LE PÈRE RÉVÈLE LE FILS
Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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lors que le pape Benoît XVI vient de sortir un de ses premiers textes officiels, le motu proprio promulguant le compendium du catéchisme de l'Église catholique, on pourrait dire, puisque le compendium est comme le concentré de ce qu'il y a dans tel ou tel livre, en l'occurrence, le catéchisme, que la Transfiguration est le compendium du mystère divin, le concentré, le résumé de l'histoire du salut, comme aujourd'hui la fine pointe de toute la théologie.
Tout ce que nous essayons de comprendre à travers l'Écriture sainte, comme à travers la tradition, se trouve mis en lumière et en exergue dans ce mystère de la Transfiguration. C'est pour cette raison que nos frères orientaux aiment tant cette fête. Nous, latins, nous avons tendance à réfléchir par secteurs. Il y a Dieu le Père tout puissant, il y a son Fils vraiment Dieu, vraiment homme, il y a l'Esprit saint dont on ajoutera qu'il est également Dieu. Et puis ensuite, comme d'ailleurs dans notre catéchisme de l'Église catholique, nous allons prendre les sacrements. Jésus et vraiment homme et vraiment Dieu et il a laissé les gestes de ses sacrements. Il y a aussi tout l'agir, la morale, toute l'éthique, comment être et comment vivre quand on a la foi ?
La Transfiguration résume tout cela. Ne serait-ce que parce que toute l'Écriture est liée, ce que l'on appelle l'Ancien et le Nouveau Testament. Lorsqu'on entend dans l'évangile l'apparition de Jésus aux disciples d'Emmaüs et qu'il leur explique toutes les écritures, et parcourant toute la Loi et les prophètes, il leur explique toutes les Écritures, Moïse, la loi, Elie le prophète. C'est tout ce que l'on appelle l'Ancien Testament. Pierre, Jacques et Jean, c'est le résumé du Nouveau Testament, de l'Église. C'est dans l'acte même de la manifestation ce que l'on peut dire de mieux de la Trinité. Le Christ est vraiment homme et pourtant, il laisse voir la lumière qui jaillit de l'intérieur de lui-même et qui est sa divinité. Tout cela parce que les apôtres sont entrés dans une nuée lumineuse dont on connaît comme pour l'Exode, quelle est cette nuée qui conduit, c'est-à-dire l'Esprit Saint, et de l'intérieur, se fait entendre la voix du Père: "Celui-ci est mon Fils que j'aime". Nous y avons un traité de la Trinité comme un traité de la christologie. D'autant plus christologique que nous y avons la reconnaissance même de ce que fait Jésus. Il vient d'annoncer sa Passion, et il laisse voir sa divinité, pour qu'ensuite les apôtres le voyant sur la croix, pensent que cet homme défiguré est le même que celui qu'ils ont vu avant, transfiguré. Mais l'acte de la Pâque est déjà réalisé dans la Transfiguration. Les apôtres pris dans la nuée lumineuse et entendant la voix du Père sont à terre, ils se baissent, sont couchés, et Jésus les relève. C'est le mot de la Résurrection, il les fait se relever, c'est-à-dire, ressusciter, et il leur dit : "N'ayez pas peur". Donc, l'acte de la Résurrection est déjà inscrit dans la Transfiguration elle-même.
Ce mystère est un vrai mystère en ce sens qu'il n'est pas incompréhensible à notre esprit, mais c'est que nous pouvons prendre par tous les bouts ce récit. Et vous savez que les synoptiques, Matthieu, Marc, Luc, racontent cet épisode, que Jean témoigne qu'il a entendu la voix du Père qui dit : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé". Cela a été un moment très important dans la vie des apôtres. Cela signifie simplement que nous serons toujours dépassés par ce mystère de la Transfiguration, et qu'en même temps, il est riche, trop riche peut-être pour nos esprits, de l'ensemble de ce qu'est Dieu pour l'humanité.
Il est riche de ce que cela révèle. Jésus révèle qu'il est Dieu, c'est vrai. Mais en somme, que révèle-t-il ? Je crois qu'il révèle tout simplement son intimité. Il y a beaucoup de monde pour que Jésus dise qui il est, et pourtant, il le révèle vraiment. Il le révèle dans le secret de la pénombre de la nuit qui est tombée, et là, un peu comme un entretien avec les apôtres, il laisse voir la profondeur de son cœur, la profondeur de ce qu'il est réellement. C'est tellement intime que ce n'est pas lui qui dit qui il est, il laisse dire à l'Autre, au tout Autre, ce qu'il est : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour". Le Père manifeste que le Fils, sa véritable identité, c'est d'être rempli de l'amour du Père, de l'amour don Dieu le comble et lui porte. Ainsi, nous-mêmes, quand nous voulons dire quelque chose de ce que nous sommes, nous avons toujours des difficultés, et nous nous rendons compte d'ailleurs de l'imperfection de notre langage ou de nos mots. Avec la peur aussi d'être mal compris si l'on dit trop, ou si l'on révèle trop ce que nous sommes de manière intime. Le seul à l'avoir réalisé vraiment, c'est Jésus. C'est pourquoi encore aujourd'hui, le Christ ne cesse de se laisser voir à qui veut bien le voir, il se laisse transfigurer par le Père, et à travers les espèces eucharistiques, son corps et son sang disent simplement : c'est mon corps, c'est mon sang, et nous répondons "Amen", reconnaissant la divinité à travers la corporéité. Nous atteignons à l'intime de Dieu, à ce que Dieu a voulu pour les hommes, la capacité de voir Dieu, de le rencontrer, voire même le posséder, mais pas une possession qui emprisonne, mais un accueil de ce qu'il est tout simplement, de son intimité, de son identité révélée, fait de nous aussi, dans notre corporéité des temples de l'Esprit saint capables de révéler, à notre tour, cette divinité, cette lumière qui nous remplit, cette transfiguration dans notre quotidien si défiguré.
AMEN