APPELÉS À LA GLOIRE DANS LE FILS
Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, devant cet événement merveilleux de la Transfiguration, nous sommes comme médusés, et nous cherchons à comprendre.
Au premier abord, on pense tout de suite que la Transfiguration manifeste aux yeux des disciples et à nos yeux, la gloire divine de Jésus. C'est une façon pour Jésus d'affirmer qu'Il est le Fils de Dieu, Dieu en personne. Si on pousse un peu plus la réflexion, on pressentira que la Transfiguration est l'annonce, la prophétie, l'image anticipée de la Résurrection du Christ. Cette transformation de l'humanité de Jésus, de sa gloire divine, c'est ce qui se passera au matin de la Résurrection, car Jésus ne ressuscite pas pour recommencer ou continuer une vie terrestre, mais pour une vie nouvelle, la vie du monde nouveau.
Si on approfondit encore un peu, on comprendra à travers la présence de Pierre, Jacques et Jean, alors que Jésus commence à annoncer à ses disciples qu'Il doit monter à Jérusalem pour y être livré aux mains des hommes, pour y souffrir, être bafoué et être mis à mort, on comprendra que la Transfiguration est en quelque sorte une manière de donner aux disciples une confiance qui leur permettra de traverser ce drame de la Passion, et que ces disciples, Pierre, Jacques et Jean qui seront témoins de l'agonie de Jésus à Gethsémani, pourront puiser dans ce souvenir de la Transfiguration, des motifs de ne pas perdre confiance, de ne pas perdre foi au moment où Jésus semble défiguré, et réduit à l'état de loque humaine.
Mais toutes ces réflexions autour de la Transfiguration ne vont pas au cœur réel de cet événement. Dans tous les cas, qu'il s'agisse de la manifestation de la divinité de Jésus, anticipation de sa Résurrection, d'un moyen de garder la foi à travers la Passion, c'est toujours sur la gloire de Jésus que notre réflexion et notre regard sont centrés. Or, si nous réfléchissons un peu plus profondément, à travers cet événement, ce n'est pas d'abord de la gloire de Jésus qu'il s'agit. Certes, c'est Jésus qui est transfiguré dans son corps, dans son humanité, transfiguré par l'éclatement de la divinité présente en lui, mais n'oublions pas que Jésus n'avait pas besoin d'être homme, Jésus n'avait pas besoin de s'incarner, Il n'avait pas besoin de venir sur la terre, Il n'avait pas besoin de prendre un corps et un âme d'homme, même si ce corps et cette âme sont transfigurés par sa divinité.
Si Jésus s'est fait homme, si Jésus est venu sur la terre, si Jésus a traversé toute une existence humaine jusqu'à la mort et la résurrection, c'est pour une seule raison. C'est ce que nous disons dans le Credo : "propter nos homines, et propter nostram salutem", à cause de nous les hommes, et pour notre salut. Tous les événements de la vie du Christ, y compris, et par excellence cet événement de la Transfiguration, ne sont pas pour la gloire du Christ, mais pour nous. Ce que le Christ manifeste ici, s'Il prend une nature humaine en tout semblable à la nôtre, c'est que notre nature humaine prise en quelque sorte à l'intérieur de cette nature humaine qu'Il a assumé, qu'il a voulu prendre pour être notre frère, pour nous être semblable, ce qui est affirmé ici, c'est que notre nature humaine, la nôtre, est appelée à cette même gloire. Le Christ n'avait pas besoin de devenir un homme pour être glorifié. Il l'est de toute éternité dans la communion avec le Père et le saint Esprit. S'Il a voulu que cette gloire intime, éternelle, profonde, fondamentale qu'Il partage avec le Père et l'Esprit, s'Il a voulu que cette gloire atteigne cette nature humaine au moment de la Transfiguration, et plus encore au moment de la Résurrection, si le Christ a voulu que cette gloire atteigne sa nature humaine, c'est pour qu'à travers sa nature humaine elle atteigne la nôtre. Le Christ est glorifié pour que nous soyons glorifiés, pour que cette communion qui existe entre Lui et nous, d'une même nature, d'une même humanité, d'un même corps humain, car c'est bien le corps du Christ, c'est son visage, ce sont les traits humains de son visage qui sont transfigurés, et je dirais même plus, non seulement pour que notre nature humaine, mais pour que tout l'univers matériel soit transfiguré, car remarquez-le, la lumière de la Transfiguration ne se contente pas d'illuminer le visage et le corps du Christ, mais elle atteint même ses vêtements, c'est-à-dire tout cet environnement matériel que nous portons avec nous et dont nous sommes à la fois les rois et les responsables, c'est tout cet univers qui est appelé à la gloire. La gloire du Christ, Il l'a depuis toujours, Il veut nous la donner, Il veut que nous tous, et même ces réalités humbles, matérielles qui nous entourent, nous tous, nous soyons introduits dans la gloire, c'est-à-dire non pas simplement dans une lumière éblouissante, mais à travers ce symbole, dans l'éblouissement de la communion avec le Père le Fils et l'Esprit Saint.
D'ailleurs, je ne sais pas si vous avez prêté attention tout à l'heure à l'oraison, la collecte par laquelle a commencé cette célébration aussitôt après le chant du Gloria : "Dans la Transfiguration de ton Christ, Tu as confirmé par Moïse et Élie les mystères de la foi, et Tu as annoncé notre merveilleuse adoption". Oui, ce qu'annonce la Transfiguration, c'est que nous sommes adoptés par le Père comme étant des fils dans son Fils. Tout ce que le Fils reçoit du Père et que nous résumons dans ce mot mystérieux de gloire, c'est pour nous le donner. Nous sommes adoptés comme des enfants par Dieu et donc, nous recevons tout de Dieu, comme Jésus éternellement a tout reçu du Père, Il nous le communique. "Tu as annoncé notre merveilleuse adoption. Accorde-nous d'écouter la voix de ton Fils afin de pouvoir partager avec Lui son héritage". Nous sommes appelés à partager l'héritage du Christ dans sa divinité éternelle, dans l'humanité qu'Il a pris pour nous ressembler et qu'Il a glorifiée par sa Transfiguration et par sa Résurrection, afin que nous soyons nous aussi enfants de Dieu avec toute la plénitude que cela peut signifier. Etre enfants de Dieu, c'est-à-dire participants de sa nature divine, comme nous le dit l'épître de saint Pierre que nous lisions tout à l'heure.
Frères et sœurs, que cette fête de la Transfiguration nous entraîne jusqu'au cœur de ce mystère. Nous ne sommes pas simplement appelés à une vie paisible. Nous ne sommes pas simplement appelés au bonheur, nous sommes appelés à cette incroyable destinée de devenir participants de la vie divine, de devenir enfants de Dieu comme Jésus est le Fils de Dieu, de devenir Dieu comme n'hésitent pas à le dire, les Pères de l'Église.
AMEN