CONTEMPLER ET ENTENDRE DIEU

Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

orsque l'apôtre Pierre, sur le mont Thabor où il a été convoqué pour participer à la vision de la Transfiguration, s'écrie : "Seigneur, il est heureux que nous soyons ici", il correspond exacte­ment à l'attitude religieuse fondamentale qui consiste à croire que être heureux c'est de voir Dieu. Le bon­heur de l'homme consiste non pas en un accomplis­sement de sa propre personne séparée de Dieu mais dans la contemplation de Dieu. Le bonheur de l'homme c'est de voir Dieu. Et la réaction de Pierre va même plus loin. Non seulement elle correspond à l'attitude religieuse fondamentale, mais il veut aussi planter des tentes afin que ce bonheur soit comme planté et abrité sur cette terre. C'est là que Pierre étant trop fidèle à son attitude fondamentale passe outre à l'attitude chrétienne qui s'ajoute à la précédente et qui est la croix et la passion. Aussi Jésus l'invite donc non seulement à ne pas rester sur le mont Thabor mais à descendre à Jérusalem où le Christ doit souffrir et mourir pour les hommes.

La Transfiguration n'est qu'une parenthèse, un moment où Dieu suspend dans sa chair cette divinité qu'il contenait pour la laisser voir à ceux qui l'entouraient. Il est anormal que le Christ soit transfiguré car l'état normal d'une divinité cachée est celle que les apôtres côtoyaient jour après jour. Saint Pierre a donc raison d'ouvrir la porte du bonheur en proposant à Dieu de planter là ce qu'Il est pour que les hommes puissent le contempler, mais il fait erreur en demandant de rester là car la gloire de Dieu n'est pas faite pour rester en haut de la montagne mais pour traverser la mort, la passion afin que tout homme reçoive à son tour cette divinité.

Toutefois nous pouvons ajouter à cette pre­mière réflexion le fait que cette gloire de Dieu, ce poids, cette lumière, la Bible dira cette sainteté par le fait que Dieu est autre que l'homme, s'accompagne d'une voix. Il ne s'agit pas simplement de voir Dieu, mais il s'agit aussi de l'entendre. Et nous avons là l'annonce du Verbe, de la Parole de Dieu. C'est le Père qui parle pour donner le titre à son Fils qui est son Verbe, qui est sa Parole. Et nous qui ne voyons pas Dieu, nous avons reçu cette gloire de Dieu par sa Parole, par l'Ecriture Sainte.

Et le troisième élément de cette Transfigura­tion c'est que Dieu, allant plus loin que le désir de Pierre, plante une véritable tente qui est une nuée qui recouvre de son ombre les spectateurs de cette Trans­figuration. Et plus encore elle les touche, elle com­mence à œuvrer en chacun afin qu'il soit aussi transfi­guré. Nous sommes donc passés d'une vision à l'écoute d'une Parole et cette écoute de la Parole descend sur l'homme, le couvre de son ombre, le touche et le transforme.

Nous avons là en résumé, en condensé, toute l'action du dessein de Dieu qui est tout d'abord de se présenter pour que les hommes désirent le voir, puis de leur parler et par cette parole de dire qui Il est et ce qu'Il veut, enfin, dans cette Parole de prendre chair et en prenant chair de toucher la chair de l'homme. Dans cette vision du mont Thabor, nous avons depuis le haut du ciel, le Père qui annonce le Fils qui laisse éclater sa divinité qu'Il contenait en sa chair humaine, chair divine qui touche par une nuée la chair humaine. Vous avez là comme un dessin qui représente l'exacte volonté de Dieu, non seulement d'être ce qu'Il est, de se présenter mais de se dévoiler, de se découvrir à nos yeux, de se faire entendre, de nous toucher et enfin de nous transfigurer.

Contemplons en ce jour l'exacte mesure du dessein de Dieu qui a voulu s'ouvrir, venir nous cher­cher pour nous attirer à Lui et nous offrir sa divinité comme Il le fait encore aujourd'hui dans l'eucharistie par le corps et le sang du Fils.

 

AMEN