DÉFENSEUR DE LA FOI : SAINT EUSÈBE DE VERCEIL
Rm 12, 1-2 + 4-8 ; Lc 12, 35-40
St Eusèbe de Verceil - (2 août 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, nous faisons donc mémoire aujourd'hui de saint Eusèbe de Verceil, un évêque du milieu du quatrième siècle. Il nous et particulièrement cher parce que avant même saint Augustin, il est un des premiers à avoir eu l'idée de proposer à son clergé d'être intégrés à la vie monastique, des moines pasteurs, des moines apostoliques. A d'autres reprises, j'ai eu l'occasion de développer ce point, c'est pourquoi je ne vous parlerai pas aujourd'hui de cet aspect même s'il nous est cher, de la vie de saint Eusèbe de Verceil.
Par ailleurs, et c'est de cela que voudrais vous parler aujourd'hui, saint Eusèbe a été mêlé de façon très proche, et au détriment de sa vie et de sa charge, il a été mêlé à l'hérésie de l'arianisme, cette hérésie qui a mis à mal l'orthodoxie de l'Église pendant tout le quatrième siècle. En deux mots, Arius professait que seul le Père était vraiment Dieu, le Fils était un peu Dieu mais moins que le Père. C'était évidemment résoudre en supprimant la difficulté, le problème de la Trinité. Il n'y avait plus de Trinité : il y avait comme dans toutes les autres religions monothéistes, un Dieu unique : le Père, et puis, une créature particulièrement supérieure aux autres. Ne parlons pas du Saint Esprit, c'est encore une autre histoire.
L'empereur Constantin, au début de ce quatrième siècle avait convoqué un concile à Nicée pour résoudre ce problème qui divisait et qui mettait dans une situation impossible l'Église en cette période. Constantin n'était pas un théologien, il l'a prouvé par la suite, il voulait surtout avoir la paix et l'unité de son empire. C'est la raison pour laquelle il a convoqué le concile de Nicée qui a semble-t-il résolu l'arianisme en le condamnant, mais en fait, il n'a rien résolu du tout, parce que pour des tas de raisons, un grand nombre d'évêques ont eu du mal à se rallier à la formule du concile de Nicée qui disait que le Fils était "consubstantiel" au Père, ce qui pouvait s'interpréter d'une manière qui n'était pas non plus orthodoxe, en disant que le Père, le Fils et l'Esprit Saint n'étaient que des modalités d'un Dieu unique. C'était une autre manière de se débarrasser de la Trinité.
Toujours est-il que Constantin lui-même à la fin de sa vie est revenu sur les décisions du concile de Nicée, a réhabilité Arius, et exilé saint Athanase d'Alexandrie qui était le grand défenseur de l'orthodoxie. Constantin mort, ses fils lui succèdent. L'un d'entre eux, Constance II a fini par avoir tout l'empire à lui, et toujours pour des raisons politiques, s'est mis à soutenir l'arianisme. On pourrait dire que c'est le deuxième âge de l'arianisme qui se situe entre 350, le moment où Constance II devient le seul empereur, et 360, date de sa mort. Cette période a conduit à un quasi triomphe de l'arianisme, pour des tas de raisons théologiques, politiques, idéologiques. Une majorité croissante d'évêques, en Orient d'abord, et ensuite en Occident, se sont ralliés à l'hérésie et aussi au pouvoir impérial, parce qu'il valait mieux être du côté de l'empereur que de s'opposer à lui, nous saloons le constater dans le cas d'Eusèbe de Verceil.
L'Occident avait été plus ou moins épargné par cette hérésie. Voilà que justement quand Constance II devient l'unique empereur de tout l'immense empire romain d'Occident et d'Orient, il va trouver un certain nombre d'évêques qui vont soutenir sa politique, et parmi eux, hélas, un évêque d'Arles, Saturnin, qui combattra Athanase, défendra les ariens, convoquera à Arles, un concile en 353, qui marque les débuts d'un arianisme triomphant en Occident aussi. Ce concile exilera un évêque, peu connu, mais qui lui aussi soutenait l'orthodoxie : saint Paulin de Trèves. Deux ans après, en 355, toujours sous l'influence de saturnin d'Arles, ainsi que de plusieurs évêques de l'actuelle Croatie, et puis de l'évêque de Milan, qui lui aussi était arianisme, on va convoquer à Milan, en 355 un nouveau concile, toujours en faveur d'un arianisme galopant. C'est à ce concile de Milan, que les évêques qui cherchent à s'opposer au nom de la vraie foi, à cette dérive, vont être exilés, et parmi eux, en tête saint Eusèbe de Verceil. Verceil, une petite ville du Piémont peu connue, mais cet évêque, par sa fermeté, sa force et son courage, va être un des rares à s'opposer à la mode ambiante de l'arianisme, et il a été exilé en Orient. Il n'était pas le seul, le pape Libère fut exilé à ce même moment.
Les choses n'ont fait qu'empirer. Un concile convoqué par Hilaire à Paris sera désavoué par le pouvoir impérial, et enfin un concile à Béziers (vous voyez que le midi n'était pas très brillant à l'époque), exilera saint Hilaire de Poitiers, lui aussi en Orient. A ce moment-là va se passer toute une période où l'arianisme va être de plus en plus triomphant, et vont se multiplier des petits conciles locaux, et finalement un concile plus universel, mais pas œcuménique, les occidentaux seront convoqués à Rimini, et ils finiront par accepter l'arianisme. On peut dire qu'à ce moment-là l'Église tout entière, sauf ces pauvres évêques exilés, était arianisante.
La providence a voulu qu'en 360, Constance II meure, et que par les hasards de l'histoire, c'est l'humour de Dieu, lui succède un empereur païen. C'était tout à fait extraordinaire à cette époque : un païen, surgi des siècles antérieurs, qui s'appellera Julien l'Apostat, et miraculeusement ce païen va sauver l'Église de l'arianisme parce que pour favoriser le paganisme, il va jouer sur les divisions des chrétiens, et opposer les orthodoxes aux ariens, enlevant à ceux-ci leur suprématie, et redonnant d'une certaine manière aux orthodoxes, droit de cité. Julien l'Apostat ne fera pas de vieux os, on reviendra à la querelle arienne qui va se continuer, mais pendant un temps, il va y avoir un apaisement et c'est à ce moment-là que saint Athanase à Alexandrie convoquera un grand concile pour condamner définitivement l'arianisme, et Eusèbe de Verceil, encore en exil en Orient participera à ce concile. Après quoi, il reviendra sur son siège en Occident, et il aidera saint Hilaire de Poitiers à débarrasser l'Occident de cette hérésie arienne qui avait fait tant de mal à l'Église et à la foi des chrétiens.
Vous le voyez, saint Eusèbe de Verceil n'est pas seulement un évêque soucieux de son diocèse, il n'est pas seulement un évêque soucieux de la vie de son clergé au point de lui proposer une vie monastique apostolique, mais il est aussi un évêque soucieux de la foi, courageusement défenseur de la foi, qui a été pendant plus de dix ans en exil à cause de sa foi, qui aurait pu même risquer sa vie. Saint Eusèbe de Verceil fait partie de cette série d'hommes dont saint Athanase est le plus connu, saint Hilaire également, cette série d'hommes qui ont su envers en contre tout, même contre l'empereur, contre toutes les autorités, même contre l'immense majorité de leurs collègues dans l'épiscopat, ont su rester fidèles à la foi, ont su rester attachés à la divinité du Christ. Si nous disons aujourd'hui que Jésus est vrai Dieu et vrai homme, c'est grâce à eux.
Notre foi chrétienne, qui parfois nous semble un peu abstraite et difficile, nous la tenons de ces hommes qui ont payé cette foi, certains de leur vie, d'autres, de beaucoup de souffrances, de beaucoup de mesures, telles que l'exil. C'est grâce à eux que nous pouvons aujourd'hui être croyants dans le Père, le Fils et l'Esprit.
AMEN