SAINTETÉ PARADOXALE
Rm 8, 1-14 ; Mt 5, 13-19
St Alphonse de Liguori - (1er août 2000)
Homélie du Frère Yves HABERT

Tirlemont : Saint Alphonse de Liguori
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ujourd’hui on aime le paradoxe, les philosophes aiment le paradoxe car c’est ce qui va permettre de ne pas se satisfaire d’une vérité première, c’est ce qui nous permet comme à travers une sorte de conjonction de deux propositions contradictoires de faire émerger quelque chose de cette vérité, quelque chose qui serait caché. Les philosophes aiment le paradoxe, les journalistes aiment le paradoxe pour boucler un article, et je crois que Dieu aime particulièrement le paradoxe, surtout peut-être depuis Noël, depuis que Dieu, le Créateur de ciel et de la terre a pris notre chair, depuis qu’Il s’est fait tellement proche de nous, le Créateur des étoiles. Et tous les saints parce qu’ils traduisent dans leur vie ce paradoxe fondamental d’un Dieu qui s’incarne à Noël, tous les saints ont vécu sous le mode du paradoxe.
Regardez par exemple saint François d’Assise, pour lui, ce sont les petites fleurs, cette douceur franciscaine de l’Ombrie, c’est cette espèce de légèreté de vivre, et en même temps c’est celui qui monte sur l’Alverne, sur la colline inspirée, qui est comme aspiré par la croix qui se marque sur ses quatre membres et dans son côté, saint François le stigmatisé qui rayonne d'une joie encore plus grande. Mais saint Dominique c'est pareil, c'est celui qui passe ses nuits à pleurer, à intercéder : "Mon Dieu ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ?"et en même temps, d'après les contemporains de saint Dominique, il n'y avait pas de personne plus joyeuse que lui dans la journée. Aujourd'hui, sainte Mère Térésa, on la loue pour son action, alors qu'en fait elle était complètement abîmée dans la contemplation.
Tous ces saints ont vécu sous ce mode un peu paradoxal. Alors, Alphonse, c'est quoi ton paradoxe ? Sous quel mode vas-tu traduire aussi cette folie paradoxale qui de deux propositions contradictoires fait une vérité encore plus grande ? Puisque c'est un docteur particulier de l'Église, un pasteur, il a dit qu'il n'avait jamais prêché de toute sa vie sans que la personne la plus simple, la plus blessée, la plus lointaine, celle qui est la moins en phase avec le discours ne puisse comprendre, sans que la plus vieille personne ne puisse intégrer ce qu'il disait. Et en même temps, il est celui qui a écrit un gros livre, la "Théologie morale", qui a beaucoup influencé la morale dans notre Église, et lui a donné cette sorte de douceur. Suivant le jugement de mon professeur de morale, il n'y avait pas de livre plus subtil que ce livre-là, une espèce de précision dans la vérité pour définir des choses qui sont extrêmement difficiles puisqu'elles touchent au cœur de l'homme.
Et il y a un paradoxe, parce qu'il y a un enseignement qui est accessible au plus grand nombre, et en même temps une sorte de subtilité dans la recherche de la vérité pour essayer de traduire cet évangile que nous venons d'entendre. De ces deux propositions, jaillit une vérité. En plein siècle janséniste, Alphonse de Liguori, dans ce dix-huitième siècle, lutte contre le recroquevillement où l'on dit qu'il n'y a que quelques sauvés et que le salut n'est pas accessible au plus grand nombre, et que Jésus nous a menti. C'est cela le jansénisme, au milieu de ce dessèchement, Alphonse prêche la miséricorde, il la prêche au plus grand nombre et dans ses écrits. Voilà de ces deux propositions, cette vérité que le salut est offert au plus grand nombre, il n'est pas réservé à une élite, suivant le mot de Jean Daniélou : les élites, elles se débrouilleront toujours.
Demandons, supplions saint Alphonse de Liguori, à travers son exemple de vie, son amour de la réconciliation offerte au plus grand nombre, supplions-le pour que tous s'ouvrent à ce trésor et que personne ne se considère comme éloigné du mystère de la miséricorde.
AMEN