DÉDICACE DE SAINTE MARIE MAJEURE
Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 1-7
Dédicace de Ste Marie Majeure - (5 août 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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a basilique de Sainte Marie Majeure à Rome, dont nous célébrons aujourd'hui la consécration, a été construite par le pape Sixte III, mais auparavant elle s'appelait la basilique libérienne du nom d'un édifice antérieur datant du pape Tibère qui a gouverné l'Église peu après l'édit de Constantin. La date du 5 août est liée à un événement inhabituel reçu comme miracle. Deux patriciens romains, sans enfants, ayant fait le vœu de donner tous leurs biens et en particulier leur demeure, à la Vierge Marie, celle-ci leur signifia l'acceptation de ce vœu en faisant tomber de la neige sur le Mont Esquilin le 5 août, ce qui est tout à fait inhabituel à Rome. Cette neige a été par songe révélée à ces deux patriciens ainsi qu'au pape Libère comme étant le lieu où la Vierge désirait que l'on construisit à cet endroit-là la basilique qui a précédé l'actuelle basilique.
D'autre part, nous venons de lire l'évangile de la naissance de Jésus à Bethléem. Ceci a aussi une raison bien précise : dans la basilique Sainte Marie Majeure on a porté, là aussi il y a une grande part de légende, les reliques de la crèche de l'Enfant Jésus que l'on montre encore dans la chapelle du transept gauche. Tout ceci est quand même plein d'enseignements. Il y a un lien étroit entre la célébration de la dédicace de cette église et la Nativité de Jésus. La dédicace c'est le jour où un édifice construit par les hommes, comme Salomon avait construit le temple de Jérusalem et comme on construit des églises un peu partout à travers le monde, c'est le moment où un édifice est pris en charge par Dieu qui accepte d'en faire sa demeure. Dieu entre dans cette maison pour la faire sienne : il en prend possession. C'est cela le sens de la dédicace qui est une des plus belles cérémonies de la liturgie chrétienne, et par laquelle l'évêque, au nom de Dieu, prend possession solennellement de cet édifice, par un certain nombre de rites, de lustrations avec de l'eau baptismale, d'onctions avec le Saint-Chrême et l'huile des catéchumènes, onctions sur l'autel, sur les murs, sur les piliers. D'ailleurs les douze croix qui sont sur les piliers de cette église et devant lesquelles chaque dimanche nous allumons les cierges indiquent les endroits où ont été faites les onctions au moment de la dédicace de cette église. C'est donc la prise de possession d'un édifice par le Seigneur.
La naissance de Jésus dans le sein de Marie est en quelque sorte la dédicace de la Vierge Marie qui est le temple par excellence de Dieu venant sur la terre. Et, à travers Marie mettant au monde son enfant, c'est d'une certaine manière la dédicace de la terre entière, car Jésus, en prenant chair, en prenant la substance de sa chair de la substance même de notre monde, fait de cet univers tout entier le lieu de sa présence. C'est donc que le monde entier est désormais le temple du Seigneur. C'est pourquoi d'ailleurs nos églises ne sont pas comme le temple de Salomon un lieu mis à part pour se substituer au reste de l'univers supposé profane et où en ce lieu seul on rencontrerait Dieu, nos églises ne sont que le ferment de la consécration de l'univers tout entier. Nous ne venons pas à l'église parce que Dieu serait seulement là, car Dieu se trouve partout, mais nous venons à l'église pour prendre conscience de façon plus intense de cette présence de Dieu qui rayonne à partir de cet édifice et plus encore à partir de chacun d'entre nous qui, recevant le Seigneur dans notre cœur, devenons nous aussi des temples du Saint Esprit, des temples de la présence de Dieu. Par l'incarnation du Christ, Dieu est partout présent dans le monde, non seulement comme créateur, mais parce qu'Il a pris la substance de ce monde pour en faire sa propre chair, à travers la chair de Marie.
C'est donc véritablement la dédicace de l'univers, et c'est pour cela que cet évangile de saint Luc qui raconte la naissance du Christ commence par cette vision universelle : "En ces jours-là, parut un édit de César Auguste ordonnant le recensement de tout le monde habité." C'est donc le moment où un empereur romain, pour des raisons politiques voulait recenser tout l'univers connu, que le Christ, Lui, vient prendre pied dans notre terre parce que c'est l'universalité de ce monde qui est concernée par cette naissance de Jésus. A travers donc la Vierge Marie, à travers la maternité divine de Marie, à travers la dédicace de Sainte Marie Majeure, c'est ce mystère de la consécration de notre univers par la présence de Dieu auquel nous sommes confrontés et ramenés aujourd'hui. Nous ne devons pas considérer les choses de notre vie quotidienne comme des réalités profanes. Tout est à la fois profane et sacré : profane c'est-à-dire que tout appartient à notre liberté, à notre usage, et en même temps tout est sacré dans notre vie, rien n'est en dehors de la présence de Dieu, rien n'est trop petit, rien n'est trop humble pour que Dieu s'en désintéresse et Dieu vient en toute chose, dans tous les actes de notre vie, pour ensemencer cette vie de sa présence, de ce renouvellement, de cette transfiguration, de cette divinisation de toute notre vie même en ce qu'elle a de plus quotidien.
AMEN