L'OBÉISSANCE SELON SAINT IGNACE

1 Co 10, 31- 1 Co 11,1 ; Lc 9, 57-62
St Ignace de Loyola - (31 juillet 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

elui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le Royaume des Cieux." Ces paroles sont particulièrement sévères, dures et elles pourraient correspondre quelquefois à ce visage un peu caricatural que l'on risque de se faire de saint Ignace de Loyola ou encore de la compagnie de Jésus qu'il a fondée : un ensemble d'hommes pour qui l'obéissance est un absolu rigide et sans limites, et l'on dit même qu'il faut obéir à la manière d'un cadavre c'est-à-dire sans avoir d'opinion personnelle. Tout cela ressemble un peu à des bandes dessinées pour représenter saint Ignace de Loyola. C'est vrai qu'il y a chez lui et chez ses fils cette force de l'obéissance absolue. Mais précisément c'est l'absolu de Dieu qui est au cœur, qui est le secret de la vie de saint Ignace de Loyola.

Cette rencontre avec son Seigneur, après cette blessure dans la bataille, avec cette longue maladie et convalescence, cette rencontre, d'un seul coup, bouleverse totalement la vie de Saint Ignace. Son nom lui-même est en quelque sorte comme le résumé de son secret. Ignace, cela veut dire "celui qui est en feu" et Ignace de Loyola était véritablement une âme de feu. Quand le Seigneur, qui est Lui aussi un feu dévorant, est entré dans son cœur, Il l'a totalement et définitivement consumé. C'est cela le secret de la vie de saint Ignace et c'est cela qu'il a communiqué à ceux qui sont devenus ses disciples et ses compagnons. Le feu de l'amour de Dieu qui consume et qui prend toute la place, sans limites, sans rien laisser d'autre.

Il y a, dans les Exercices de saint Ignace qui sont un secret permanent durable, un secret fécond de la mystique de saint Ignace, ces exercices par lesquels l'âme se trouve en face de Dieu, pour un corps à corps, de jour et de nuit pendant tout un mois un corps à corps dont on ne peut pas sortir exactement dans le même état qu'on y est entre, comme Jacob quand il luttait avec l'ange au torrent du Yabbok, il y a dans les Exercices cette phrase : "Il faut demander ce que Je veux." Cela aussi résume tout à fait l'âme de Saint Ignace et de toute la compagnie de Jésus. "Demander ce que je veux." La volonté de Dieu qui devient notre volonté au point que c'est ce que Dieu veut que nous demandons parce que c'est ce que Dieu veut que nous désirons. Tel est le secret qui a fait vivre Saint Ignace. Il y a eu un moment où Dieu lui est apparu, et il lui a tout donné, et à partir de ce moment-là, il n'a plus eu d'autre volonté que la volonté du cœur de Dieu.

C'est cela le sens de l'obéissance de saint Ignace et de ses fils. Obéir, ce n'est pas être un esclave, ce n'est pas devenir comme un outil inanimé entre les mains d'un patron tyrannique qui, arbitrairement, en fait n'importe quoi, obéir c'est faire de la volonté de Celui qu'on aime, sa propre volonté, c'est-à-dire identifier totalement l'élan le plus profond de son cœur avec l'élan du cœur de Dieu. C'est cela l'obéissance du Christ à la volonté de son Père et c'est cela l'obéissance du chrétien à la volonté de Dieu et c'est cela que saint Ignace nous montre, de façon merveilleuse, et que nous devons tous vivre, pour notre propre part et avec notre propre tempérament, notre propre spiritualité, notre propre sensibilité : faire en sorte que l'amour de Dieu soit assez profond en nous pour qu'il y ait, peut-être pas du premier coup comme saint Ignace, mais en tout cas progressivement et réellement, une identification de notre volonté avec la volonté de Dieu, de notre désir avec le désir de Dieu, afin que Lui seul soit le premier servi, Lui seul au centre de notre vie et de la vie du monde.

 

AMEN