LE MINISTÈRE DE LA MISÉRICORDE
Rm 8, 1-4 ; Mt 5, 13-19
St Alphonse de Ligori - (1er août 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, saint Alphonse de Ligori est donc un grand moraliste, et il est devenu docteur de l'Église pour une raison bien propre, c'est qu'au lieu de traiter de la morale d'une manière théorique et abstraite, il a introduit une méthode, celle des cas de conscience, qui consistait à regarder l'état d'un pécheur en tenant compte de toutes les circonstances de tous les éléments qui balisaient l'acte posé par ce pécheur. Autrement dit, une vision beaucoup plus concrète, précise et personnelle des péchés.
Mais saint Alphonse de Ligori n'est pas seulement un moraliste qui enseigne les vertus à pratiquer et les péchés à éviter, il a surtout été un grand confesseur. Il a mis en pratique ce qu'il enseignait en accueillant jour après jour les chrétiens qui venaient le voir pour mettre leur cœur sous la lumière de Dieu. On nous dit de saint Alphonse de Ligori qu'il était non pas un confesseur sévère, dur, mais un confesseur d'une grande miséricorde et d'un grand amour pour les pécheurs qui s'adressaient à lui.
Je crois que c'est peut-être l'occasion pour nous de chercher quel est le rôle du confesseur dans ce sacrement de la pénitence. Un rôle difficile, souvent mal compris, beaucoup de chrétiens hésitent ou refusent tout simplement de se confesser parce que parler à Dieu, passe encore, mais ouvrir son cœur à un homme qui n'est pas meilleur que vous, c'est quelque chose de difficile, peut-être même inutile, en tout cas très humiliant. Beaucoup reculent devant cette ouverture du cœur au confesseur. Ils s'imaginent que le confesseur va juger celui qui vient à lui et que la première réaction du prêtre à qui l'on confesse ses péchés sera de cataloguer le pécheur et de voir à quel point il est loin de la loi de Dieu, de la rigueur morale que Dieu exige de nous.
Je peux vous dire par expérience que le prêtre chargé du ministère qui est celui de la miséricorde ne peut pas réagir comme un juge qui condamne ou qui évalue les chances d'être pardonné. Un prêtre ne peut qu'être que le témoin de la miséricorde de Dieu. S'il y a un prêtre qui intervient dans le sacrement de pénitence, c'est précisément parce que si nous étions seuls en face de Dieu, peut-être ne verrions-nous pas nos vrais péchés, mais surtout nous n'arriverions pas à nous d ire cette miséricorde de Dieu. Beaucoup de chrétiens en face de leurs fautes se sentent impardonnables, et d'une certaine manière refusent de s'accepter tels qu'ils sont, parce que précisément, c'est une humiliation, étant donné que l'aune de notre jugement est l'exigence, et non pas le pardon.
Il se trouve que Jésus est venu pour nous prêcher la miséricorde du Père qui ne fait pas de reproches à l'enfant prodigue qui revient auprès de lui, mais qui l'attend impatiemment tous les jours, sur le bord de la route. Quand nous nous éloignons de Dieu il ne comptabilise pas les jours où nous avons manqué de présence auprès de lui, Dieu est là jour après jour à nous attendre parce qu'il sait que notre éloignement de lui fait notre malheur et qu'il désire par-dessus tout notre bonheur et notre joie et il faut que nous revenions pour qu'il puisse nous embrasser. Le Père de la parabole, quand son enfant revient ne lui laisse même pas dire la petite prière qu'il a préparé : "Père, je ne suis plus digne d'être appelé ton enfant, mais traite-moi comme un de tes serviteurs", il lui coupe la parole, et aussitôt, il appelle les serviteurs pour faire tuer le veau gras, pour qu'on apporte des habits de fête, pour qu'on lui donne des sandales, pour cet enfant qui s'était éloigné et qui revient à cause de son expérience du malheur.
Tel est le visage de Dieu dont nous parle le Christ. Le rôle du prêtre auprès du pénitent, c'est précisément de lui faire toucher du doigt de visage de la miséricorde de Dieu, il faut que le prêtre en répondant à celui qui confesse ses péchés, sache lui dire tout l'amour de Dieu. Il faudrait que le prêtre en face du pénitent soit semblable à Jésus en face de la femme adultère. Cette femme prise en flagrant délit d'adultère et à qui Jésus dit à la fin : je ne te condamne pas. Quelle parole extraordinaire. Jésus n'est pas venu pour nous condamner, mais pour nous sauver, pour nous dire que nous sommes sauvés si nous acceptons d'être aimé.
Voilà les paroles qu'un confesseur doit pourvoir dire au pénitent, qu'il est aimé, qu'il est aimé de Dieu et aimé aussi de celui qui est aussi le ministre de Dieu et qui est chargé de lui manifester son amour pour que le pénitent se relève du péché non pas par crainte, non pas par peur, mais par désir de répondre à cet amour de Dieu.
AMEN