LA DIVINITÉ CACHÉE DANS L'HUMANITÉ DU CHRIST

Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, nous utilisons le terme de vie cachée de Jésus pour désigner les trente première années de son existence terrestre, et puis la vie publique à partir de son baptême et de sa prédication sur les routes de Galilée.

Je voudrais vous dire que cette vie publique de Jésus est une vie cachée. En effet, quand Jésus a entrepris de parcourir les routes, d'annoncer le Royaume de Dieu, de réunir autour de lui des disciples, quand Jésus a accompli son ministère à travers le pays de Galilée et de Judée, rien ne permettait de le distinguer de n'importe quel autre être humain. Jésus, tout au long de cette vie de prédication était apparemment un homme exactement comme les autres hommes, en tout semblable à eux, et rien nous pouvait permettre sinon le contenu de ses paroles, sinon les signes qui accompagnaient ses paroles, rien nous pouvait permettre de penser qu'il était autre chose qu'un homme comme les autres. C'était le but même de l'Incarnation. Si Jésus a voulu devenir homme, lui qui était Dieu, ce n'est pas pour nous éblouir avec une lumière qui aurait jailli de son corps, ce n'est pas pour se distinguer de nous par des prodiges ou une humanité différente de la nôtre, au contraire. Si Jésus est venu sur la terre, c'est pour se faire semblable à nous. C'est ce que dit saint Paul : "Lui qui était de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais il s'est anéanti lui-même prenant la condition d'esclave".

Par conséquent, il est compréhensible que parmi ceux qui ont fréquenté Jésus tous n'ont pas été conquis par sa Parole, nous le savons, Judas l'a trahi, les grands-prêtres l'ont condamné, ils l'ont livré pour être crucifié et Jésus non content d'être un homme comme les autres, parmi les autres, Jésus a accepté de souffrir, d'être condamné, d'être traîné comme un criminel, d'être outragé et de mourir sur la croix comme une loque humaine.

C'est donc bien une vie cachée puisque la divinité du Christ ne se donne pas à voir ni à toucher. Pourtant, depuis le premier jour de son Incarnation dans le sein de la vierge Marie, cet homme totalement homme comme nous est aussi vraiment Dieu de toute éternité. C'est Dieu lui-même qui se fait homme et accepte de s'anéantir, de renoncer à ses privilèges divins pour partager la condition des hommes, jusqu'à la mort la plus ignominieuse qui soit, la mort d'un condamné sur la croix.

La divinité du Christ est cachée à l'intérieur de son humanité, elle n'est visible qu'à la foi. C'est-à-dire que seule l'illumination des paroles du Christ permettent à ceux qui acceptent de devenir ses disciples de pressentir en lui la présence divine. C'et quand il aura parcouru tout le chemin d'une existence humaine, jusqu'à la mort sur la croix, que le Christ à ce moment-là pourra manifester pleinement que cet homme est Dieu, que sa nature humaine est remplie de la lumière de Dieu, qu'elle est divinisée de l'intérieur et c'est la résurrection. La résurrection ce n'et pas simplement que Jésus a repris vie, la même vie que celle qu'il avait quittée trois jours auparavant. La résurrection, c'est la transfiguration de sa nature humaine, c'est le fait que son humanité est divinisée de l'intérieur, elle est toute remplie de la plénitude divine, de l'amour divin qui l'a conduit jusqu'à la croix et donc jusqu'au triomphe de la résurrection.

Cette lumière divine qui est au sein, au cœur même de l'humanité de Jésus qui se révèlera pleinement au moment de sa résurrection, jusque-là, elle a été tenue cachée sauf pendant ces quelques brefs instants de la transfiguration que nous célébrons aujourd'hui. Jésus a voulu que trois de ses disciples, Pierre, Jacques et Jean, soient témoins pendant quelques instants de cette réalité profondément cachée en lui, la présence illuminante de la divinité au cœur de son humanité. Pendant quelques instants, ses disciples qui ne comprenaient rien, qui étaient effrayés, qui nous sont montrés sur les icônes, effondrés sur le sol par la crainte, le dépassement total de tout ce qu'ils peuvent imaginer, pendant quelques instants ils ont pu voir le rayonnement de cette divinité dans la chair du Christ. Depuis le moment même de son Incarnation, cette humanité est si étroitement unie à sa divinité qu'elle devrait normalement en être transfigurée, divinisée par le contact de cette nature divine, et si Jésus a renoncé à cette transfiguration c'est pour pouvoir souffrir et partager notre existence, marcher auprès de nous, mourir comme nous, alors il a accepté que cette transfiguration reste cachée. Mais, il a donné à trois de ses disciples ce témoignage de la réalité de sa divinité illuminante jusque dans les fibres même de la chair. Il leur a donné ce témoignage pour que ces disciples au moment de la Passion, quand ils le verraient défiguré, se souviennent qu'il est transfiguré, qu'au moment où il n'est plus qu'une plaie, qu'une souffrance, ils y entrevoient la lumière infiniment plus profonde de sa divinité qui par amour accepte cette humiliation cette déchéance.

Ayant vu la transfiguration du Christ, ces trois disciples pourront être témoins à Gethsémani de son agonie et de sa Passion. La fête que nous célébrons aujourd'hui est au cœur du mystère, elle nous révèle cette face cachée de Jésus qui ne sera manifeste de manière plénière et définitive qu'au moment de la résurrection, cette face cachée d'un Dieu qui a tellement aimé les hommes qu'il a voulu être homme comme eux jusqu'à rendre invisible, inaccessible, sa divinité.

Que cette fête de la transfiguration nous permette d'accéder à travers notre contact avec le Christ semblable à nous, humble et pauvre comme nous, de pressentir la vraie lumière de sa divinité qui est le rayonnement de son amour qui l'a conduit jusqu'à cette humiliation ultime de la croix pour en être vainqueur, parce que seul l'amour peut triompher.

 

AMEN