LA CONVERSION

Tb 4, 14-19 ; Mt 9, 27-38
St Camille de Lellis - (14 juillet 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans la foule nombreuse des convertis dont fait partie saint Camille de Lellis, il y en a un qui est encore plus grand en quelque sorte, même s'il est saint comme saint Camille, c'est un peu le chef de file de ces convertis, c'est saint Au­gustin. J'aimerais que nous réfléchissions à un seul élément, un élément assez court, de la conversion, car il y a beaucoup d'éléments qui sont une certaine connaissance de soi-même, une rencontre brutale du Christ, que ce soit dans sa blessure, dans son péché ou même dans la condition de créature. Mais il est un élément préalable que saint Augustin appelle "le re­tour à soi et la connaissance de Dieu." Je m'inspire d'un passage des Confessions qui est comme une vi­site intérieure, par le Christ Lui-même, de ce que nous sommes. Il est intéressant de remarquer à quel point la conversion commence par savoir qui je suis, dans quelle condition, quelle créature je suis par rapport à Dieu. Et ayant fait cette connaissance, de mesurer ensuite la distance qui sépare la créature que je suis et l'être de Dieu.

C'est dire que la conversion commence par une illumination intérieure, par une prise de cons­cience de ce qu'est l'homme, pour ensuite découvrir le face à face entre Dieu et l'homme, ce qui manque à l'homme pour rejoindre Dieu. saint Augustin écrit : "J'entrais dans l'intimité de mon être sous ta conduite." Ainsi visitant, en quelque sorte l'intérieur de soi-même, c'est le Christ qui nous prend par la main et qui nous invite à en fréquenter le labyrinthe, parfois sombre et obscur, mais pourtant appelé à être éclairé de la lumière du Christ.

"J'entrais et je vis avec l'œil de mon âme, celle qu'il faut, au-dessus de cet œil de mon âme, au-dessus de mon intelligence, la lumière immuable, non pas celle qui est ordinaire et visible à toute chair, ni une sorte de lumière du même genre, mais qui aurait beaucoup de splendeur dans son resplendissement et remplirait tout de sa grandeur. Non, elle n'était pas au-dessus de mon intelligence comme l'huile au-des­sus de l'eau, ni comme le ciel au-dessus de la terre, mais elle était au-dessus parce que c'est elle-même qui m'a fait, et moi au-dessous parce que j'ai été fait par elle. Qui connaît la vérité, connaît cette lumière, et qui la connaît, connaît l'éternité et la charité la connaît. C'est Toi qui es mon Dieu. Après Toi je sou­pire jour et nuit, quand pour la première fois je T'ai connu, Tu m'as soulevé pour me faire voir qu'il y avait, pour moi, l'Etre à voir et que je n'étais pas en­core prêt à le voir." Jeu de mots fréquent chez saint Augustin qui veut dire qu'il y a dans l'homme, qu'il y a en Augustin, la capacité, le récipient pour contenir Dieu, pour contenir cette connaissance de Dieu. Mais lorsqu'on commence à fréquenter son intérieur, on découvre le vide, on découvre l'incapacité par soi-même de s'élever et d'atteindre Dieu, on découvre l'infirmité de sa propre sagesse et de sa propre ré­flexion ou de son propre désir, pour monter, gravir les échelons vers Celui qui est la lumière. Et pourtant Il est fait pour remplir ce vide à l'intérieur. Etre soulevé sous la conduite de Dieu.

"Etre soulevé, sous la conduite même de Dieu, vers Dieu" voilà un élément de la conversion propre à tous ceux qui se sont convertis et auxquels il a fallu parfois passer par les bouges de Naples et se retrouver, un jour, allongé sur un grabat, et se disant : "Mais, qui suis-je ? et qu'est-ce que je fais là ?" pour découvrir, à l'intérieur de soi-même, un tel vide que rien n'aurait pu combler, si ce n'est Dieu Lui-même. Ainsi Dieu Lui-même l'a emmené visiter son inté­rieur, afin de lui faire découvrir qu'il était lui aussi créature, et créature capable de contenir et d'aimer Dieu, pour l'amener à se retourner, se retourner vers ses frères qui sont, eux aussi, capables de contenir ce Dieu, et ainsi de les servir, comme l'a fait saint Ca­mille de Lellis.

 

AMEN