VRAIE THÉOLOGIE

Ac 20, 17-18a+28-36 ; Lc 22, 24-30
St Pierre Chrysologue - (30 juillet 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, quand nous pensons aux théologiens, aux maîtres de notre pensée, à ceux qu'on appelle les Pères de l'Église, nous imaginons tout de suite qu'il s'agit d'évêques, de prêtres, de chrétiens qui ont creusé en profondeur la foi avec quelquefois des mots difficiles, des explications compliquées. Nous nous sentons un peu interloqués devant cette science théologique qui nous dépasserait.

Si nous regardons historiquement ce qui s'est passé, les Pères de l'Église, les Pères de notre foi ne sont pas des spécialistes du raisonnement théologique, ne sont pas des gens qui ont manipulé des concepts difficiles pour essayer de dire la foi, il s'agit presque toujours de pasteurs. saint Pierre Chrysologue est un exemple particulièrement manifeste de ce que je viens de dire. S'il est un des docteurs de la foi, s'il est un des grands théologiens de la Tradition, s'il est un des Pères de l'Église, ce n'est pas parce qu'il a écrit des choses d'une difficile profondeur, mais par ce qu'il a prêché jour après jour au peuple chrétien, avec des mots simples pour permettre à tous d'entrer dans le mystère de Dieu, non pas par des chemins compliqués, mais en allant tout droit à la contemplation de ce mystère.

Pour saint Pierre Chrysologue, et à peu de choses près, c'est vrai de l'ensemble de ceux qu'on appelle les Pères de l'Église, la théologie ne se sépare jamais de la pastorale, c'est-à-dire de la catéchèse immédiatement adressée au peuple chrétien, et accessible par celui-ci. Pas davantage la théologie ne se sépare de ce que nous appelons la spiritualité comme si d'un côté il y avait des vérités à croire et puis d'un autre côté une vie de prière pour rencontrer Dieu, c'est la même chose. Pour tous les Pères de l'Église la recherche de la foi et la recherche de la prière, la recherche de la foi et la recherche d'une vie chrétienne simple, claire et profonde, c'est la même chose.

L'expérience nous montre que plus nous creusons la foi, plus elle devient simple. La foi n'est pas une accumulation de vérités compliquées ou de choses qu'il faudrait creuser avec des moyens intellectuels exceptionnels, la foi, c'est finalement un regard très simple posé sur Dieu, un regard qui nous fait communier à ce mystère dans lequel toutes choses de la foi, de la vie, de la prière, deviennent accessibles et simples. C'est quand on ne comprend pas bien quelque chose qu'on se sert de mots compliqués pour le dire. Quand on essaie de se laisser conduire vers le cœur du mystère de Dieu, les choses sont beaucoup plus simples qu'il n'y apparaît. Pour nous chrétiens, notre foi tient en quelques vérités fondamentales qui doivent nous aider à tout comprendre, aussi bien dans le mystère de Dieu que dans notre façon de vivre. La foi, c'est d'abord de comprendre que Dieu est l'amour et que si Dieu est amour, toute notre vie trouve son sens, car notre vie sera une recherche perpétuelle de vivre nous-mêmes cet amour qui est l'amour même de Dieu.

Tous les mystères qui nous sont proposés, qu'il s'agisse de l'Incarnation de Dieu qui s'est fait homme, qu'il s'agisse de la naissance virginale de Jésus dans le sein de Marie, qu'il s'agisse de la Passion du Christ, qui, tout Dieu qu'Il est, accepte de mourir et de prendre sur lui nos péchés, qu'il s'agisse de la résurrection du Christ sortant vivant du tombeau, tout cela c'est le déploiement de cette vérité fondamentale que Dieu est amour. L'amour de Dieu est plus fort que les distances, plus fort que toutes les divisions, plus fort que toutes les contradictions, plus fort que le péché, plus fort que la mort. Si Jésus a pris sur lui nos péchés pour mourir sur la croix, c'est parce que l'amour de Dieu va jusqu'à l'extrême de cette communion avec nous, jusqu'à prendre sur lui ce qui est le plus inimaginable, notre propre péché. Jésus a pris sur lui nos fautes, il s'est en quelque sorte identifié à notre péché pour le détruire par un amour plus fort que nos manques d'amour. Si Jésus est ressuscité c'est parce que l'amour qui est Dieu est plus fort que la mort. Ainsi toutes les vérités de notre foi peuvent s'articuler les unes avec les autres, à partir de cette conviction fondamentale que Dieu est amour et que toute la vie de Dieu, tout son mystère et par conséquent tout le mystère de notre vie et de notre histoire, c'est le mystère de l'amour qui triomphe peu à peu de tous les obstacles que nous pouvons lui opposer.

Frères et soeurs, rendons grâces au Seigneur qui, par des hommes comme saint Pierre Chrysologue a su nous conduire au cœur de son mystère par des chemins simples. Jésus l'a dit lui-même dans l'évangile : "Je te rends grâces Père, d'avoir révélé cela aux simples et aux petits, même si tu l'as caché aux puissants et aux savants". Ce n'est pas en forçant notre esprit à devenir savant et à découvrir des connaissances inaperçues que nous approchons du mystère de Dieu, c'est en nous laissant au contraire, dans la simplicité de nos cœurs, pénétrer par cette vérité fondamentale que Dieu n'est qu'amour et que à cause de son amour, il nous a créé, il nous a appelé, il nous a vivifié, il nous donne le salut.

Que nous soyons remplis persuadés de cet amour de Dieu pour nous qui est le secret le plus profond de son cœur, et que nous en vivions jour après jour, concrètement, dans notre vive quotidienne, de la façon la plus simple et la plus continuelle.

 

AMEN