LE BAPTISÉ EST AUSSI DEMEURE DE DIEU

Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

a fête d'aujourd'hui est l'anniversaire de la consécration solennelle d'un lieu de culte, de cette église de pierre dédiée à la Vierge Marie à Rome. Église de pierre qui est l'image, le symbole et en même temps le lieu privilégié de rassemblement de l'Église c'est-à-dire du mystère de la communauté chrétienne. Nous célébrons aussi une fête de Marie le fait qu'on a rapporté à Rome des reliques, authenti­ques ou non mais qui ont porté la piété des fidèles, des reliques de la crèche de Bethléem. C'est pourquoi nous venons de lire l'évangile de la naissance de Jé­sus, le fait que sa première demeure a été une crèche dans une grotte "puisqu'il n'y avait pas de place pour eux à l'hôtellerie."

C'est donc le mystère de "la demeure de Dieu parmi les hommes" qui de toute manière se propose à nous aujourd'hui. Demeure de Dieu dans cette crèche, demeure de Dieu dans la basilique de Sainte Marie Majeure comme dans toutes nos églises, demeure de Dieu dans la communauté chrétienne qui est le lieu où Dieu habite parmi les hommes, demeure de Dieu dans le sein de la Vierge Marie. Et ceci nous amène de façon tout à fait privilégiée à parler des liens entre le mystère de la Vierge Marie et le mystère de l'Église.

La Vierge Marie est à la fois la figure de l'Église et la réalisation la plus parfaite. Elle n'est pas simplement le membre par excellence de la commu­nauté chrétienne. Si elle est figure et réalisation par­faite de l'Église c'est précisément en tant que "de­meure de Dieu". La Vierge Marie a offert dans son sein la demeure dans laquelle le Fils de Dieu, Dieu le Fils, a pris chair, a fait sa demeure parmi les hommes. Et ceci est quelque chose d'unique qui ne s'est réalisé qu'une fois et qui ne se réalisera plus jamais. C'est ce que la Vierge Marie a en propre, elle a donné sa pro­pre chair, sa chair humaine pour qu'elle devienne la chair de Dieu, la chair du Fils de Dieu.

Mais en donnant ainsi "une demeure parmi les hommes" au Fils de Dieu pour qu'Il puisse entrer dans notre monde, faire partie de notre monde, la Vierge Marie ouvre un mystère qui est précisément celui de l'Église, l'Église, la communauté des chré­tiens qui a pour vocation d'être la demeure de Dieu. Par notre baptême, par l'habitation de l'Esprit en nous, par la progressive transformation de notre être pro­fond grâce à l'action du saint Esprit qui nous divinise, par l'eucharistie qui fait que Dieu demeure en moi et que je demeure en Lui, nous sommes tous la demeure de Dieu sur la terre. Et c'est parce que Marie a été de façon unique la demeure de Dieu que l'Église peut devenir demeure de Dieu car en prenant une chair semblable à la nôtre le Christ assume notre humanité, assume notre chair et transfigure la chair de chacun d'entre nous pour que, tous ensemble, nous puissions devenir réellement demeure de Dieu. Non pas au sens où la Vierge Marie a donné sa chair au Christ mais c'est le Christ qui vient habiter en nous pour transfigu­rer, transformer, changer notre chair. Mais le résultat de ce long mystère qui s'ouvre à l'Incarnation c'est que l'Église, dès maintenant et surtout dans son achè­vement dans le Royaume, sera vraiment le corps du Christ, sera vraiment unie si étroitement au Christ que sa chair sera notre chair que nous ne ferons qu'un seul corps avec Lui, que nous serons les membres de son corps et cela nous le sommes dès maintenant d'une façon inchoative, déjà réelle, mais tout cela s'enracine dans le mystère de la Vierge Marie.

C'est donc à bon droit que Marie est au cœur de l'Église, que Marie est le prototype de l'Église et que l'Église est comme l'accomplissement du mystère de Marie. C'est à bon droit que le concile Vatican II a parlé de Marie comme la conclusion, le résumé, la plénitude et l'apogée de la Constitution Lumen Gen­tium sur le mystère de l'Église. Que notre dévotion pour la Vierge Marie s'enracine en profondeur dans ces vérités dogmatiques. Que ce ne soit pas seulement une dévotion faite de sentiment ou d'affection, même si cela est très bon, mais qu'elle s'enracine dans cette vérité profonde : de la chair de Marie est venue la chair du Fils et de la chair du Fils vient la transfigura­tion de notre chair pour que nous participions pleine­ment à l'humanité de Jésus afin que Dieu soit tout en tous.

 

 

AMEN