MOÏSE ET ÉLIE
Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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armi les évènements décisifs et essentiels qui avaient marqué l'histoire du peuple d'Israël tout au cours de son attente le la venue du Messie, il y en avait deux qui revêtaient une importance particulière parce que c'étaient les deux évènements dans lesquels, d'une façon tout à fait spéciale, il y avait eu une communication entre le ciel et la terre. Il y avait deux grands évènements dans lesquels les cieux s'étaient pour ainsi dire ouverts et déchirés, assurant pour un instant provisoire, passager, la communication entre le secret de Dieu, ce Dieu qui comme le dit l'Ancien Testament "notre Dieu est un Dieu dans les cieux", et les hommes, ces hommes dont le lieu du séjour est sur la terre.
Le premier évènement s'était passé sur la montagne du Sinaï. Dans la lumière, dans les éclairs, dans le feu, dans le son de la trompe, les cieux s'étaient déchirés pour que viennent se graver sur des tables de pierre les paroles de la vie, la Loi qui avait été donnée à Moïse. La Loi était la constitution fondamentale non seulement du peuple d'Israël mais de l'existence de tout Israélite comme fils de Dieu, comme voué à Dieu et comme consacré à Dieu. Et la Loi avait été donnée à Moïse, elle avait été reçue des mains mêmes de Dieu, à l'intérieur même du Feu et de la Nuée.
Le deuxième très important dans l'histoire d'Israël avait été la fin du prophète Elie. Selon la Tradition, Elie avait été emporté dans ce char de feu. Là aussi, la Nuée avait enveloppé la chair d'un Prophète, et le Feu l'a emporté dans le cœur même de Dieu. Cette fois-là encore, les "cieux se sont ouverts" et Elie, le prophète de la venue de Dieu, était parti à la rencontre de son Seigneur, dans la nuée et dans le char de feu.
Dès lors, pour Israël, ces deux personnages, Elie et Moïse, figuraient essentiellement toute possibilité de rencontre entre Dieu et l'homme. Or ce n'est pas un hasard si, au moment où le Christ est transfiguré, ce sont précisément ces deux témoins (qui à eux seuls récapitulent d'une certaine manière toute l'existence, toute l'attente et tout le désir d'Israël) qui sont là, de part et d'autre du Seigneur, et qui sont pour ainsi dire insérés dans sa gloire. Moïse reçoit pour Israël les véritables tables de la Loi. Désormais, la Loi qu'il faut écouter n'est plus simplement celle qui était gravée sur les tables de pierre, car celle-là était encore une loi imparfaite et ne pouvait pas donner le salut. Elle pouvait donner les points de repère pour une relation vivante et vraie avec Dieu, mais elle état incapable de fournir à l'homme la grâce qui lui permette effectivement, réellement et pleinement d'entrer dans l'amitié divine. Et Elie est le témoin de la véritable destinée de l'homme. Il voit aujourd'hui que Celui qui est ainsi transfiguré c'est véritablement Celui qui peut emporter l'homme dans le cœur même de Dieu. Elie qui avait vu l'ouverture des cieux à travers le char de feu, voici qu'aujourd'hui il voit non seulement un char de feu, mais il voit une humanité de lumière qui ouvre les cieux pour emporter toute l'humanité dans le cœur même de Dieu.
C'est là un des aspects essentiels de la confession de foi de Jésus-Christ transfiguré. Il est à la fois Parole, Loi, Accomplissement de la Loi, chemin qui ouvre les cieux, et Il est en même temps ce char de feu, Celui qui emporte, Celui qui saisit, Celui qui emmène l'homme dans son humanité vers la gloire même de Dieu. Il est à la fois la source, cette Parole qui est jetée dans la terre comme le blé ou comme la pluie et qui est mise dans la terre de l'humanité pour y germer, pour porter du fruit. Et Il est en même temps cette source de vie et de Résurrection qui, par la croix, qui, par le mystère de la récapitulation de toute chose en Lui, nous introduit dans le cœur même de Dieu. Il est vraiment le "Fils Bien-Aimé", Il est la plénitude de la Parole de Dieu et Il est la plénitude de la vie qui prend nos destinées terrestres pour les accomplir dans le cœur même de Dieu.
Voilà ce que nous célébrons aujourd'hui. Célébrer la Transfiguration, c'est à la fois confesser qui est vraiment Celui-là même que nous avons connu sous des traits de chair et de sang, que nous avons connu dans les évènements les plus banals et les plus simples d'une existence au milieu de son peuple, mais en même temps découvrir le poids de gloire, le poids d'amour de Dieu qui est capable de transfigurer non seulement cette humanité de Jésus Christ mais la nôtre même, pour l'introduire dans le cœur même de Dieu.
Aujourd'hui, dans la célébration de cette eucharistie, quand nous recevons le corps et le sang du Christ, sous les espèces du pain et du vin, nous recevons vraiment la chair transfigurée du Seigneur. Et ceci nous est donné pour nous rappeler que la propre destinée de chacun de nous est d'être un jour transfiguré par la mort et la résurrection dans la plénitude de la vie de Dieu. Que le geste que nous allons faire soit un geste d'espérance et d'amour, un geste de vérité qui reconnaisse vraiment qui est Celui qui nous a sauvés et qui reconnaisse aussi qu'il n'y a pas d'autre salut pour nous.
AMEN