DÉDICACE DE LA CATHÉDRALE SAINT SAUVEUR

Ez 43, 1-7 ; Jn 20, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

N

 

ous célébrons aujourd'hui la consécration de l'église cathédrale d'Aix. C'est donc la fête du peuple chrétien qui se rassemble autour de cette église cathédrale, c'est la fête du diocèse d'Aix et d'Arles. Un diocèse n'est pas une unité administrative, un peu comme des provinces ou des départements. Il ne faut pas croire que l'Église, pour des nécessités pratiques, se subdivise ainsi en régions géographiques. Un diocèse ce n'est pas d'abord une nécessité pratique, c'est d'abord un mystère. Un diocèse c'est le mystère de l'Église locale un mystère qui nous touche de près, puisqu c'est notre mystère, c'est nous cette Église locale, c'est nous qui sommes le peuple de Dieu dans l'Église d'Aix en Provence.

Ce mystère de l'Église locale a ses dimensions à la fois dans l'espace et dans le temps. Dans l'espace d'abord, parce que l'Église locale, c'est-à-dire le peuple de Dieu qui se rassemble à Aix-en-Provence, c'est l'incarnation dans un endroit précis de l'Église universelle. Cela fait partie de notre foi que toutes les fois que nous nous rassemblons, c'est l'Église entière qui est présente. Nous ne sommes pas là seulement comme une portion du peuple chrétien, c'est le peuple chrétien tout entier qui est rassemblé toutes les fois que nous sommes réunis. C'est Jésus Lui-même qui nous l'a promis : "Quand deux ou trois se rassemblent en mon nom, je suis au milieu d'eux." Et si Jésus est au milieu de nous, son Église qui est le corps même du Christ, qui ne fait qu'un avec Lui puisqu'Il en est la tête, cette Église, elle aussi, est présente.

Notre rassemblement qui n'est pas simplement un rassemblement de fait, qui n'est pas seulement une initiative de notre propre liberté, notre rassemblement qui est convocation par l'Esprit Saint, qui est appel de Dieu, notre rassemblement est présence de Dieu, et c'est cela qui fait l'Église. L'Église universelle est réellement présente dans sa totalité toutes les fois où se rassemble l'Église locale. Et l'Église universelle, sauf de rares exceptions d'ailleurs toujours partielles où l'ensemble des chrétiens du monde entier se rassemblerait, ce qui ne se fait que de façon partielle à Rome ou dans quelques rares évènements comme les congrès eucharistiques, l'Église universelle ne peut se rassembler que par le truchement d'une Église locale. C'est seulement une assemblée concrète, réelle, faite de personnes vivantes qui est l'Église. L'Église se réalise là où des chrétiens de chair et de sang sont rassemblés au nom du Christ et ne peut exister en dehors de cette réalisation concrète. C'est l'importance décisive de l'Église locale de faire ainsi exister concrètement, réellement l'Église universelle.

C'est donc un mystère réciproque. Toutes les fois que l'Église locale se rassemble, l'Église universelle est présente et l'Église universelle ne peut se rendre présente que par la médiation de ces êtres de chair et de sang que nous sommes et qui donnons un corps à cette Église universelle, ici ou là, selon les circonstances. C'est donc tous les chrétiens du monde entier qui sont véritablement présents à travers notre présence, à travers notre prière. Nous sommes là au nom de tous nos frères, de ceux qui ne peuvent pas venir ou de ceux qui sont ailleurs mais qui, à travers nous parce que nous ne faisons qu'un avec eux, parce que l'Église est un corps dont nous sommes les membres, et que les membres en peuvent pas se séparer les uns des autres tous les chrétiens sont là, à travers nous, et nous avons mission de les rendre présents devant le Seigneur Jésus.

Ce mystère de l'Église locale est aussi un mystère dans le temps car un diocèse ce n'est pas une circonscription à l'intérieur de l'Église universelle, c'est essentiellement un rassemblement autour de la cathédrale. C'est là que nous entrons dans le vif du sujet. Nous célébrons l'Église cathédrale parce que comme le mot l'indique, elle est le lieu de la cathèdre, c'est-à-dire du trône de l'évêque. S'il y a Église locale, c'est parce qu'il y a l'évêque, et c'est autour de l'évêque que se réalise ce rassemblement de l'Église locale, "cathèdre" signifie, trône, siège et c'est aussi ce qui a donné par une dérivation populaire, "chaire", la chaire, c'est-à-dire l'endroit d'où l'on prêche. La cathèdre c'est à la fois le trône sur lequel l'évêque est assis pour gouverner une Église, et c'est aussi la chaire d'où il enseigne.

Cette cathèdre, cette chaire, ce trône de l'évêque ne lui appartient pas en propre. C'est très exactement le trône, la chaire, le lieu de gouvernement et d'enseignement des apôtres. Si l'évêque nous rassemble autour de lui, c'est parce qu'il occupe la place, parce qu'il est le remplaçant personnel des apôtres.

C'est sur les apôtres qu'a été fondée l'Église. Ils sont les fondations de l'Église et leur rôle de fondation, je ne dis pas seulement de fondateurs car cela aurait l'air d'être quelque chose qui est passé, leur rôle de fondations permanentes de l'Église demeure même après la mort des premiers apôtres. Précisément, les évêques sont ceux qui font vivre, à travers le temps, à travers les siècles, cette présence réelle des apôtres, comme fondations de l'Église. Le peuple de Dieu ne tire pas de lui-même, de sa propre substance, sa caractéristique d'Église, le peuple de Dieu est peuple de Dieu, il est Église parce qu'il se reçoit de Dieu, parce qu'il est fabriqué par Dieu, parce qu'il est construit par Dieu et Dieu construit son peuple en l'enracinant sur des fondations que sont les apôtres et les apôtres sont des fondations actuelles de notre rassemblement parce que, dans la personne de l'évêque, les apôtres sont encore présents parmi nous. Et c'est pour cela que ce mystère de l'Église locale, à travers le temps, se rattache directement à la parole de Jésus-Christ, au dialogue de Jésus-Christ avec ses apôtres, à la mission que Jésus-Christ a dans une parole vivante, confiée à ses apôtres.

Si donc nous sommes rassemblés autour de l'évêque, autour de la chaire de l'évêque, autour de la cathédrale de l'évêque, c'est parce que, en lui, nous trouvons le contact réel, vivant, vivifiant, avec les apôtres du Christ qui sont porteurs, par la volonté de Jésus, de ce mystère de fondations de l'Église, Jésus était venu pour épouser l'humanité, et cette humanité épousée par le Christ, c'est l'Église. Cette Église Il lui a donné une structure, une consistance, et précisément le rôle des apôtres, des successeurs des apôtres, c'est d'être comme l'ossature, la colonne vertébrale, comme la hiérarchie structurante de ce corps de l'Église qui est le corps même du Christ, l'épouse de Jésus-Christ. Donc, à travers les apôtres et à travers les évêques successeurs des apôtres, c'est le Christ Lui-même s'unissant l'humanité que nous rencontrons.

Tel est le mystère de l'Église locale, et comme vous le voyez ceci n'est pas un mystère intemporel, un mystère évanescent dans un espace interstellaire, c'est un mystère très concret qui se réalise avec des êtres de chair et de sang qui sont notre évêque et chacun d'entre nous, dans cette relation interpersonnelle très forte que nous devons avoir avec lui.

En célébrant aujourd'hui la dédicace de la Cathédrale Saint Sauveur, nous célébrons le mystère de notre rattachement concret, réel, précis avec le Christ dans la médiation apostolique de l'évêque, rassembleur de son peuple, fondation de l'Église, de l'Église locale, qui est l'incarnation concrète en chacun d'entre nous du mystère de l'Église universelle de tous les lieux et de tous les temps.

 

AMEN