LA MOISSON EST GRANDE
Ez 3, 16-20 ; Mt 9, 35 - Mt 10, 1
St Jean-Marie Vianney - (4 août 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Wassigny : Saint Jean-Marie Vianney
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a moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux". Remarquez-le, dans cette parole, le Seigneur Jésus de demande pas aux ouvriers de faire pousser la moisson. Ce n'est pas de cela qu'ils sont chargés. Le rôle des disciples, des apôtres, des prêtres qui sont leurs successeurs, et dont le curé d'Ars est le modèle, n'est pas de faire pousser la moisson. C'est le rôle de Dieu. C'est la grâce de Dieu qui convertit les cœurs. C'est la grâce de Dieu qui fait grandir la foi, la lumière, le salut dans le cœur des hommes. Mais les ouvriers de la moisson, eux, ont pour rôle de permettre à toute cette moisson de grâce, à toute cette surabondance des dons de Dieu de porter tous leurs fruits en étant engrangés quand c'est nécessaire, distribués quand il le faut, en prenant la place qui convient dans ce monde affamé qui a besoin de cette moisson.
Aussi bien ce qui manque souvent dans l'Église et de nos jours particulièrement ce ne sont pas les prêtres pour sanctifier les hommes parce que cette sanctification existe. Dieu est à l'œuvre dans le cœur des hommes. Dieu est à l'œuvre aujourd'hui comme en tout temps et il y a autant de profusion et de surabondance de grâce dans notre monde aujourd'hui qu'en tout autre époque. Ce qui manque quelquefois, c'est qu'il s'agisse de prêtres ou de chrétiens plus éclairés, plus conscients de leur mission de chrétiens, il s'agit de poteaux indicateurs, de serviteurs qui puissent organiser, concrétiser toute cette surabondance de grâce. La tâche du prêtre, cette tâche à laquelle le curé d'Ars s'est dévoué corps et âme, nuit et jour, tout au long de sa vie, est une tâche humble, modeste et le curé d'Ars qui était l'humilité même, le savait mieux que personne. Ce n'est pas lui qui atteignait les cœurs, ce n'est pas lui qui convertissait les gens. Les gens étaient convertis par la grâce de Dieu, mais ils avaient besoin de quelqu'un qui puisse être le catalyseur de cette conversion, qui puisse être l'interlocuteur, au nom de Dieu, de ce dialogue de foi qu'ils cherchaient sans trop bien savoir pour pouvoir le réaliser.
La mission du prêtre, et spécialement dans l'acte de l'accueil spirituel, de la confession, cet acte auquel le curé d'Ars a consacré tous ses soins, le rôle du prêtre, c'est d'être le témoin, et plus que le témoin peut-être le lieu, l'occasion de rencontre, de cette rencontre qui le dépasse infiniment, de cette rencontre merveilleuse, extraordinaire entre Dieu et un pécheur, au fond du cœur du pécheur. Le prêtre n'en est que le moyen, l'instrument. Il en est seulement ce qui permet la réalisation concrète de ce mystère merveilleux que Dieu Lui-même scelle dans le cœur des hommes. Mais ceci, pour humble que ce soit, est indispensable, fondamental car l'homme qui cherche Dieu, le pécheur qui veut rencontrer la miséricorde de Dieu a besoin, pour pouvoir exprimer son péché, pour pouvoir donner son péché, le remettre entre les mains de Dieu, il a besoin de se savoir aimé, il a besoin que cette miséricorde de Dieu lui soit rendue évidente, que cette tendresse de Dieu soit mise à sa portée, qu'elle puisse être une source ouverte à laquelle il va boire. Et Dieu a voulu que cette miséricorde secrète, profonde, intense, cette tendresse infinie qui est dans son cœur, puisse être comme monnayée, comme rendue tangible. C'est cela le rôle des sacrements. Et le prêtre dans la confession est le sacrement, le signe de cette tendresse et de ce pardon de Dieu. C'est pourquoi Dieu a voulu que des hommes puissent être les expressions de sa miséricorde, les expressions de sa passion du salut des hommes, pour que ceux qui sont en quête de ce salut, ceux qui ont besoin de cette source d'eau vive puissent savoir que cette source est ouverte, que cette miséricorde est donnée, que Dieu est là et qu'Il leur adresse ces paroles d'amour. Et pour cela Dieu se sert de la bouche, des mains, du regard, de l'intelligence de ses ministres afin que cette parole de miséricorde et de tendresse soit annoncée.
Vocation humble, vocation indispensable, vocation merveilleuse. Quelle grâce extraordinaire, quel honneur que d'être ainsi le témoin de cette rencontre si intime et si profonde entre le pécheur et Dieu, alors qu'on est soi-même un pécheur. Et le curé d'Ars le savait mieux que quiconque, lui qui jeûnait, faisait pénitence d'abord pour sa propre indignité, pour son propre péché et, en même temps car cela fait tout un, pour le péché de ses frères, car le prêtre communie dans la même condition pécheresse avec ceux au service de qui il est envoyé. Condition merveilleuse d'être les catalyseurs de cette rencontre. Demandons d'ouvrir dans le cœur des hommes cet appel à être les témoins de sa miséricorde.
AMEN