MARIE, MÈRE DE DIEU
Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, l'évangile que nous venons de lire est une allusion au fait que cette basilique de Sainte Marie Majeure, a bénéficié d'une relique, vraie ou pas vraie, peu importe, de la crèche de Jésus, d'où la mention de la naissance de Jésus dans une crèche. Je signale ceci simplement parce que cela souligne ce que je disais au début, à savoir que cette fête marque l'étroite union de Marie et de Jésus. Ce qui fait l'importance de Marie, c'est quelle est la mère de Jésus et plus précisément la mère de Dieu comme nous le disons couramment, et comme l'a proclamé le dogme du Concile œcuménique d'Éphèse en 431, un an avant l'édification de la basilique de Sainte Marie Majeure.
Que signifie ce dogme d'Éphèse qui est ainsi au cœur de notre célébration d'aujourd'hui. A Éphèse, on a voulu dire que Jésus était vraiment homme et vraiment Dieu, mais que c'était une unique personne qui était à la fois pleinement homme et pleinement Dieu. Ce n'était pas un homme qui était habité par la divinité, ce n'est pas quelqu'un en qui Dieu se manifeste, c'est véritablement Dieu lui-même qui assume à notre ressemblance, pour être notre frère, une nature semblable à la nôtre. Qu'est-ce qu'une nature ? C'est ce que nous sommes, nous sommes vous et moi, des êtres humains, et la nature est ce qui nous caractérise et qui nous différencie de ceux qui ont une nature canine, ou une nature de chat ou autre encore, ou une nature angélique, ou une nature divine. Nous sommes des êtres humains ce qui signifie une certaine caractéristique, une certaine structure de ce que nous sommes. Autre chose ce que nous sommes, autre chose le fait que nous soyons des personnes, c'est-à-dire que selon la nature qui est la nôtre, nous soyons capables d'abord d'exister, d'agir, et d'agir avec le maximum d'autonomie selon la nature qui est la nôtre, et cette autonomie quand il s'agit d'un être humain, on appelle cela la liberté. Une personne c'est quelqu'un qui ayant une nature, existe comme un sujet de liberté, de choix, de décision, de connaissance, de relation, un sujet d'amour.
En Jésus, il n'y a pas deux personnes, une personne divine et une personne humaine, ce serait un monstre, il y a une seule personne, un seul sujet d'action, d'existence, d'agir, qui est à la fois doté de la nature divine comme Fils de Dieu, comme Verbe du Père, il est Dieu totalement et parfaitement égal au Père, il a la nature divine, mais aussi il a pris comme une sorte de supplément d'être, une nature humaine pour pouvoir être semblable à nous, notre frère, pour pouvoir en notre nom, nous réconcilier avec le Père par sa croix et sa résurrection, par sa Pâque.
Affirmer que Jésus est l'unique personne, la personne du Fils de Dieu, à la fois vraiment Dieu et à la fois vraiment homme, affirmer cela, c'est affirmer que toutes les relations que nous allons avoir avec Jésus sont des relations qui s'adressent à cette personne, cette unique personne divine, même si cette personne divine est à la fois vraiment Dieu et vraiment homme. Et quand Marie porte en son sein la chair de Jésus, la chair du Fils de Dieu, elle est la mère de cette nature humaine qu'elle lui donne. Marie n'est pas la mère de Jésus dans sa génération divine, éternelle, jaillissement du cœur du Père qui s'est produit avant tous les siècles, et donc bien avant que Marie puisse exister, Marie a donné à Jésus sa nature humaine, mais elle n'est pas mère seulement de cette nature humaine, elle est mère de la personne de Jésus qui vit selon cette nature humaine. C'est dire que la relation de Marie va non pas seulement aux capacités humaines de Jésus, mais à ce sujet d'existence, d'action, de liberté, qui est l'unique personne du Fils de Dieu fait homme. C'est pour cela qu'on ne dit que Marie est mère de l'homme Jésus, Marie est mère de la nature humaine du Christ, on ne dit pas que Marie est mère seulement du Christ incarné, Marie est mère de Jésus, du Fils de Dieu, mère de Dieu. C'est pourquoi ce titre de Marie mère de Dieu a été l'affirmation même de cette unité personnelle du Christ à la fois vraiment Dieu et vraiment homme mais dans une unique personne. C'est à cette personne que s'adressent toutes les relations, la relation du Père bien sûr, d'abord, de toute éternité, la relation de Marie quand elle le met au monde, nos relations à nous, quand nous parlons à Jésus, car nous ne parlons pas seulement à notre frère humain, nous parlons à l'unique personne divine du Fils de Dieu qui s'est fait homme pour être proche de nous et qui ne cesse pas d'être cette personne du Fils de Dieu, cette personne divine.
Cela a peut-être l'air un peu difficile, et pourtant c'est le fondement non seulement de notre foi, mais de notre prière, de notre piété, car nous ne nous adressons pas seulement à un homme qui par ailleurs serait proche de Dieu, nous nous adressons à Dieu lui-même qui s'est fait notre frère pour que nous puissions accéder plus facilement et librement à lui.
C'est ce que dit un vieux poème, celui des Odes de Salomon, que nous chantons pendant le temps pascal : "Tu t'es fait semblable à moi pour que je ne te craigne pas". Tu t'es fait semblable à moi pour que je puisse accéder à toi. Dieu lui-même, Dieu en personne s'est fait homme, pour que nous puissions, comme le dit saint Jean dans son épître, le voir de nos yeux, le toucher de nos mains, entendre sa voix de nos oreilles, le contempler dans sa vérité divine, manifestée à travers son humanité.
AMEN