TRANSFIGURATION ET CROIX

Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 1993)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

A

la communion nous chanterons ce refrain : "Louange à Toi, Jésus transfiguré ! Les dis­ciples ont vu Ta gloire pour qu'en Ta croix ils Te contemplent, Toi la Splendeur du Père !"

Le mystère de la Transfiguration est lié indé­fectiblement à la Passion du Christ, à sa mise sur la croix. Certes nous sommes séduits par la splendeur et la beauté de cette Transfiguration, mais plus profon­dément c'est la vision de la croix qui déjà se profile en contre-jour dans le mystère de la Transfiguration. Nous pourrions donc relire le mystère d'aujourd'hui à la lumière de la croix. "Jésus prend avec lui ses disciples et s'en va vers une haute montagne." Lorsque Jésus s'en va vers sa Pâque, Il monte aussi vers une autre montagne, vers Jérusalem pour y être rejeté par les anciens et crucifié sur le Calvaire.

"Jésus est transfiguré devant ses disciples." Ce fait les éblouit et les effraie lorsque la nuée tombe car c'est la révélation de la divinité du Christ. Ils voient un homme et, en fait, ils contemplent Dieu. La croix laissera aussi voir un homme, non pas transfi­guré mais défiguré, et il faudra reconnaître en Lui le Fils de Dieu. Il n'y aura d'ailleurs qu'un centurion pour Le découvrir à cause de la détresse des hommes et de ce même Pierre qui abandonnera le Christ et ne viendra même plus le contempler sur la croix mais au contraire le reniera.

"La nuée descend" cette nuée qui enveloppe dans la douceur de sa présence, cette Nuée qui témoi­gne que Dieu est là comme lorsqu'elle reposait sur la tente que Moïse avait élevée de ses mains pour être le lieu de la rencontre avec Dieu. Mais au moment de la mort de Jésus, ce n'est plus la nuée céleste mais les ténèbres de la terre qui couvrent le soleil, la terre qui tremble, le rideau du Temple qui se déchire lorsque le Christ meurt sur la croix.

Enfin c'est la voix du Père qui dit : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur. Ecou­tez-Le !" Sur la croix, la voix du Père ne se fait plus entendre. "Mon Dieu mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné ?" Il n'y a plus que la voix du Fils.

Le récit de saint Matthieu précise à la fin de la Transfiguration : "Il resta seul." Sur la croix, Jésus aussi était là, seul, abandonné de Dieu, abandonné des hommes. La croix ou la Transfiguration, que l'on prenne le mystère d'un côté ou de l'autre se révèlent l'une l'autre. C'est un paradoxe. Paradoxalement la gloire révèle la croix comme la croix devrait signifier la gloire de Jésus.

Ce qui est le plus beau dans la Transfigura­tion et ce qui peut toucher notre cœur c'est de penser et de croire que cette Transfiguration est un moment de paradis où le ciel et la terre sont en parfaite com­munion. Paradoxalement, il en est de même pour la croix. La croix est déjà cet arbre du paradis qui, par sa verticalité et son horizontalité, est le signe du ciel qui est uni à notre terre. C'est déjà la communion et la relation profonde de l'homme et de Dieu, aussi bien lorsque les disciples, Moïse et Elie entourent Jésus pour contempler sa gloire, comme au moment où il n'y a plus que Marie, Jean et deux larrons pour contempler le défiguré.

Ce mystère nous rappelle finalement notre propre condition humaine. Nous sommes appelés à une relation profonde avec Dieu et quelquefois, dans notre vie spirituelle, c'est la transfiguration. On se sent proche de Dieu, on se sent comme dans sa gloire, comme si c'était déjà le Royaume et le paradis. Mais parfois c'est aussi la croix, c'est la détresse, c'est le péché, c'est la souffrance, c'est le mal. Et pourtant même si nous avons l'impression d'être loin ou proche de Dieu, les deux mystères n'en font qu'un seul. Ils nous disent justement cette union de Dieu et de l'homme, de la terre et du ciel. Et quel que soit l'état intérieur de notre âme ou de notre vie spirituelle, si c'est Transfiguration ou si c'est la croix, c'est toujours et de toute façon, le désir de Dieu d'être près de nous et de nous prendre dans la communion avec Lui. A travers toute notre vie sachons passer de ce monde au Père, sachons déjà vivre dans la gloire que, malgré notre péché et notre petitesse, Dieu révèle à l'intérieur de nous-même et dans cette eucharistie où à travers le pain et le vin nous contemplons le corps et le sang glorifié du Christ notre Seigneur

 

 

AMEN