MATERNITÉ SPIRITUELLE
Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ous avons lu cet évangile de la Nativité parce que la basilique de Sainte Marie Majeure a été construite non seulement en l'honneur de la vierge Marie mais aussi pour recevoir ce que l'on estimait, à cette époque, être les reliques de la crèche. Aujourd'hui encore, on y vénère sinon des reliques authentiques, du moins le souvenir spirituellement réel et authentique de la crèche du Seigneur.
Cette fête de la dédicace de Sainte Marie Majeure présente un particularité théologiquement intéressante puisque c'est tout à la fois une fête de la vierge Marie et, comme toute fête de la dédicace, une fête de l'Église. C'est donc pour nous l'occasion de réfléchir que le lien étroit, profond, le lien structurel qu'il y a entre la vierge Marie et l'Église.
La vierge Marie est non seulement le premier membre de l'Église, mais encore, elle est d'une certaine manière le prototype, la part la plus sainte, la figure au sens non pas diminué mais au sens le plus fort de ce mot, la figure de l'Église.
Le premier membre de l'Église parce qu'elle a été la première sauvée. Sauvée, comme l'Église tout entière, par la croix du Christ, par le sang du Christ, mais sauvée d'une manière tout à fait extraordinaire puisqu'elle a été délivrée du péché originel dés le premier instant de sa conception. Ce qui se réalise dans l'Église tout entière, en chacun d'entre nous, par une longue purification de nos péchés qui s'étend tout au long de notre vie et souvent même au-delà (puisque la plupart des hommes devront achever au purgatoire cette purification de leur vie et de leur cœur), pour Marie cette purification s'est réalisée dès le premier instant de sa vie. Elle est donc, en un certain sens, le membre avant-coureur de l'Église, celle qui marche au-devant de cette longue procession de générations de sauvés qui constitue l'Église.
De la même manière, puisque l'Église, corps du Christ, est appelée à ressusciter comme le Christ et avec Lui, Marie est aussi les prémices de l'Église, puisqu'elle n'a pas attendu la fin du monde pour ressusciter, mais dès l'instant de sa mort, sa chair a été revivifiée par la chair ressuscitée de Jésus, et dès ce moment-là, elle est maintenant avec son corps vivant, vivant glorieux, auprès de Jésus, attendant en quelque sorte, ouvrant la marche à tous les autres hommes, à tous les autres chrétiens, à tous les autres sauvés qui, à leur tour, au dernier jour, retrouveront une chair glorieuse pour vivre la vie de Dieu dans leur être tout entier, jusqu'aux dernières cellules de leur corps.
De même aussi que l'Église tout entière est associée au Christ dans son oeuvre de salut, de même que l'Église intercède, souffre, s'offre elle-même en union avec le Christ sur sa croix, et c'est le sens du sacrifice eucharistique qui est le sacrifice de l'Église et par là-même le sacrifice de Jésus sur la croix, de même que l'Église tout entière intercède et s'offre dans la souffrance pour le salut du monde, de la même manière et d'une façon tout à fait unique et privilégiée, la vierge Marie, au pied de la croix, a été unie à la souffrance et à la passion du Christ, dans le mystère de sa compassion, pour, dans sa propre âme et dans son propre corps, souffrir en union avec son Fils pour le salut du monde.
La vierge Marie est donc le membre de l'Église tout à fait privilégié, unique, premier. Elle est celle qui marche en avant de tous comme le signe de ce qui nous est donné et de ce que nous devons devenir par la grâce de Dieu. Mais plus encore, la vierge Marie est unie d'une façon extraordinaire, particulière, unique et qui ne peut se reproduire en personne d'autre, à la personne de son Fils, car elle est précisément sa mère. Et tout cela parce que la chair du Christ, cette chair humaine dans laquelle le Christ s'est incarné, c'est la chair de Marie, c'est Marie qui la lui a donnée. Tout ce qu'il y a d'humain en Jésus vient de Marie. Et en ce sens, Marie peut dire de Jésus : "Il est la chair de ma chair !" et la chair du Christ est la chair même de Marie. Et le corps de Marie est le temple dans lequel Dieu est venu épouser l'humanité.
Aussi Marie est-elle non seulement la figure mais encore le prototype sur lequel l'Église est façonnée et dessinée, car saint Paul ne cesse de nous le répéter : "L'Église est le corps du Christ". L'Église, c'est-à-dire nous tous, sommes participants à la chair du Christ. Nos corps sont appelés à être greffés par notre mort et notre résurrection et déjà par notre baptême sur le corps du Christ Ressuscité. C'est pourquoi l'Église qui est le peuple de Dieu est vraiment le corps du Christ, elle est l'Épouse du Christ. Marie est le corps de Jésus d'une manière unique et antérieure à l'Église. Et c'est parce que Marie a donné sa chair au Christ que l'Église peut recevoir du Christ sa chair nouvelle ressuscitée.
Ainsi non seulement Marie a une place exceptionnelle au cœur de l'Église, mais encore elle est le modèle sur lequel l'Église est façonnée. Un peu comme Moïse au Sinaï contemplait dans le ciel le temple spirituel, le trône de Dieu dans la gloire, et recevait l'ordre de façonner sur la terre la demeure, la Tente de réunion, l'ancêtre du Temple de Jérusalem, à l'image de cette demeure céleste. De la même façon Marie est comme l'image, le prototype, le modèle sur lequel est façonnée l'Église.
Le mystère de l'Église, le mystère de ces épousailles de l'humanité avec la divinité s'est d'abord mystérieusement accompli dans l'union sponsale de Marie avec Dieu d'où est né le Christ Jésus. C'est pourquoi nous célébrons aujourd'hui tout à la fois la vierge Marie et l'Église qui est le fruit de la maternité de Marie. Car non seulement Jésus est le Fils de la vierge Marie, mais encore Il a voulu que nous soyons tous des fils de Marie et qu'elle nous engendre à nouveau comme elle l'a engendré. C'est pourquoi Marie, comme l'Église, est la mère de tous les enfants de Dieu. Et même, d'une certaine manière, on peut dire que Marie est la mère de l'Église, bien qu'elle en soit plus exactement le prototype.
Notre amour de l'Église doit être aussi grand que notre amour de Marie. Il faut que, dans l'intimité de notre cœur, dans l'intimité qui est la nôtre avec la vierge Marie, il faut que nous prenions le goût d'aimer l'Église. Nous avons parfois l'impression que l'Église nous déroute ou nous déçoit, ou qu'elle vieillit, ou qu'elle n'est pas toujours à la hauteur de sa mission, nous avons souvent une vue trop humaine sur l'Église, mais il faut que nous demandions à la vierge Marie de nous apprendre à regarder l'Église, de nous apprendre à la voir avec les yeux de la foi, afin de discerner le mystère de l'Église par-delà ces apparences parfois insuffisantes et trompeuses, et voir son véritable mystère, son mystère de corps du Christ, son mystère de prolongement de la chair du Christ envers l'humanité tout entière. Que nous apprenions ainsi à aimer l'Église comme Marie a aimé Jésus, comme elle aime chacun d'entre nous et comme elle nous rassemble dans son cœur et dans son intercession.
AMEN