C'EST ICI QUE REPOSE LA PLANTE DE MES PIEDS
Ez 43, 1-7 ; Jn 20, 22-30
Dédicace de la cathédrale St Sauveur - (7 août 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
L |
orsque l'Église célèbre l'Église, vous avez remarqué qu'elle célèbre toujours l'Église qui est à un endroit, l'Église qui est à Aix, l'Église qui est en Arles ou encore, même s'il s'agit des églises de Rome, on célèbre l'église de Saint Jean de Latran parce qu'elle est la mère de toutes les églises. Mais vous remarquerez qu'on ne célèbre jamais la fête de l'Église catholique et universelle. Ce n'est sûrement pas que l'idée n'en a pas germé en quelque liturge de la Curie Romaine, surtout dans des époques où l'on avait un très fort goût pour le centralisme. Cependant l'Église, dans sa prière liturgique, qui manifeste avec un instinct très sûr le sens profond de sa foi, ne se l'est jamais permis, car on ne peut célébrer l'Église qu'à un endroit.
C'est pourquoi déjà, Saint Paul, lorsqu'il s'adressait aux différente églises, s'adressait non pas aux Églises en général, bien que les épîtres de Saint Paul aient sans doute passé d'église en église, mais il met toujours "pour les saints qui sont à Rome" "pour les saints qui sont à Corinthe" pour les saints qui sont à Éphèse". L'Église, c'est toujours dans un lieu. Et pourquoi cela ? J'y vois, pour ma part, une raison extrêmement importante, la plus fondamentale je crois. C'est qu'on ne peut pas célébrer la totalité de l'Église parce qu'on ne peut pas la célébrer maintenant. L'Église, dans sa totalité, n'existera vraiment qu'au moment où tout sera récapitulé le Christ "étant tout en tous". Or, pour l'instant, l'Église ne peut pas être complètement récapitulée parce que précisément comme le dit cette phrase d'Ézéchiel que je vous rappelai tout à l'heure, l'Église de la terre, c'est le lieu où Dieu a posé la plante de ses pieds Dieu est déjà pleinement là, c'est bien Lui qui est là, mais l'œuvre n'est pas encore menée à terme.
Et le fait que nous célébrions l'Église qui est à Aix ou à Paris ou dans je ne sais quel pays, c'est le fait, précisément, que nous célébrons la réalité de l'Église qui est en train de se construire parce que c'est Dieu même qui la construit, mais que cette œuvre n'est pas encore achevée. Et comme on ne fête pas un idéal, mais qu'on fête toujours la réalité telle qu'elle est, on ne peut célébrer et fêter l'Église que dans la mesure où elle est ici et où elle est là, manifestant comme par l'acte même liturgique de ce que nous célébrons simplement l'Église à Aix, que la totalité de la réalité de l'Église et de son mystère n'est pas encore accomplie.
Alors, allez-vous me dire, "est-ce que nous fêtons des choses fragmentaires qui n'ont pas de plénitude ni de totalité ?" Et bien non. Car c'est là le côté tout à fait mystérieux de l'Église, c'est que, dans cette Église qui est à Aix nous est donnée la plénitude du mystère de Dieu. L'Église qui est à Aix est vraiment une Église. Et pourquoi ? Parce que c'est Dieu qui bâtit le Temple, c'est Dieu qui ajuste les pierres. Et l'œuvre de Dieu, elle-même, ne peut pas être fragmentaire. Elle ne peut pas être divisée, ne peut pas être cassée. C'est pourquoi, lorsque nous fêtons l'Église qui est ici, ce n'est pas pour donner dans je ne sais quel particularisme local qui flatterait les vieilles tendances de provincialisme, mais, c'est au contraire, pour fêter à la fois que toute la réalité du mystère de Dieu est au cœur même de ce que nous vivons. Chaque fois que nous sommes rassemblés en Église, et même normalement chaque fois que nous sommes rassemblés comme Église d'Aix et d'Arles autour de notre évêque, c'est vraiment la plénitude du mystère de Dieu qui nous est donnée dans sa parole, dans le pain et dans le vin. Et nous ne pouvons rien demander davantage, parce que tout le mystère de l'Église et tout le mystère de l'amour de Dieu nous est donné par là.
Mais, en même temps, nous ne pouvons la célébrer vraiment qu'ici ou là, parce que c'est ici ou là, par la parole des disciples et par l'eucharistie qui est célébrée, que Dieu a posé la plante de ses pieds. Et c'est ici de manière fragmentaire encore du point de vue de tout ce que le Christ veut édifier et rassembler pour l'éternité, que nous pouvons nous réunir pour célébrer, en vérité, le mystère de l'Église.
C'est pourquoi, en célébrant cette eucharistie, demandons simplement au Seigneur qu'Il nous donne ce véritable sens de l'Église, plénitude de l'amour de Dieu parmi les hommes, mais plénitude non encore pleinement réalisée parce qu'il faut que dans notre cœur, il y ait cette aspiration vers le Royaume et qu'elle soit accomplie un jour.
AMEN