UNE INTUITION TOUJOURS ACTUELLE

1 Jn 2, 18-25 ; Mt 10, 22-25 a
St Eusèbe de Verceil - (2 août 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Hilaire de Poitiers et Augustin, à la suite d'Eusèbe de Verceil

F

rères et sœurs, nous faisons mémoire aujourd'hui d'un saint peu connu et dont on parle peu, saint Eusèbe de Verceil. Pourtant, quand on regarde de près la vie de ce saint, un évêque d'une petite ville du Nord de l'Italie, cette vie est très proche d'une part de celle de saint Hilaire de Poitiers, le grand défenseur de la foi de la Gaule du quatrième siècle, et très proche aussi des intuitions de saint Augustin sur la vie religieuse et communautaire des prêtres diocésains.

Saint Eusèbe et saint Hilaire vivent l'un et l'autre dans une époque où l'Église est proche de capituler devant l'hérésie arienne, celle pour qui le Christ n'est pas Dieu le Fils, mais il est un Dieu de seconde zone, qui est au-dessus des créatures, mais qui est fabriqué par Dieu. A cause de cette hérésie non seulement l'Orient poussé par l'empereur Constance II, presque toutes les Églises d'Occident sont proches de tomber dans cette hérésie. Une série de petits Conciles va saper peu à peu la foi des Église d'Occident. Il y aura le Concile de Béziers, c'est à celui-là que saint Hilaire doit son exil, et la similitude avec saint Eusèbe est que celui-ci sera aussi exilé par le petit Concile de Milan. Tout ceci dans la même époque où l'on est proche de sombrer tous dans l'hérésie arienne.

Des hommes courageux se sont levés pour proclamer la vraie foi, pour affirmer que Jésus n'est pas simplement une créature supérieure mais que Jésus est vraiment le Fils de Dieu, la deuxième personne de la Trinité égale à la première et à la troisième. Ces hommes courageux qui ont risqué leur vie et risqué leur mise au ban de la société, ces hommes courageux que sont saint Hilaire et saint Eusèbe de Verceil ont donné toutes leurs forces et toute leur énergie pour défendre la divinité du Christ. C'est grâce à eux que nous sommes chrétiens. Eusèbe de Verceil donc est proche par son action, par sa foi, par sa proclamation de cette foi, par sa souffrance pour la foi, il est proche de saint Hilaire de Poitiers.

Il est proche aussi de saint Augustin, dans un tout autre registre. Saint Augustin vient un demi-siècle plus tard, la lutte n'est plus centrée sur l'arianisme mais saint Augustin s'est beaucoup préoccupé de l'Église et en particulier de son Église diocésaine, de l'Église des prêtres, des ministres qui animent l'Église diocésaine dont Augustin a la responsabilité. Il a eu l'idée que la vie monastique, la vie consacrée à Dieu pouvait être proposée aux prêtres séculiers, et il a donc constitué un clergé de son diocèse qui était animé par la recherche d'une vie monastique, la recherche d'une prière constante, la recherche du célibat consacré, de la pauvreté et de la vie commune.

Cette intuition de saint Augustin est connue parce qu'il a écrit une règle, qui respire l'esprit que je viens de dessiner rapidement, on attribue donc à saint Augustin cette découverte, c'est juste car c'est lui qui a rendu publique cette possibilité pour les prêtres de vivre comme des moines. Mais on oublie souvent que saint Eusèbe de Verceil a eu la même intuition et qu'il a essayé lui aussi d'établir la même structure dans son diocèse, et cela presque un demi siècle avant Augustin. Cela fait que si sa tentative n'a pas eu le rayonnement de celle de saint Augustin, elle mérite d'être soulignée aussi, c'est pourquoi nous considérons saint Eusèbe de Verceil comme un des Pères de notre fraternité de moines apostoliques.

Nous nous confions donc sous son patronage, dans votre prière, de demander au Seigneur de nous permettre de réaliser cette vocation qui remonte ainsi aux grands saints que sont saint Augustin et saint Eusèbe de Verceil. Que nous sachions remercier le Seigneur pour tous ces grands frères qui nous précèdent et qui ont dessiné la véritable image de ce que doit être l'Église, l'Église de leur temps et de notre temps.

 

AMEN