SOYEZ MES IMITATEURS

1 Co 10, 31- 1 Co 11,1 ; Lc 9, 57-62
St Ignace de Loyola - (31 juillet 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN


U

n texte de la liturgie nous dit que "Dieu habite et prend son plaisir dans le cœur des saints". Et vous avez peut-être remarqué la dernière phrase de l'épître aux Éphésiens où saint Paul dit "Montrez-vous mes imitateurs, comme moi je le suis du Christ.". Saint Paul, souvent, dans plusieurs de ses épîtres surtout la première aux Corinthiens, la première aux Thessaloniciens ou celle aux Philippiens, demande à ses auditeurs, à ses lecteurs de l'imiter. "Devenez semblable à moi" dit-il. "Montrez-vous mes imitateurs " - "Vous avez plusieurs pédagogues, mais vous n'avez qu'un père qu'il faut imiter, moi, qui vous ai engendrés dans le Christ".

       Cela peut nous paraître audacieux et quelque peu orgueilleux de la part de saint Paul, de vouloir que les autres disciples, les chrétiens l'imitent, lui Paul. Cependant, il y a dans cette phrase, dans cette idée une réalité profonde. Car saint Paul, il le dit lui-même, est habité par la présence de Dieu. Sa vie n'est plus tout à fait la sienne, c'est celle du Christ en lui. Lui-même imite Dieu. Lui-même a comme modèle de vie, l'image du Christ qui, petit à petit, est façonnée dans son cœur et dans sa vie. Ce qu'il faut imiter dans saint Paul, ce n'est pas le côté humain de saint Paul, mais c'est justement cette présence du Christ qui a fait en lui sa demeure. Et, en imitant Saint Paul, les chrétiens qui le connaissaient, avaient contact avec le Christ Lui-même. C'était une façon de rencontrer le Christ qui vivait dans le cœur de Paul et qui se manifestait par sa charité, par sa prédication, par son austérité.

       "Montrez-vous mes imitateurs comme moi-même je le suis de Dieu." Tout à l'heure, nous lisions dans l'évangile, que le Christ "n'a pas de pierre où reposer sa tête, alors que les renards ont des tanières et les oiseaux des nids", mais c'est parce que le Christ, désormais, repose en chacun d'entre nous et qu'Il n'a pas besoin d'une pierre, d'un lit ou d'un nid, choses matérielles, choses de ce monde humain. La présence du Christ aujourd'hui, elle est à l'intérieur de nous-mêmes. Il repose en nous et il prend son plaisir en nous. Et ainsi, nous devons être, aujourd'hui encore, imitateurs les uns des autres. Imitateurs, parce que chacun d'entre nous est présence de Dieu, chacun d'entre nous révèle à l'autre quelque chose du visage de Dieu. Et cela, il faut absolument le discerner le découvrir dans l'autre, pour l'aimer tel qu'il est, mais pour aimer le Christ en lui, tel que le Christ veut se manifester par le visage et la vie de l'autre.

       Lorsque le Christ dit : "Nul ne va au Père que par moi,"  qu'Il est le seul chemin vers la vérité, Il dit aussi qu'Il repose dans notre cœur et dans notre vie et qu'au fond peut-être que les autres, parce qu'ils sont sur le chemin, parce qu'ils suivent le Christ peuvent être aussi un chemin qui nous mène vers le Christ qui vit en eux. Il y a là, dans cette imitation que nous devons avoir les uns des autres, à cause de la présence de Dieu, une réalité profonde, une réalité essentielle de notre vie de baptisés. Nous sommes tous un seul peuple. Nous sommes tous membres d'une seule famille. Nous avons à nous enrichir les uns les autres de la richesse de la présence de Dieu en nous. Nous devons être transparents de cette présence de Dieu pour révéler aux autres que nous sommes, les uns et les autres, fils de Dieu. Et cela nous oblige souvent à changer notre regard sur les autres, ne pas nous arrêter à ce qui est humain, mais nous arrêter à ce qui est humain et qui, déjà est divinisé en nous, qui déjà est transfiguré en nous, leur visage humain qui déjà révèle qu'ils sont refaçonnés à l'image d'un autre visage qui est déjà présent en eux et qui est le visage du Christ ressuscité.

AMEN