MÈRE DE TOUTES LES ÉGLISES
Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, la dédicace d'une église est toujours une fête du Seigneur, parce que l'église avant d'être un bâtiment, c'est la communauté chrétienne et cette église est le Corps du Christ dont le Christ est la tête. Puisque nous célébrons la dédicace de la Basilique Sainte Marie Majeure à Rome, nous célébrons donc une fête du Christ et en même temps puisque cette basilique a pour titulaire la Vierge Marie, nous célébrons aussi une fête de Marie. Nous célébrons donc le mystère de Marie dans sa relation la plus étroite avec celui du Christ. D'autre part, la Basilique de Sainte Marie Majeure, qui est un basilique Constantinienne a été édifiée pour accueillir les reliques de la crèche de Bethléem, c'est la raison pour laquelle nous avons lu cet évangile de la nativité de Jésus que Marie dépose dans une crèche puisqu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie.
Cet évangile est bien au cœur de ce mystère de Marie tant qu'il se greffe et prend tout son sens du mystère même de Jésus. Si nous célébrons la Vierge Marie, ce n'est pas parce qu'elle serait la femme idéale, ce n'est pas parce qu'elle tiendrait la place que dans d'autres religions ont des déesses, mais nous célébrons la Vierge Marie parce qu'elle est la Mère du Christ. C'est donc toute la divinité et la plénitude de grâce du Christ qui rejaillit sur Marie parce qu'elle est sa Mère, parce qu'elle lui a donné cette chair de la nature humaine qu'il a voulu prendre pour se faire notre frère et venir nous sauver, c'est donc cette grâce du Christ qui fait toute la gloire de Marie. Marie n'est rien en-dehors du Christ, et là nous touchons au mystère même de l'évangile, car ce qui est vrai par excellence de Marie, à savoir que toute sa sainteté vient du Christ et du Christ seul et qu'elle en est un rejaillissement, un reflet, une image, une manifestation de cette sainteté du Christ. Cela d'après l'évangile est vrai de toute sainteté et nous aussi, comme Marie, nous, c'est-à-dire les membres de l'Église, cette Eglise dont Marie est le premier membre, elle est l'enfant de Dieu par excellence, nous tous comme membres de l'Église, comme Marie nous tirons toute notre sainteté, notre gloire, toute la vérité profonde de notre être et de notre vie du Christ parce qu'il est la tête de ce corps qui est l'Église et que c'est de la tête que vient la vie qui irrigue tout ce corps.
Cela veut dire que nous n'avons pas à dire comme on l'entend quelquefois : nous ne sommes pas saints, nous sommes très loin de la sainteté, comme s'il s'agissait d'un privilège ou d'une grandeur qui nous appartiendrait en propre. Si sainteté il y a ce n'est pas la nôtre, c'est la sainteté de Jésus, et nous sommes saints dans la mesure où nous sommes pris, comme Marie l'a été par excellence, nous sommes pris dans le mystère même de Jésus, dans la dynamique de ce mystère du Dieu qui s'est fait homme. Il n'y a pas d'autre sainteté que celle qui jaillissant du cœur de Dieu envahit toute la création à partir de cette incarnation du Christ qui se faisant, sans cesser d'être Dieu, l'une de ses créatures, transfigure, transforme, sanctifie, consacre cette créature, Marie, chacun d'entre nous et la création tout entière.
Telle est notre sainteté, et nous n'avons donc pas à dire avec une prétendue humilité, que nous ne sommes pas saints. Dans la mesure où le Christ nous prend dans ses mains, dans la mesure où le Christ nous fait entrer dans son mystère, nous sommes saints, nous sommes sanctifiés. Bien entendu nous ne savons pas pleinement répondre à cette sainteté, et pourtant elle est bien déposée en nous par le baptême, par notre naissance spirituelle. C'est la raison pour laquelle saint Paul dans ses Épîtres, quand il s'adressait aux chrétiens, disait : "Vous les saints". Ils n'étaient pas plus saints au sens moderne que nous prenons de ce mot, mais ils étaient saints en vérité comme nous le sommes en vérité dans la mesure précisément où, par leur baptême, par leur vie chrétienne, par leur participation à la vie de l'Église, ils étaient pris dans ce mystère, dans ce mouvement de la sainteté du Christ.
Frères et sœurs ne regardons pas notre vie, surtout notre vie chrétienne comme si c'était notre affaire, comme si elle nous appartenait, comme si elle dépendait de nous. Bien sûr elle dépend de nous, il faut que nous soyons libres pour adhérer à cette offrande, à cet appel, à ce don que nous fait le Christ. Mais dans ce don, rien ne vient de nous, nous n'avons pas à nous glorifier. Nous sommes pris gratuitement dans le mouvement de la sainteté du Christ. Pour nous, la sainteté du Christ est une réalité qui nous est donnée, une réalité vers laquelle nous sommes en marche, c'est une réalité de mouvement, une réalité dynamique vers laquelle nous sommes emportés et qui déjà vit et se déploie et se développe en nous.
Frères et sœurs, soyons saints comme Dieu lui-même est saint, c'est ce que Jésus disait à ses disciples dans son discours inaugural sur la montagne : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait".
AMEN