L'ÉGLISE AU QUATRIÈME SIÈCLE

1 Jn 2, 18-25 ; Mt 10, 22-25a+26-27+32-33
St Eusèbe de Verceil - (2 août 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

es deux textes que nous avons entendu au cours de cette liturgie de la Parole, résument en somme la vie de saint Eusèbe de Verceil que nous célébrons aujourd'hui. C'est un évêque qui, venant de Sardaigne, a été ensuite dans l'Église de Rome et dans la deuxième partie du quatrième siècle a été fait évêque de Verceil, dans le Piémont. Il a eu à subir de nombreux exils, tout simplement pour une raison qui aujourd'hui ne fait plus déplacer les foules, sur le fait que Jésus-Christ est vraiment le Fils de Dieu. Le premier texte de notre liturgie nous rappelle le cœur et l'essentiel de cette foi que nous proclamons : Jésus est vraiment Dieu, et pour cette raison seulement, des hommes, dont saint Eusèbe de Verceil, ont subi des contraintes, des agressions et des exils.

Au quatrième siècle, l'Église subit une très grande transformation. Tout simplement parce qu'après la bataille en 321, l'empereur Constantin se convertit au christianisme, et en 325, l'Église était réunie en Concile qui va donner ce que l'on appelle le symbole de Nicée Constantinople. Définition dans ce symbole de Nicée-Constantinople que Dieu est vraiment Père, Fils et Esprit Saint, que le Fils est réellement Dieu. Car alors que tout semble s'arranger pour les chrétiens, puisqu'ils deviennent la religion officielle de l'empire romain, cette religion chrétienne est menacée de l'intérieur par l'arianisme qui nie la divinité du Christ. Le Concile de Nicée Constantinople ensuite, a essayé à son tour, et nous le retrouvons dans le symbole de la foi que nous proclamons, de définir que la Christ est égal dans sa divinité, au Père, comme l'Esprit. A l'époque, il n'y avait pas le Filioque, que le Fils est également Dieu. Mais autant l'Esprit ne posait pas encore de problème, autant il était plus facile, plus arrangeant pour la foi, de le proclamer un homme, peut-être un peu meilleur, un peu plus grand que les autres, mais difficile de dire qu'il était Dieu.

Il est vrai que certainement pour nous aujourd'hui, je ne sais pas s'il y a beaucoup de chrétiens qui se feraient martyrs, ou qui accepteraient d'être envoyés en exil, pour maintenir que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. Je pense qu'à l'heure actuelle, on aurait plutôt tendance à être comme les ariens. On a le Jésus qui nous arrange, on a le Jésus sur mesure. Alors on n'en est plus dans les années 68 où Jésus est le bon copain, mais est-ce que l'enjeu de confesser que Jésus est vraiment Fils de Dieu est un enjeu qui nous tenaille encore aujourd'hui au cœur parce que cela n'a l'air de rien, mais s'engager sur la divinité du Christ, c'est engager la possibilité que Jésus aujourd'hui est vraiment le Sauveur, qu'il peut réellement sauver l'homme, que ce n'est pas simplement un bon Bouddha spirituel, un bon sage, une sorte de prophète un peu meilleur que les autres, qui délivrerait une sorte de message assez sympathique et fraternel, qui ferait que notre foi catholique serait simplement réduite à n'importe quelle autre sagesse religieuse.

Confesser le Christ comme étant vraiment le Fils de Dieu, c'est engager la responsabilité de Dieu dans ce monde comme capable non seulement de s'intéresser à l'homme parce qu'il l'aime, mais de sauver cet homme par amour. Ce n'est pas une belle histoire que l'histoire chrétienne, c'est le présent du salut de Dieu pour les hommes d'aujourd'hui. Vivre la vie sacramentelle pour un chrétien, c'est croire aussi que ces gestes d'amour continués et perpétués sont bien des actes de salut, actes qu'un homme a posés, mais actes qui sont plus qu'humains, puisqu'ils sont l'action même de Dieu encore aujourd'hui. Par les sacrements, nous sommes sauvés. Il n'est plus de mode de dire que le baptême nous sauve. Il n'est certainement plus de mode que les sacrements sont nécessaires à la vie chrétienne. Pourtant, c'est pour cette raison fondamentale que l'Église existe encore, mais qu'elle se doit d'annoncer, comme le dit saint Paul à temps et à contre-temps de la nécessité non seulement de la vie sacramentelle, mais de l'exercice de cette vie sacramentelle comme étant une configuration au Christ. Ainsi déclarer au baptême que l'enfant est enfant de Dieu, ce n'est pas une manière de parler. Dire que lorsque l'on reçoit la confirmation c'est l'achèvement du baptême dans la plénitude de l'Esprit Saint, ce n'est pas une manière de parler. Dire qu'aujourd'hui, dans cette eucharistie nous recevons le corps et le sang du Christ, ce n'est pas une manière de parler. Ce n'est pas un bienfait spirituel, c'est Dieu lui-même qui se donne, se vit, se communie dans la réalité même de la divinité. La logique de l'Incarnation induisant la logique de la célébration sacramentelle, tout cela ayant comme source que Jésus-Christ vrai homme, ayant pris les gestes des hommes, leur a donné une finalité qui est divine, parce que sanctificatrice et de l'ordre du salut.

Il est vrai qu'aujourd'hui, personne ne subit d'exil pour dire exactement le contraire. Pourtant, si saint Eusèbe de Verceil peut nous éveiller à une réalité profonde d'aujourd'hui, c'est de maintenir cet essentiel que Jésus est vraiment Dieu et donc capable du salut. Cela vaut la peine d'être dit, d'être confessé, parce que sinon, on peut se demander pourquoi le Christ est venu sur terre.

Que saint Eusèbe de Verceil nous éveille non seulement à une démarche théologique profonde qui est de réfléchir, de penser comment aujourd'hui, nous pouvons annoncer la divinité du Christ, et également, et là pour le coup, profondément spirituel, en vivre, notamment par ces actes de salut que sont les sacrements.

 

 

AMEN