jésus a voulu que ses apôtres forment un collège pour pouvoir collégialement constituer l'unité de l'Église, chacun représentant la personne du Christ, étant le représentant du Christ dans l'Église locale, le nombre de douze n'étant pas définitif mais ayant précisément vocation à signifier une totalité s'appuyant sur les douze tribus du peuple de Dieu. Dès le départ, il y a eu beaucoup plus de douze successeurs des apôtres. L'évêque est donc, comme époux de l'Église, comme Père de la communauté chrétienne comme centre de ce rassemblement, comme représentant du Christ, l'évêque est celui qui constitue autour de lui cette entité ecclésiale, bien vivante, bien réelle, qui en tel endroit, représente l'Épouse du Christ, le mystère de l'Église universelle. Car l'Église universelle, ce n'est pas d'abord la totalité des hommes répandus sur la terre, mais c'est le mystère de cette communion de tous les hommes telle qu'elle se réalise concrètement dans telle portion particulière de l'Église. Cela fait partie de notre foi de croire que toutes les fois que nous sommes rassemblés, serions-nous 10, 20 ou 50, nous sommes l'Église tout entière. L'Église, dans sa totalité, est présente dès lors que nous sommes rassemblés par la charité. Car cette charité qui nous rassemble, qui nous convoque, qui nous unit ou en tout cas qui doit nous unir, qui devrait nous unir, qui devrait faire que nous soyons aussi unis que les membres d'un même corps, cette charité nous unit aussi à nos frères éloignés, à nos frères absents, à nos frères répandus à travers le monde ou même à ceux qui nous ont précédés dans les siècles ou qui nous suivront. C'est la totalité de l'Église de tous les lieux et de tous les temps qui est rassemblée chaque fois qu'une poignée de chrétiens sont ensemble, au nom du Christ, par la puissance de l'Esprit.
C'est pourquoi l'Église diocésaine, cellule fondamentale d'une Église en un lieu déterminé, est chaque fois la totalité de l'Église. Il n'est pas nécessaire d'aller tous à Rome ou à Jérusalem pour que l'Église universelle soit rassemblée. Dès lors que nous sommes ici, l'Église universelle est rassemblée autour de nous, par nous et à travers nous. Et quand l'Église locale est rassemblée autour de son évêque, il y a la plénitude du mystère de l'Église. Jésus a fondé l'Église sur les douze apôtres. Dans un deuxième temps, Il a donné à Pierre d'être le centre de la charité des douze, donc Il a donné au pape, successeur de Pierre d'être celui qui préside à la charité de toutes les Églises rassemblées chacune autour de son évoque. Dans un troisième temps, les évêques ont choisi des prêtres pour les seconder et les représenter dans les différentes paroisses, au fur et à mesure que l'évangélisation atteignant les campagnes, l'évêque ne pouvait plus suffire à célébrer dans tous les endroits où il y avait des chrétiens. C'est donc bien le diocèse, l'Église diocésaine rassemblée autour de son évêque qui est le lieu premier du mystère de l'Église. Et du mystère de l'Église dans sa totalité et dans sa plénitude, de cette Église qui est le corps du Christ, dont le Christ est la tête, la tête invisible mais rendue visible précisément par le ministère de l'évêque, et dont nous sommes les membres chacun pour sa part, l'un jouant le rôle de l'œil, l'autre celui de l'oreille ou celui de la main ou des pieds, car nous avons chacun notre place dans cette communion ecclésiale et une place unique, irremplaçable que les autres ne peuvent pas tenir. Nous sommes chacun un membre unique et indispensable de ce corps du Christ. Et c'est le rassemblement de tous ces membres, c'est l'organisme constitué par ces membres liés les uns aux autres qui est le corps du Christ.
Rendons grâces à Dieu qui nous associe de si près à son mystère, qui fait de nous les membres de sa propre chair, qui fait de nous, tous ensemble, la présence réelle du Christ sur la terre, pour le salut du monde.
AMEN