MYSTÈRE DE L'ÉGLISE

Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette fête est à la fois une fête du Seigneur, car tout édifice de prière est une maison de Dieu, est une figure du Christ, et une fête de la Vierge Marie et de l'Église puisque toute église, au sens du bâtiment de prière, est le symbole de la communauté des chrétiens qui s'y rassemblent pour devenir Epouse du Christ. Ceci nous invite à réfléchir sur les liens profonds entre le mystère de Marie et le mystère de l'Église.

Dans sa constitution dogmatique sur l'Église, le Concile Vatican II, consacre le dernier chapitre à la Vierge Marie parce qu'elle est à la fois la figure et la part la plus belle de l'Église. Le rapport le plus pro­fond entre Marie et l'Église c'est que Marie accomplit de façon que possible à une créature la vocation fémi­nine qui est aussi celle de l'Église. Dans la tradition de la Bible, celle de notre foi, le rôle de la femme, le rôle de la création, le rôle de l'humanité en général, car l'humanité, la création sont féminines par rapport à Dieu, ce rôle est celui de recevoir, de recevoir le don de Dieu, de recevoir la grâce, de recevoir la semence vivifiante de Dieu. Recevoir ne veut pas dire être pas­sif car il n'y a rien de plus actif que de recevoir un don pour le faire fructifier. Recevoir pour amener à sa plénitude, à sa perfection ce que l'on a reçu, cela sup­pose une profonde activité et d'abord l'adéquation de tout l'être de celui ou celle qui reçoit au don qui lui est fait. C'est ce qui s'est passé en Marie.

Si l'on doit donner une phrase pour résumer Marie, c'est que, pour elle "tout est grâce !" Depuis l'instant même de sa conception où par un don abso­lument gratuit elle a été préservée de tout contact avec le péché, jusqu'à son assomption dans la gloire du ciel, tout dans la vie de Marie est don qu'elle a reçu. Il n'y a rien dont elle puisse se glorifier comme si cela venait de son propre fond. Tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle a, tout ce qu'elle a fait, vient de Dieu, est fruit de la grâce de Dieu. Et la grandeur de Marie c'est précisément d'avoir su s'ouvrir si totalement à la grâce de Dieu qu'elle s'identifie avec cette grâce et que tout ce qui est en elle n'est que l'épanouissement, l'exulta­tion de cette grâce donnée par Dieu. Au centre de toutes les grâces reçues par Marie, et comme explica­tion de toutes ces grâces, il y a la grâce des grâces qui a été d'être la mère de Dieu. Ce mystère de la mater­nité divine est la clé de tout le mystère de Marie.

L'Église, c'est-à-dire nous tous, la communauté des chrétiens, toutes ces générations de chrétiens qui traversent l'histoire, l'Église, comme Marie doit être purement et totalement réception de la grâce de Dieu. Nous sommes créés par Dieu qui a mis entre nos mains un certain nombre de dons naturels, mais tout cela est entièrement, radicalement repris à la base par ce don plus profond, plus décisif qui est celui de l'amour, de l'amitié de Dieu, ce qu'on appelle la grâce c'est-à-dire la transfiguration de tout ce que nous sommes à l'image de Dieu dont l'amour se répand dans nos cœurs. L'Église c'est l'humanité en tant qu'elle est sauvée, transfigurée par cet amour de Dieu qui lui est donné comme à son Epouse.

Nous avons donc à mettre nos pas dans les pas de Marie, à nous laisser restructurer à l'image de Marie, afin que de plus en plus tout en nous soit grâce, c'est-à-dire non pas que nous soyons vidés de notre substance propre ou dispensés d'agir, mais parce que nous devons tout construire à partir de cette grâce de Dieu, sous l'action de la grâce de Dieu et entière­ment guidés par cette grâce de Dieu, afin que nous la fassions tellement nôtre qu'elle transforme tout ce que nous sommes à son image, que nous soyons vraiment enfants de Dieu et divinisés. Tel est ce à quoi nous sommes appelés, tel est ce chemin sur lequel la vierge Marie nous précède. C'est pourquoi l'Église, comme Marie, est fondamentalement une figure féminine parce qu'elle reçoit tout de son Seigneur, de son Epoux, de Celui qui est son bien-aimé, Dieu Notre-Seigneur, le Christ Jésus.

 

AMEN