UN CARÊME D'ÉTÉ
Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
F |
rères et sœurs, étrange histoire que cette fête de la Transfiguration. Cela peut paraître curieux, mais en Occident, on ne la fêtait pas. Un épisode qui nous paraît aussi marquant et révélateur aujourd'hui de la vie de Jésus et de son chemin vers la gloire, était inconnu et n'était pas célébré. C'est l'orient qui fêtait la Transfiguration, et là encore, l'Orient avait une manière assez particulière d'aborder ce mystère. Il y a deux fêtes jumelées qui sont espacées l'une de l'autre de quarante jours. La première c'est celle que nous fêtons aujourd'hui, la Transfiguration. La seconde, qui a été fêtée avant, le quatorze septembre, vous pourrez calculer, cela fait exactement quarante jours, c'est l'exaltation de la croix. Pour les orientaux, dans leur manière de voir et d'organiser le calendrier (c'est tout à fait artificiel comme la plupart des choses de la liturgie), mais dans leur manière de construire et d'établir un calendrier liturgique, il y a une sorte d'affinité et de complémentarité de sens entre l'exaltation de la croix le quatorze septembre, et la Transfiguration.
Comme vous le savez, l'exaltation de la croix on la fêtera dans quarante jours exactement, et vous voyez le chiffre, c'est la perfection et la plénitude, la quarantaine du carême, la croix glorieuse est une fête de la croix mais une fête de la croix assez spéciale. C'est la fête de la croix en tant que les vraies reliques de la fausse croix ou les fausses reliques de la vraie croix, comme vous voudrez, ayant été reprises aux Perses en 632, et ayant été réétablies dans la basilique du Saint Sépulcre, par l'empereur avec le patriarche Sophrone de Jérusalem, on a vu dans cette réinstallation des reliques de la vraie croix, l'exaltation de la croix. Au lieu de voir comme nous le faisons et comme on le fait avec nous, le mystère de la croix sous le souvenir de ce que Jésus a souffert pour nous, il ne s'agit pas d'oblitérer ses souffrances, mais de montrer, ce que cette souffrance pouvait engendrer de gloire pour l'Église. L'exaltation de la croix, c'est le mystère de la croix, le même mystère que le vendredi saint, mais revu et corrigé à la lumière de la gloire présente de l'Église qui commence à être revêtue de l'immortalité et de la puissance de la résurrection du Seigneur.
C'est pourquoi pour faire une sorte de carême d'été, on avait mis en tête cette fête de la Transfiguration qui elle aussi, avait comme particularité de nous montrer la fragilité de l'existence humaine de Jésus, mais sous le regard de la gloire. La liturgie orientale avait fort bien compris cela, quand Jésus est transfiguré, il parle de son Exode. Nous-mêmes, nous l'avons gardé dans la structure du carême, puisque le deuxième dimanche de carême c'est aussi le mystère de la Transfiguration.
Cet agencement des deux fêtes nous dit que le même mystère, celui de la marche vers Jérusalem, qui est en vérité dans le temps du printemps sur le mode de la mémoire au sens fort du terme, du Christ qui monte à Jérusalem pour y souffrir, la quarantaine du carême, cette même quarantaine, ce même carême peut être vécu par l'Église aujourd'hui sur le mode de la gloire, parce qu'elle participe déjà à la glorification du Seigneur ressuscité. Le Seigneur ressuscité par la grâce du baptême et des sacrements, lui fait vivre sa propre gloire dès aujourd'hui.
C'est pour cela que l'oraison que nous avons entendue tout à l'heure, qui n'est pas une oraison typique des oraisons latines, elle est empruntée de la liturgie orientale dit ceci : "Par la transfiguration de ton Christ tu as confirmé par le témoignage de Moïse et d'Élie la vérité des mystères de la foi, c'est-à-dire la vérité du mystère de la gloire de la résurrection, et tu as annoncé notre merveilleuse adoption". La transfiguration est située dans le processus de l'adoption de l'homme telle que Dieu l'avait voulue depuis le commencement du monde. La transfiguration est une étape majeure qui montre la destinée de l'adoption. Quand on est adopté par le Père pour entrer dans la gloire, on y entre par la gloire du Fils : "Accorde-nous d'écouter la voix de ton Fils Bien-Aimé afin de pouvoir un jour partager avec lui son héritage". Ce qui est visé dans la fête de la Transfiguration par la tradition liturgique, n'est pas tellement la transformation un peu éblouissante, mais c'est la perspective qu'aujourd'hui même, par la filiation du baptême, nous sommes déjà revêtus de la gloire de Dieu.
Que cette fête de la Transfiguration nous aide à retrouver le sens même et la réalité profonde et le dynamisme de notre existence. Nous sommes fils adoptifs, c'est-à-dire que nous sommes déjà maintenant revêtus de la gloire et nous passons dès maintenant dans ce carême de gloire, de la montagne du Tabor à celle du Golgotha pour entrer dans la gloire, et non seulement pour entrer dans la gloire, mais déjà revêtus de la gloire du Christ ressuscité.
AMEN