N'AYEZ PAS PEUR !

Dn 7,9-10+13-14; 2P 1,16-19; Mt 17,1-9
Transfiguration - (6 août 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Porte du domaine du Tabor

L

 

e Christ apparaît transfiguré aux trois disciples Pierre, Jacques et Jean. Moïse avait voulu voir la gloire de Dieu. Il avait voulu voir le visage de son Dieu et il avait eu l'audace de lui demander, mais Dieu lui avait répondu : "Tu ne peux pas voir ma face sans mourir, alors lorsque je passerai, je te mettrai dans le creux du rocher, je poserai ma main sur tes yeux puis je l'enlèverai et tu me verras, comme de dos "

Le roi David avait convoqué son peuple, l'invitant à la joie d'un gloire qui se révélerait, non seulement pour les hommes et pour la création tout entière, puisqu'il avait chanté : "Le mont Thabor et la montagne de l'Hermon tressailliront de joie et d'allégresse à la vue de la gloire de Dieu".

Le prophète Élie, prophète de Dieu par excellence, avait révélé dans sa prédication que Dieu viendrait sauver le peuple, non plus seulement par l'obéissance à la loi, mais par le don de la grâce.

Et voici qu'aujourd'hui, trois apôtres sont témoins de cette annonce, de cette préfigure de la présence de la gloire de Dieu au milieu de son peuple. Jésus vient de leur annoncer, pour la première fois, qu'il connaîtra la Passion et la mort avant de ressusciter. Il vient juste de leur dire : "Celui qui m'aime vraiment devra perdre sa vie, devra prendre sa croix pour qu'il puisse me suivre et avoir une part avec moi".

Il y a donc dans ce mystère de la Transfiguration la présence de la gloire de Dieu au milieu de nous, mais non pas d'une gloire triomphante, encore moins triomphaliste, d'une gloire qui va se révéler petit à petit, au fur et à mesure que le Christ va donner sa vie, va livrer son corps, au fur et à mesure que sa chair va être brisée.

Saint Paul nous dit, dans l'épître aux Corinthiens que nous-mêmes nous portons le trésor de la présence de Dieu "dans un vase d'argile", c'est-à-dire dans un vase fragile. Mais le Christ Lui-même a porté cette présence de la gloire de Dieu dans le vase fragile de son corps qui se brisera pour laisser manifester aux disciples d'abord puis au monde, la présence de la gloire de Dieu qui resplendit sur son visage de Fils. Nous-mêmes, qui avons été baptisés, plongés dans la mort et la résurrection de Jésus, nous sommes désormais participants de cette gloire nous sommes porteurs de cette gloire. Mais dans des vases fragiles, dans ces vases d'argile que sont nos corps, que sont nos vies brisées par le péché et, un jour, défaites par la mort.

Mais si vous avez remarqué dans l'évangile d'aujourd'hui, après sa transfiguration, après que la nuée ait révélé la Parole du Père, affirmant le mystère de l'Incarnation : "Celui-ci est mon Fils bien aimé", Jésus s'approche des disciples prosternés dans cette attitude d'adoration la face contre terre, et Il les touche. Il les touche et Il leur dit : "Levez-vous et n'ayez pas peur !" Jésus, transfiguré déjà, Jésus manifestant sa gloire, touche les apôtres, confirmant ainsi, affirmant, rendant plus solides ces vases d'argile, cette chair dont ils sont porteurs et qui, elle aussi, se brisera au pied de la croix quand ils quitteront le Christ. Jésus touche ses apôtres et leur dit : "Relevez-vous !" Ce mot "relevez-vous" c'est celui de la résurrection, et Il annonce déjà le mystère de la résurrection en leur disant : "N'ayez pas peur !". Il sait très bien que ses disciples connaîtront, comme Lui, la phase négative de la gloire, passeront par le martyre, par la mort, par la déchéance, mais déjà Il leur annonce, qu'au milieu même de ces conditions de la fin de leur vie, Il les relèvera. Et dans sa transfiguration, annonçant sa résurrection, Il leur demande de ne pas avoir peur. Et c'est là que sa transfiguration nous touche aussi.

Jésus, dans son mystère de Dieu présent dans notre chair, va nous toucher aujourd'hui. Son corps va venir dans notre corps et son sang va couler sur nos lèvres. C'est ce corps qui est apparu aux disciples transfigurés de lumière. C'est ce corps qui est apparu aux disciples pour qu'apparaisse, en leur propre chair, la présence de sa gloire, la présence de sa vie. Mais comme Jésus, comme les disciples, cela doit se manifester, pour nous, dans notre condition mortelle. La gloire de Jésus, pour qu'elle soit révélée à nos yeux de chair, doit, un jour, fermer ces yeux, ces yeux déjà rendus opaques par notre péché, ces yeux qui se fermeront dans la souffrance et dans la mort, pour que puisse être transfigurée notre chair de péché et de mort.

Ainsi se révélera en nous le dessous mystérieux et profond d'un réel invisible mais déjà à l'œuvre pour une transfiguration définitive, non seulement de nous mais de la création tout entière. Je vous cite un passage extrait du livre "Le pavillon des cancéreux" : "Je ne mourrai pas tout entier, chuchota Choulouline, pas tout entier. Car parfois je sens avec tant de clarté que tout ce qu'il y a en moi n'est pas encore tout moi. Il y a quelque chose de très très indestructible, quelque chose de très très haut, quelque chose comme un éclat de l'Esprit ".

 

AMEN