FIGURE DE L'ÉGLISE
Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ous venons d'entendre l'évangile de la naissance de Jésus à Bethléem. Ceci parce que la basilique de Sainte Marie Majeure à Rome avait reçu une relique de la crèche, relique bien hypothétique mais que l'on croyait sincèrement vraie. L'importance de la crèche dans le mystère de Marie c'est l'importance de la naissance de Jésus dans la vie de la Vierge.
Marie n'est ce qu'elle est que pour être Mère de Dieu. Tout ce que nous disons de la vierge Marie, sa conception immaculée c'est-à-dire le fait qu'elle a été préservée de toute atteinte du péché par une grâce parfaitement gratuite de Dieu, avant même sa conception, sa virginité, sa fidélité à la Parole de Dieu, sa méditation du mystère dans la foi, son acceptation de l'annonciation par l'ange Gabriel, sa présence à la croix du Christ où elle devient mère de tous les disciples, sa présence au milieu des apôtres au moment de la naissance de l'Église à la Pentecôte, enfin son Assomption dans le ciel avec son âme et son corps, tout cela ne s'explique, n'a de sens, ne trouve sa place qu'autour de ce mystère central qui est celui de la maternité divine de Marie. Marie est mère du Fils de Dieu. Elle donne au Fils de Dieu sa chair humaine, sa personnalité humaine.
Et puisque nous célébrons la dédicace d'une église de pierre et donc la fête de l'Église cela nous invite à voir aussi en Marie le prototype de l'Église, la figure de l'Église. Marie est à la fois le membre le plus accompli, le plus achevé de l'Église et elle en est aussi comme l'image, la préfiguration. Et dire que tout le mystère de Marie est centré sur la naissance de Jésus, tout en disant que Marie est la figure de l'Église, cela nous invite aussi à voir comment le mystère de l'Église est lui aussi tout entier centré sur l'Incarnation de Jésus.
L'Église n'a de sens, l'Église n'a de réalité qu'à partir de l'Incarnation du Fils de Dieu. C'est parce que Dieu s'est fait homme qu'il y a une Église. Qu'est-ce que l'Église en effet sinon le prolongement de l'Incarnation du Christ ? Je m'explique. L'Église c'est le rassemblement des chrétiens, l'Église c'est l'humanité sauvée. Mais d'une façon encore plus profonde, l'Église c'est le corps du Christ. Jésus nous rassemble dans l'Église, nous rassemble dans son corps, pour que nous soyons, ensemble, le Christ Lui-même. Nous ne sommes pas étrangers au Christ comme des disciples, comme les membres d'une société dont le Christ serait le chef. C'est beaucoup plus profond. Il y a entre nous et le Christ une communion de vie, une communion de pensée, une communion dans la réalité la plus profonde de notre être que saint Paul a exprimé et que l'Église continue à exprimer comme la communion des membres d'un corps avec la tête mais nous pourrions dire aussi le cœur, l'âme, Jésus étant la tête de ce corps, l'Esprit saint en étant l'âme. Nous sommes aussi unis au Christ que les membres d'un corps sont unis les uns avec les autres et sont unis à l'âme qui fait vivre ce corps.
C'est dire que l'Église, nous-mêmes, non pas chacun d'entre nous isolément mais tous ensemble pris dans notre communion de charité, nous tous unis nous sommes présence du Christ présence du Christ dans le monde. L'Église c'est d'abord le Christ qui se rend présent dans le monde à travers nous. Il ne nous sauve pas seulement pour notre bénéfice personnel, Il nous sauve pour que nous soyons Lui-même, que nous lui soyons assez semblables et assez unis pour que nous soyons sa présence dans l'humanité, auprès des autres hommes. L'Église est inséparable de cette fonction, de cette mission qui lui est donnée par le Christ. Et c'est pourquoi il y a entre l'Église et l'Incarnation un lien étroit. Le Christ s'est incarné, Dieu s'est fait homme pour sauver, par le contact intime de son amour, de son cœur, de sa vie, de sa présence, de sa chair, pour sauver tous les hommes. Or le Christ n'a pu vivre sur la terre, puisqu'Il était un homme, que pendant le temps et dans le lieu qui sont ceux d'un homme normal. Il a vécu dans un secteur de la terre, Il a vécu pendant un brève période de l'histoire de l'humanité, comme chacun d'entre nous. Il a porté le salut à tous les hommes, de tous les lieux, de tous les temps. Il fallait donc que ce salut entre en contact immédiat et prochain avec ces hommes de tous les temps et de tous les lieux. Il fallait donc un prolongement de l'Incarnation du Christ. C'est pourquoi Il a fondé l'Église pour qu'elle démultiplie sa présence à Lui, sa présence salvatrice et vivifiante. C'est dire que, à travers nous l'Église, se prolonge le mystère de l'Incarnation du Christ, et se répand sur tous les hommes que nous rencontrons cette vie du Christ. Nous sommes des canaux par lesquels la vie du Christ doit se répandre dans l'humanité. C'est cela le mystère de l'Église. Et les sacrements que nous recevons, et les sacrements que nous donnons sont cette démultiplication de la vie du Christ, pour nous et pour les autres.
Que cette fête nous fasse mieux comprendre notre rôle d'Église, tous ensemble porteur de la présence du Christ, tous ensemble distributeurs de la vie du Christ.
AMEN