TOUT QUITTER POUR LE CHRIST

1 Co 10, 31- 1 Co 11,1 ; Lc 9, 57-62
St Ignace de Loyola - (31 juillet 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

ette page d'évangile rassemble trois brefs épisodes qui ont en commun un dialogue très serré entre Jésus et son interlocuteur, sur les conditions pour suivre Jésus. Non pas que ces conditions s'adressent seulement à quelques-uns. Nous sommes tous appelés à suivre Jésus et c'est donc à chacun de nous que ces paroles s'adressent.

Pour suivre le Christ, il faut accepter de n'être nulle part chez soi. "Le Fils de l'Homme n'a pas de lieu où il demeure, Il n'a pas de pierre où reposer la tête." Si nous suivons le Christ, nous sommes perpétuellement en route, en voyage, comme le dira l'auteur de l'épître aux Hébreux, "en marche vers une autre patrie qui n'est pas de cette terre." Et c'est cette marche continuelle sur les pas de Jésus qui nous entraîne toujours plus loin, toujours au-delà, sans jamais pouvoir s'arrêter, ici ou là, en disant : "Je suis arrivé, je suis parvenu au terme de mon effort."

Suivre Jésus, c'est aussi tout abandonner pour donner une priorité absolue au Royaume. Au second de ses interlocuteurs Jésus dit de façon dure : "Laisse les morts enterrer les morts", pour toi, consacre-toi au royaume des cieux. La prédication du royaume, la recherche du royaume, le désir, la soif de ce royaume de Dieu a une priorité absolue sur tout, même sur les affections les plus légitimes. Non pas que le Christ nous demande de mépriser ces affections humaines, de délaisser notre famille. Il y a dans les paroles de Jésus une volonté de paradoxe pour bien marquer l'absolu que doit être cette recherche du Royaume et cette suite sur laquelle nous devons nous avancer après Lui. Jésus ne veut pas dire que nous devons couper toute relation humaine, toute relation familiale, mais rien ne doit faire nombre avec la consécration de notre vie, dans ce qu'elle a de plus profond, au Christ et au Christ seul. C'est seulement dans la mesure où notre vie est tout entière habitée par le Christ, où elle lui est tout entière donnée sans réserve, sans partage, que le reste de notre vie, c'est-à-dire toutes les autres affections, toutes les autres occupations, toutes les autres nécessités de notre vie prendront leur sens véritable et seront évangélisées.

Il faut donner tout, et ailleurs le Christ nous dit qu'à ce moment-là, nous recevrons le centuple, c'est-à-dire que tout ce que nous aurons laissé, pour Jésus, nous sera rendu. Non pas que nous devions faire un calcul en disant : je donne parce que je sais que je retrouverai. Mais, au contraire, c'est dans la mesure où véritablement nous nous livrons au Christ sans réserve et sans limites qu'il devient possible d'être rempli de joie. Et encore une fois, cela n'est pas réservé aux religieux, à une certaine catégorie de chrétiens. C'est à nous tous que cet appel s'adresse. Nous ne trouverons un épanouissement humain que si nous consacrons d'abord la totalité de nous-mêmes à Dieu, à Jésus. Jésus ne veut pas évacuer le reste du monde, de l'univers ou de l'humanité de notre cœur, mais Jésus sait que Lui seul est la source capable de nous rendre apte à aimer vraiment et que c'est seulement dans la mesure où nous nous ouvrirons totalement, sans limites et sans réserve à cette source d'amour qu'Il est Lui-même, que nous pourrons vivre ensuite, et à partir de là, tout le reste de notre expérience d'homme.

Par l'intercession de Saint Ignace, qui dans une illumination a découvert cet absolu de Dieu, cet absolu de la gloire de Dieu, demandons au Seigneur de se faire connaître à nous avec assez de profondeur, d'absolu et en même temps de douceur, pour que nous comprenions que, nous remettre entre ses mains, ce n'est pas nous perdre, mais au contraire, tout retrouver parce que c'est trouver toute chose en trouvant Dieu qui est l'infinie tendresse, l'infinie bonté et la source de tout amour.

 

AMEN