SAINT ALPHONSE DE LIGUORI : MORALE ET FOI
Rm 8, 1-4 ; Mt 5, 13-19
St Alphonse de Ligori - (1er août 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
F |
rères et sœurs, Saint Alphonse Marie de Ligori que nous célébrons aujourd'hui, fut donc un grand pasteur, un grand prédicateur, l'homme du pardon et de la miséricorde de Dieu, un moraliste pas seulement par son enseignement, mais plus encore par la pratique qu'il a accomplie jour après jours pour aider les hommes à découvrir le chemin et la voix de Dieu. Je ne suis pas assez compétent pour vous donner exactement le rôle de saint Alphonse de Ligori dans la théologie morale, mais je voudrais à son propos vous dire quelques mots sur les rapports entre ce qu'on appelle la morale et la foi.
Beaucoup de gens plus ou moins chrétiens acceptent de reconnaître dans ce qu'ils appellent la religion, l'ensemble des œuvres à accomplir, des choses à faire, ce qu'ils appellent des valeurs. Combien de fois des gens vous diront : je suis d'accord sur les valeurs chrétiennes. Par valeurs, ils entendent la vérité, l'honnêteté, la tolérance. En réalité beaucoup de ces personnes séparent ce qu'ils appellent ainsi des valeurs de ce qu'on appellerait les dogmes, les vérités à croire qui leur semblent bien compliquées ou peut-être inutiles, en tout cas pas essentiels à une vie droite. Combien de fois entendons-nous des parents dire aussi qu'ils mettront leurs enfants dans des écoles religieuses parce que là, on leur donnera des bons conseils et des bons principes.
Tout ceci repose sur une certaine dichotomie entre les vérités de la foi et les préceptes à accomplir dans la vie courante. En réalité, si nous sommes fidèles à l'évangile, il n'y a pas d'un côté des valeurs à accomplir, une conduite à tenir, des bons conseils à respecter, des commandements à accomplir, et d'un autre côté, des vérités comme un Dieu trinité, un Fils de Dieu qui s'incarne, qui naît de la vierge Marie, qui meurt et ressuscité, vérités qui seraient réservées soit à des gens plus croyants, soit à des gens qui s'attachent à sinon des fables, du moins à des expressions symboliques. Il n'y a pas de dichotomie. Le seul sens de la morale évangélique, c'est qu'elle découle de notre foi. C'est à partir de la foi, c'est parce que nous croyons en un Dieu créateur par amour, parce que nous croyons en un Dieu qui a poussé l'amour jusqu'à se faire semblable à nous en venant sur la terre, homme comme nous, c'est parce que nous croyons en ce Dieu fait homme qui a accepté de donner sa vie pour nous afin de ressusciter et de nous ressusciter avec lui, c'est parce que nous croyons comme le disait saint Paul dans le passage de l'épître aux Romains que nous venons d'entendre, que l'Esprit de Dieu nous est donné pour qu'il vive en nous, pour qu'il transforme de l'intérieur notre cœur et notre vie, c'est parce que nous croyons à cela que nous nous conduisons d'une certaine manière qui n'est pas l'accomplissement de préceptes abstraits, mais qui est le rayonnement même de notre foi.
Etre chrétien, vivre en chrétien, c'est laisser rayonner à partir de nous, cette présence de l'Esprit Saint reçu à notre baptême, laisser rayonner cette présence du mystère de Dieu, de ce Dieu d'amour dont le dessein depuis la création du monde jusqu'à la fin des temps est de nous introduire dans son bonheur qui est cet amour trinitaire. C'est parce que nous croyons à tout cela que la présence de Dieu peut devenir rayonnante dans nos actes, dans nos paroles, dans nos pensées.
Il n'y a pas des devoirs à accomplir qui assureraient le bon ordre de la société, qui nous permettraient d'aider les autres hommes à vivre dans la justice et dans la fraternité, il n'y a pas des valeurs à accomplir, et pour ceux qui le peuvent, des vérités à croire, mais il y a cette vérité fondamentale de Dieu présent au cœur et à la source du monde, au cœur et à la source de notre propre vie. Il y a cette vérité fondamentale de Dieu présent en nous dont la conséquence est que notre vie ne peut que se configurer à la sienne. Etre chrétien, c'est vivre comme le Christ a vécu, et pour cela, de laisser l'Esprit envahir notre être, et transformer comme le dit le prophète Ézéchiel nos cœurs de pierre en cœurs de chair. apprendre à aimer comme Dieu aime, apprendre à vivre comme Dieu vit, apprendre à donner sa vie comme le Christ a donné sa vie pour nous, tel est le secret profond de la morale chrétienne.
Frères et sœurs, ne tombons pas dans ce piège d'une religion à plusieurs vitesses, d'une vitesse morale qui serait pour tout le monde et qui serait utile à l'avenir de l'humanité, et puis de vérités dogmatiques qui seraient plus ou moins une superstructure. Ne tombons pas dans ce piège. Commençons par rechercher la présence de Dieu, le mystère de Dieu, et nous laisser envahir par ce mystère pour qu'il rayonne dans tout ce que nous sommes, dans tout ce que nous faisons, et à ce moment-là notre vie sera vraiment une vie évangélique. Ce qu'on appelle les valeurs chrétiennes prendront leur sens en s'enracinant dans le mystère de Dieu.
AMEN