L'ÉGLISE EST UN LIEU DE GRÂCE

Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 1994)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

'Église aime à célébrer le mystère du Christ, l'Église ne célèbre que le mystère du Christ, car elle est née de ce mystère du Christ, elle vit de ce mystère du Christ et elle va vers sa destinée définitive qui est de vivre dans ce mystère du Christ, quand la plénitude des temps sera définitivement ac­quise, quand les temps chronologiques et durée dispa­raîtront pour laisser place à ce monde sans durée, sans temps qu'est justement le mystère du Christ.

Et une fête de la Vierge Marie n'est jamais une fête qui se restreint ou qui se réduit ou qui se fo­calise sur la personne de la Vierge Marie. C'est pour­quoi toute dévotion envers la Vierge Marie qui serait séparée dans sa source ou dans sa destinée du mystère du Christ, cette dévotion-là n'aurait rien de chrétien. C'est d'ailleurs pourquoi certaines formes de supersti­tions ont fleuri dans l'Église. C'est pourquoi on entend encore des gens qui disent : Jésus, Dieu, je n'y crois pas beaucoup, mais la Vierge Marie, oui, j'y crois beaucoup. Vous sentez bien que cela ne veut stricte­ment rien dire. Ce n'est simplement qu'un effet psy­chologique peut-être un petit peu religieux de cette personne de la femme magnifiée dans une conscience, peut-être pas toujours équilibrée d ailleurs.

Lorsque nous célébrons la Vierge Marie, nous célébrons, par elle, l'écho, le reflet, le don du mystère du Christ. Et aujourd'hui, à travers la dédicace de la première église qui porte un titre marial, cette église de Sainte Marie Majeure à Rome, construite par le pape Sixte III pour honorer la déclaration du concile d'Ephèse en 431 qui avait proclamé Marie "Mère de Dieu", célébrer la dédicace d'une église en l'honneur de la Vierge Marie, c'est célébrer, comme en miroir qui se réponde, le mystère de la fécondité. Le mystère d'abord de la fécondité du Royaume de Dieu car c'est l'Esprit du Royaume de Dieu c'est l'Esprit trinitaire qui a fait de la Vierge Marie la Mère du Fils. Et c'est donc d'abord, dans la mouvance de ce don de l'Esprit, dans la mouvance de ce don immense que Dieu ne cesse de faire à son Église, que nous célébrons la Vierge Marie comme mère de Dieu.

C'est donc cette maternité dont elle a été le réceptacle, mais dont elle n'est pas la source, à la dif­férence des réalités de la génération humaine, que nous fêtons. Dans la maternité de Marie, nous célé­brons donc la capacité d'accueil d'une créature au don de Dieu, à la plénitude du don de Dieu. C'est le pre­mier aspect ? Et le second, du fait de la dédicace d'une église, c'est que nous projetons, parce que c'est une réalité et non un phantasme, cette maternité que la Vierge Marie reçoit de Dieu, nous la projetons sur l'Église. Sur l'Église, qui n'est l'Église que parce qu'elle se reçoit de Dieu et qui est donnée au monde, comme la Vierge Marie, pour donner Jésus au monde. Là encore, nous pouvons dire que toute conception, tout approche, toute vision, toute vie dans l'Église séparée du mystère du Christ tomberait dans l'institu­tionnel, dans la bureaucratie, dans l'organisme, dans l'organisation pieuse, morale ou je ne sais quoi, mais ce ne serait plus l'Église du Christ.

En célébrant la dédicace de Sainte Marie Majeure, nous célébrons cette Église que nous som­mes et qui est Mère de la grâce que nous recevons par elle, mais pas pour qu'elle reste en nous, car la Vierge Marie n'a pas reçu l'incarnation du Christ pour le gar­der ni quand Il était en elle, ni comme une mère pro­tectrice pour empêcher que son petit, un jour, ne grandisse et atteigne sa taille adulte. On sait que l'adulte et la maturité sont essentiellement oblatives et un don de soi-même aux autres. A l'image de la Vierge Marie, l'Église est donc réceptacle de la grâce de Dieu. C'est dans l'Église que, aujourd'hui, Dieu s'incarne pour se donner au monde. Et l'Église doit assurer, à la fois, la réception du don de Dieu et le don aux autres. Et nous le savons bien, même si l'Église n'est pas toujours aussi digne, aussi vierge ou aussi mère dans sa perfection que la Vierge Marie, il n'em­pêche qu'elle a cette mission, il n'empêche qu'elle a reçu cette grâce, comparable à celle de Marie, juste­ment pour que la grâce de Marie continue, aujourd'hui dans le monde, à donner naissance au Fils de Dieu c'est-à-dire à prolonger son mystère de salut, son mystère de don, son mystère de grâce, son mystère de pardon.

Alors, renouvelons de façon juste et adéquate notre piété, notre dévotion à Marie, comme réceptrice du mystère de Dieu pour le donner. Et renouvelons cela dans une vision de l'Église qui soit, là encore, vécue, vivante et voulue, en recevant le don de Dieu pour le donner aux autres. La Vierge Marie a reçu et a contemplé ce mystère de Dieu, mais parce qu'elle le contemplait en tant que mystère de Dieu, elle n'a eu de cesse que de le donner aux autres. C'est cela qui est indiqué par le voyage de la Visitation, premier voyage missionnaire où Jean-Baptiste tressaille à cause de la présence du Sauveur. Que Marie nous aide, quand nous recevons le corps du Christ à ne pas le garder pour nous mais à le transmettre aux autres, car si nous le recevons c'et pour le donner.

 

 

AMEN