MARIE ET L'ÉGLISE

Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous célébrons l'anniversaire de la dédicace de la basilique de Sainte Marie Majeure à Rome. C'est donc, tout à la fois, une fête de la vierge et une fête de l'Église. Ceci nous invite à méditer sur le mystère de Marie comme figure de l'Église, comme Mère de l'Église, comme membre de l'Église, membre très particulier, très privilégié de l'Église.

L'évangile que nous venons de lire, qui est celui de la naissance de Jésus, donc celui de la maternité de Marie, nous donne le fil directeur de ce rapprochement entre Marie et l'Église. Qu'est-ce que la vierge Marie sinon celle qui a donné au Fils de Dieu sa chair d'homme ? Dieu, dans son immense miséricorde, pour se faire proche de nous et nous faire proches de Lui, s'est fait semblable à nous, s'est fait homme comme nous, afin que délivrés des forces du mal et du péché nous puissions être dans la profondeur de notre cœur, divinisés, devenir vraiment de la famille de Dieu, de la race de Dieu, enfants de Dieu au sens fort et vrai. Pour cela Dieu le Fils a pris une chair d'homme dans le sein de Marie. La vierge Marie c'est donc cette portion d'humanité qui communie avec Jésus dans une même chair, parce qu'elle lui donne chair d'homme, parce que tout ce qu'il y a d'humain en Jésus, Il l'a pris de la vierge Marie.

Ainsi ce mystère de la naissance de Jésus, qui est le mystère le plus profond de la vie de la vierge Marie, c'est le mystère de cette profonde interpéné­tration entre la personne du Verbe de Dieu et la per­sonne de Marie, puisqu'elle devient sa mère, en lui donnant sa nature d'homme, et Il naît d'elle. Mais si Jésus a voulu naître comme un homme, ce n'est pas simplement pour une raison arbitraire et gratuite, pour venir passer quelque temps chez les hommes, c'est pour nous sauver, c'est-à-dire pour nous attirer à Lui, pour faire de nous ses frères et pour nous conduire jusqu'au Père, pour mettre en nous la puissance, la force, la réalité, la vérité de sa nature divine. C'est donc que la maternité de Marie donnant à Jésus sa chair, se prolonge en une autre maternité qui ne s'exerce plus seulement à l'égard de Jésus mais à l'égard de tous ceux qui, devenant les frères de Jésus, vont être pris avec Lui dans le mystère de Dieu, pour devenir enfants de Dieu. Et cette nouvelle maternité, c'est Marie encore qui en reçoit la mission quand, au pied de la croix, elle entend ces paroles de Jésus, lui montrant le disciple qu'Il aimait et qui est le type, le symbole et le résumé de tous les disciples, c'est-à-dire de nous tous : "Voilà ton fils !" Je ne suis plus, Moi seulement ton fils, mais lui qui est mon frère, et tous mes frères avec lui, mes disciples devenus mes frères sont tes enfants, sont tes fils. Et Il dit au disciple : "Voici ta Mère !"

Ainsi la maternité de Marie à l'égard de Jésus se prolonge d'une maternité de Marie à l'égard de tous les hommes, parce qu'ils sont les frères de Jésus. Cette maternité, Marie va l'exercer en fait à travers l'Église. C'est l'Église qui va mettre au monde tous ces enfants de Dieu. Ces enfants de Dieu vont naître à la vie di­vine par le baptême. Par le baptême, nous sommes plongés dans le mystère du Christ. Comme le Christ s'est fait semblable à nous, Il nous fait semblables à Lui dans le baptême. Dans le baptême, qui n'est pas seulement le moment où nous recevons l'eau baptis­male sur notre corps, mais qui se déploie tout au long de notre vie. Cette divinisation de notre être ne touche pas seulement notre cœur ou la partie spirituelle de nous-même, mais notre chair aussi. Et c'est pourquoi, de même que Jésus est de la même chair que Marie, de même, par le baptême, notre chair est unie à la chair du Christ. Notre baptême se prolongera par l'eucharistie où nous nous nourrirons de la chair du Christ de telle sorte que notre propre chair soit ensemencée par la chair du Christ et que nous devenions une seule chair avec le Christ, comme le Christ par sa naissance est devenu une seule chair avec Marie. Et l'Église, qui nous porte dans ses bras au moment du baptême, l'Église qui nous plonge ainsi dans les eaux de la vie, l'Église qui célèbre l'eucharis­tie et qui nous nourrit de la chair de Jésus en prenant à son compte les paroles mêmes de Jésus : "Ceci est mon corps, ceci est mon sang !" l'Église qui fait du sacrifice de la messe, qui est son sacrifice, le même sacrifice que celui de Jésus, L'Église joue ce rôle ma­ternel à notre égard et elle démultiplie, à travers tous les temps et tous les lieux, cette maternité que Marie a reçue de façon globale au pied de la croix.

Il y a donc un lien extrêmement profond et étroit entre Marie et l'Église. Et ce lien c'est un lien de maternité. Comme Marie est mère de Jésus et ensuite, à travers Jésus, mère de tous les hommes, de la même manière L'Église reçoit le pouvoir d'être mère de tous les hommes pour en faire des chrétiens. Et de même que cette maternité de Marie à l'égard de Jésus se réalisait dans la communion d'une même chair, la maternité de l'Église à notre se réalise quand elle nous donne, dans la communion eucharistique, la chair de Jésus.

C'est pourquoi, à partir de la basilique Sainte Marie Majeure qui a été la première église dédiée à Marie, on a ensuite, à travers le monde entier, donné très souvent à des églises le titre de Notre Dame : Notre Dame de Paris, Notre Dame de Reims, Notre Dame de Chartres. Ce mystère de la proximité entre Marie et l'Église se trouve ainsi répercuté pour nous rappeler que c'est la même douceur maternelle que l'Église et Marie ont à l'égard de chacun d'entre nous.

Au moment où nous allons recevoir dans l'eu­charistie la chair du Christ, pour qu'Il ne fasse qu'un avec nous, souvenons-nous que l'Église est notre mère et vénérons-là avec la même tendresse que nous avons pour la vierge Marie.

 

AMEN