LE NOVATEUR
1 Jn 2, 18-25 ; Mt 10, 22-25 a
St Eusèbe de Verceil - (2 août 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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es deux textes que nous avons entendu conviennent parfaitement à ce qu'Eusèbe de Verceil a vécu, cette défense de la vérité, tel que nous l'avons entendu dans la première épître de Jean, qui peut aller jusqu'à combattre ou en tout cas, pour Eusèbe de Verceil va devoir être exilé dans une ville puis dans une autre. Je vais vous l'exposer par une petite biographie et vous allez vous en rendre compte.
Eusèbe est né en Sardaigne aux alentours des années 300. Il était clerc de l'Église romaine quand il a été élu évêque de Verceil en 345. Il appartient à ce groupe de pasteur le seul qui en trente ans après le Concile de Nicée, en 325, sut maintenir fermement la foi face à l'hérésie arienne qui niait la divinité du Christ, cet arianisme qui triomphait d'ailleurs grâce au soutien de l'empereur. L'évêque piémontais de Verceil, fut exilé vers 355 par l'empereur Constance au temps où saint Hilaire lui-même était écarté lui aussi de son Église de Poitiers et devait gagner l'Orient. Ce n'est pas sans intérêt, cette sorte de parallèle entre Hilaire de Poitiers et Eusèbe de Verceil.
L'exil d'Eusèbe l'a conduit successivement au gré des injonctions de la police, à la fois en Palestine, puis en Cappadoce, et en haute Égypte. C'est la synthèse du berceau du christianisme. La Palestine est l'endroit d'où est partie la foi chrétienne, aussi bien en haute Égypte, et nous pensons à Alexandrie qu'en Cappadoce, avec ensuite les grands évêques, Basile de Césarée, Grégoire de Naziance, Grégoire de Nysse. L'expansion de la recherche et du souci et de la foi, et de la vérité sont partis de ce berceau. Et Eusèbe de Verceil entre en contact avec ces différentes sources de note foi. Ensuite, il est autorisé à rentrer à Verceil à l'avènement de l'empereur Julien en 361, c'est de cette manière qu'il rapporta de son exil un zèle pastoral accru et aussi un souci de la sainteté de son clergé, de toute sa communauté. C'est pourquoi il a voulu faire grandir son clergé en l'invitant à vivre avec lui une vie communautaire de type monastique comme devait le faire plus tard, Augustin d'Hippone, une quarantaine d'années plus tard. Eusèbe de Verceil est un véritable novateur en ce domaine. Il est mort le premier août 371.
Je voudrais noter deux choses : la première, c'est ce souci de la vérité. Tous ceux qui croient détenir la vérité la transforment souvent en dogmatisme qui devient souvent très rapidement persécution. C'est ainsi que les ariens pensant avoir la vérité ont persécuté ceux qui l'avaient vraiment, c'est-à-dire ces évêques, ces pasteurs fidèles au Concile de Nicée. Ce n'est pas d'abord l'idée que c'est tout blanc ou tout noir. La vérité nous dépasse toujours, seulement Eusèbe de Verceil a accepté que cette vérité, parce qu'elle le dépasse, ne la maîtrisait pas. En revanche, il avait l'intuition profonde de ce qu'était cette vérité, un mystère, à la fois qui nous est donné et nous met en recherche. C'est ainsi qu'il a pu rester dans cette ligne même de l'authentique foi de l'Église. Il ne s'agit jamais sous prétexte de vérité de transformer le désir d'imposer cette vérité à l'autre, sous forme d'inquisition. Cette vérité est donc une recherche parce qu'elle est une Personne, c'est le Christ lui-même qui le dit : "Je suis le chemin, la vérité et la vie", ce qui manifeste tout le dynamisme que je peux comprendre lorsque j'ai saisi non pas une idée, mais que j'ai saisi une personne, le Christ, sachant que saint Paul le dit bien : "ce n'est pas moi qui ai saisi le Christ, mais c'est lui qui m'a saisi".
La deuxième chose que je retiens, c'est qu'Eusèbe de Verceil n'avait certainement pas imaginé tout ce qui lui arriverait. Il ne s'était pas improvisé comme défenseur. Le souci, la recherche, l'amour de la vérité, l'a conduit à la véritable humilité, celle d'être conduit là où il ne savait pas que cela le conduirait. Un peu comme Pierre à qui le Christ a dit : "un autre te nouera ta ceinture et te mènera là où tu ne veux pas aller". L'exil, comme dit le proverbe : à chaque chose malheur est bon", l'exil lui a permis de s'enrichir de tous les trésors des Églises; car ce n'était pas directement à Rome qu'on aurait pu avoir la défense authentique de la foi, mais il a profité pleinement de toutes ces Églises et de qu'elles avaient à apporter, de cette vie précieuse qu'elles avaient depuis des siècles.Il en a fait, avec ce qu'il était, quelque chose d'original quand il est revenu dans son Église de Verceil.
La vérité nous conduit à l'humilité, qui nous remplit de trésors et de richesses insoupçonnées. Dans la relativité par rapport au domaine de la foi, comme par exemple le fait que chacun pense ce qu'il veut, on se rend compte que croire au Christ c'est croire à l'Alliance de Dieu avec les hommes. En prenant les chemins de l'Alliance qui passent par le chemin de l'Incarnation, celle-ci nous conduit jusqu'à la divinisation. En retour, Dieu à travers des événements que nous ne maîtrisons plus, nous dit en même temps toute sa richesse, toute sa miséricorde, et fait pleinement profiter son Église, alors que parfois on pense que c'est la fin des temps et la fin du monde, voire la fin de l'Église. Jésus a le souci de son Épouse, et en lui donnant des pasteurs comme Eusèbe de Verceil, il montre de quel amour Il aime cette Église.
AMEN