MONTRE-MOI TON VISAGE
Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ieu, personne ne l'a jamais vu, mais le Fils, Lui qui repose dans le sein du Père, nous L'a fait connaître!" - "Seigneur, disait Moïse, montre-moi ton visage, montre-moi ta face !" Et Dieu répondait à Moïse, comme un ami parle à son ami : "Je te placerai dans la fente du rocher et je poserai ma main sur toi. Tu pourras me voir de dos, mais ma face, on ne peut la voir sans mourir !"
C'est le désir le plus profond inscrit au cœur de l'homme que celui de "voir Dieu". Nous désirons voir ce que nous aimons, les êtres que nous aimons car pour l'homme la vue du regard de l'autre est la communication sans doute la plus profonde, la plus intime, celle qui nous révèle le mieux l'être qui est en face de nous. Et puisque Dieu est au cœur du monde, au cœur de notre vie, celui qui est amour, puisque Dieu est celui que nous devons aimer par-dessus tout, celui qui est le centre de toute notre vie, désirer voir le visage de Dieu, désirer plonger notre regard dans le regard de Dieu c'est le désir le plus essentiel de toute notre vie. Beaucoup de choses nous prennent de façon plus directe, mais si nous allons au fond de notre cœur, si nous allons au fond de nos désirs, ce qui est incontestablement le plus important c'est de voir Dieu. Et pouvoir l'étreindre avec notre regard est sans doute notre désir le plus fondamental.
C'est pourquoi tous les hommes ont désiré voir Dieu et Moïse était l’interprète de ce désir profond de l'humanité. Mais Dieu est invisible. On ne peut voir Dieu qu'au-delà de ce monde, qu'au-delà de notre chair, car Dieu ne se laisse pas appréhender par les organes de nos sens. C'est pourquoi Dieu disait : "Mon visage, on ne peut le voir sans mourir !" Or, dans son infinie tendresse pour nous, comprenant que nous ne pourrions pas nous passer de le voir, que nous n'étions pas capables d'attendre jusqu'à notre mort pour le voir, que nous risquions de nous décourager, de nous désespérer, peut-être de perdre pied, Dieu a voulu que nous puissions le voir avant de mourir, que nous puissions le voir dans ce monde, non pas seulement avec les yeux de notre cœur, de notre foi mais avec les yeux de notre chair. Et c'est pour cela que Dieu s'est révélé, s'est manifesté, s'est fait connaître, s'est fait voir de nous. C'est l'Incarnation de Jésus. Jésus a pris une chair d'homme, un visage, un regard d'homme pour que, avec nos yeux nous puissions voir son regard et prendre ainsi connaissance de Dieu dans sa chair. Dieu s'est fait chair pour que l'homme de chair puisse avec sa chair prendre contact avec Dieu.
C'est ce qui s'est réalisé par l'Incarnation du Christ et plus particulièrement au jour de la Transfiguration où les apôtre n'ont pas vu seulement son visage d'homme mais ce même visage d'homme, ce même regard d'homme, ce même corps d'homme transfiguré. Le mot transfiguré n'est qu'un à peu près qui ne peut pas définir cette expérience. Ils ont vu ce corps, ce regard, ce visage comme le corps, le regard, le visage de Dieu. Ils ont vu la lumière, la splendeur de Dieu répandue sur ce visage d'homme, tout à coups comme déchiré de l'intérieur par cette présence plus violente, plus intense, plus merveilleuse. C'était bien Lui, c'était bien celui qu'ils connaissaient, qu'ils aimaient, que chaque jour ils fréquentaient, celui dont ils pouvaient toucher le visage, les mains et le corps, et tout à coup, ils le voyaient, de l'intérieur, dans la plus profonde splendeur de son être, dans la plus intime vérité de ce qu'Il était. Cette expérience indicible, les apôtres nous la traduisent comme ils le peuvent.
Et pour nous qui n'avons pas le privilège de nous trouver sur le Thabor au moment où se déchire le voile du corps du Christ pour que transparaisse la splendeur de sa gloire, nous pouvons, à travers ce récit merveilleux, à travers ces phrases tellement gorgées d'émotion, deviner, pressentir, appréhender cette présence de Dieu sur notre terre. Il n'y a rien de plus précieux que l'évangile, Il n'y a rien de plus essentiel à notre vie parce que, à travers les mains de Pierre, de Jacques et de Jean, nous touchons ce Christ, ce Dieu fait chair qui est le centre unique de notre vie. C'est à travers la lecture de l'évangile que nous pouvons approcher de la face de Dieu. Mais il y a une autre approche tout aussi intense, tout aussi vraie et tout aussi charnelle, ce sont ces sacrements que nous allons recevoir. Ce pain que nous allons manger, ce pain qui va remplir notre corps, c'est la chair du Christ, c'est le Christ qui se met à notre portée, qui se rend sensible et envahit notre être. Ce vin que nous allons boire et qui va remplir notre cœur de la sainte ivresse de Dieu, c'est Dieu en nous, Dieu dans notre sang, le sang du Christ mêlé à notre sang. A travers l'évangile, à travers les sacrements, nous pouvons toucher de nos mains, entrevoir le Christ vivant, le Christ présent, Dieu fait homme, Dieu qui se fait nôtre. Bien sûr, seule la vie éternelle nous permettra d'être pleinement comblés par ce visage et par cette splendeur et cette lumière, mais dès maintenant nous en avons ce commencement réel, concret, vivifiant. Approchons-nous de l'évangile et de l'eucharistie et discernons la lumière de Dieu qui transfigure le visage de cet homme qui est notre frère et notre Sauveur.
AMEN