UNE VIE TRÈS ORDINAIRE
Ez 3, 16-21 ; Mt 9, 35 - Mt 10, 1
St Jean-Marie Vianney - (4 août 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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a vie du curé d'Ars est bien connue. Quand on médite sur ce visage de sainteté si proche de nous, ce qui frappe c'est précisément le caractère très ordinaire de cette vie. Le curé d'Ars a été un curé comme tous les curés de paroisse. Il a passé son temps à faire le catéchisme aux enfants, à prêcher, (avec beaucoup de difficultés d'ailleurs car il était obligé de recopier des sermons dans des livres). Il a passé son temps à s'occuper des malades, à préparer les jeunes au mariage et les vieux à la mort. Il a passé son temps plus spécialement au confessionnal pour recevoir les pécheurs.
Si le curé d'Ars est un saint, l'exemple même de tous les curés de paroisse, c'est précisément parce qu'il a accompli cette mission humblement, quotidiennement, simplement, comme tout le monde, mais en lui donnant tout son cœur, toute sa vie, toute sa foi et toute sa disponibilité. La sainteté ne consiste donc pas à faire des choses extraordinaires différentes des autres, mais à faire profondément, avec le tréfonds de son être, de son cœur, ce que tout le monde doit faire. Cette sainteté-là est accessible, ouverte, immédiate pour chacun d'entre nous. Ce qui est vrai d'un curé de paroisse est vrai d'une mère de famille, d'un ingénieur ou d'un garagiste. Tout le monde doit faire ce qu'il a à faire quotidiennement en y mettant le plus profond de son être et de son cœur, simplement, sans avoir l'impression de faire des choses extraordinaires.
Le curé d'Ars pensait qu'il était un pauvre prêtre, très ordinaire. Il disait : "Ma vie a toujours été bien mauvaise et bien médiocre, je n'ai jamais rien valu." Il savait qu'il n'avait pas de dons exceptionnels. Il faisait les choses de tout son cœur mais il ne s'en rendait pas compte car cela lui paraissait tout naturel, et c'est en cela qu'a consisté sa sainteté, faire les choses simples et ordinaires de tout son cœur, alors que la plupart du temps, nous les faisons du bout des doigts, sans y mettre la totalité de notre amour et de notre don. Quand on aime toutes les choses ont une grande valeur, même les choses apparemment les plus anodines ou les plus secondaires. Rien n'est secondaire au regard de l'amour car tout peut prendre un sens, même ces activités répétitives qui ne soulèvent pas l'enthousiasme mais peuvent devenir lieu d'amour.
A travers cela, le curé d'Ars a été un homme exceptionnel, parce qu'il faisait ces choses ordinaires extraordinairement bien, à un niveau de profondeur extraordinaire. C'est ainsi qu'il passait des journées entières au confessionnal et cela suppose une endurance exceptionnelle, car écouter les confidences de ses frères, être attentif à la moindre intonation de leur voix, essayer de comprendre à travers leurs mots leur chemin spirituel, cela demande une très grande attention et engendre une grande fatigue. Passer des jours entiers au confessionnal cela suppose un don de soi extraordinaire et une force peu commune. Cela ne venait pas de ce que le Curé d'Ars était un être hors du commun, cela venait de ce que son amour était assez grand pour aller au-delà de la fatigue physique, psychologique ou nerveuse. On dit que le curé d'Ars lisait dans les cœurs. Ne croyons pas qu'il avait reçu des dons exceptionnels de l'ordre du miracle ou de double vue. Il était d'un amour tellement grand, il était tellement donné à ceux qu'il recevait, tellement ouvert qu'il voyait, à travers leurs paroles jusqu'au plus profond de leur cœur. Lire dans le cœur des autres pourrait être un don extrêmement dangereux, à la limite diabolique car on pourrait faire effraction dans le cœur des autres, briser leur intimité, les juger avec sévérité. Il n'y a rien de tout cela dans le curé d'Ars. C'est à force d'aimer qu'il lisait dans les cœurs non pas pour les juger mais pour les aider à se guérir, à retrouver librement le chemin de l'amour du Seigneur.
Il suffit d'aimer. C'est extrêmement exigeant, Cela conduit très loin, à ce don total de soi-même, mais c'est cela qui fait la sainteté et qui nous est demandé. C'est de savoir se donner si profondément que l'on se dépouille de soi-même et que l'on n'a plus rien à soi que l'on garderait comme une sorte de réserve ou comme un lieu où l'on pourrait prendre des vacances par rapport à l'amour. Il n'y a pas de vacances pour l'amour. Que le curé d'Ars nous apprenne à aimer Dieu, à aimer nos frères, c'est la même chose, et à nous donner si profondément que nous puissions vraiment être pour eux un chemin de salut, une occasion de rencontrer la joie et le bonheur.
AMEN