PAR MARIE, JÉSUS ENTRE DANS NOTRE CHAIR

Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

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ne fête de dédicace, c'est la fête de l'Église, de l'Église Corps du Christ dont le bâtiment est seulement de signe et le symbole, et tou­tes les fois que nous célébrons ainsi la consécration d'une église, c'est le Christ lui-même que nous célé­brons.

Aujourd'hui, cette église dont nous célébrons la dédicace est une église dédiée à la Vierge Marie, Sainte Marie Majeure à Rome, comme d'ailleurs un très grand nombre d'églises dans le monde chrétien. De ce fait, la fête d'aujourd'hui nous invite à voir comment célébrer la Vierge Marie et célébrer le Christ, puisque notre fête d'aujourd'hui est tout à la fois une fête de la Vierge et une fête de Jésus. De fait, si cette église s'est appelée Sainte Marie Majeure c'est parce qu'on y a déposé une relique apportée de terre sainte, qu'on a cru à plus ou moins juste titre, être une relique de la crèche de Jésus. C'est pourquoi nous avons lu cet évangile, et donc Marie y est célébrée sous l'angle de sa maternité, sous l'ange très précis où par elle a été mis au monde le Fils de Dieu. C'est donc le mystère de l'Incarnation qui est au centre de notre prière et de notre méditation aujourd'hui. Cela nous fait comprendre que nous célébrons Marie, non pas parce qu'elle aurait reçu je ne sais quel privilège, non pas parce qu'elle serait à mi-chemin entre le ciel et la terre, élevée au-dessus de l'humanité, mais parce qu'elle est le point précis où, par la grâce de Dieu, le Fils unique, éternel, Dieu lui-même, est devenu homme, s'est inséré dans notre humanité. C'est cela la gloire de Marie, c'est d'être le point d'insertion de la vie divine dans la chair de notre humanité. Célébrer Marie, c'est donc tourner notre regard vers le Christ, car toute la raison d'être, toute la signification, toute la grâce, toute l'importance de Marie, réside dans ce que précisément en elle, Dieu s'est fait homme, Dieu est venu dans l'humanité. C'est pourquoi le texte de l'épî­tre aux Galates que nous lisions est parfaitement en situation. Il nous dit qu'à "la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils". Comment l'a-t-Il envoyé ? Il est né d'une femme, donc, né d'une chair humaine, inséré dans la chair de l'humanité. Et pourquoi ? Afin de nous conférer, de nous donner l'adoption filiale, c'est-à-dire afin que nous tous, devenant frères de Jésus, puisqu'Il a pris la même humanité que nous, nous sommes comme Lui, fils du Père, non pas en un sens générique où toutes les créatures sont d'une cer­taine manière des enfants de Dieu, mais au sens très précis où Jésus est le Fils unique du Père, dans une relation absolument unique entre Lui et le Père, et c'est dans cette relation qu'Il nous introduit, faisant de nous ses frères et nous faisant donc fils du Père, par adoption, comme Il est lui-même le Fils unique. "C'est pourquoi, continue saint Paul, nous pouvons recevoir dans nos cœurs l'Esprit de Jésus, l'Esprit du Fils, qui crie Abba, Père". Cette façon de s'adresser à Dieu que seul Jésus, dans toute l'histoire de l'huma­nité a osé faire sienne, dire au Père non pas un nom générique de respect, mais ce nom de tendresse, Abba, ce qu'on pourrait traduire par papa, approxima­tivement.

Voilà donc comment nous célébrons Marie. Elle tourne notre regard vers son Fils. Marie n'a de sens que relativement à son Fils. Toute l'importance et la grandeur de Marie réside en Jésus, et le rôle de Marie dans notre vie, c'est de nous tourner vers Jésus. C'est pourquoi dans toute la tradition chrétienne, Ma­rie est comme le prototype de l'Église, l'Église, c'est-à-dire notre communauté, la communauté humaine en tant qu'elle a été vivifiée par la venue de Jésus dans cette humanité. L'Église, c'est vous et moi, en tant que précisément, Jésus s'est fait notre frère, et donc nous a fait adopter par le Père. C'est cela l'Église. Marie est comme l'exemple parfait de ce que doit être l'Église, puisque l'Église c'est l'humanité remplie de la pré­sence du Christ, et que c'est précisément parce que Marie a été remplie dans sa chair de la présence du Christ, le Fils de Dieu, qu'elle nous l'a donné, et que Jésus s'est incarné dans notre humanité. Il n'y a donc d'Église que parce qu'il y a eu Marie comme porte d'entrée pour Dieu dans l'humanité, et vénérer Marie, c'est s'affirmer membre de l'Église, affirmer que nous sommes adoptés par Dieu, nous sommes divinisés, qu'avec Jésus, nous devenons pleinement au sens le plus fort, enfants de Dieu.

Rendons grâces au Seigneur par Marie, qui a été l'instrument de cette adoption, d'un si grand amour qui a fait de nous non pas simplement des créatures de Dieu, mais ses enfants d'adoption, intimement unis à cette vie divine qui coule sans cesse en nous et dont Marie a été l'instrument.

 

 

AMEN