ENRACINÉ DANS LA LITURGIE

Ac 20 17-08a+28-36 ; Lc 22, 24-30
St Pierre Chrysologue - (30 juillet 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Pierre Chrysologue était évêque de Ra­venne au moment où cette ville était la rési­dence de l'empereur et où les églises de Ra­venne se couvraient de ces admirables mosaïques que l'on peut voir encore aujourd'hui. Pourtant saint Pierre Chrysologue fut un humble prédicateur. Au milieu de tant de splendeurs politiques, artistiques, il a choisi d'être le prédicateur des simples, des pauvres.

Parmi tous les Pères de l'Église, une des ca­ractéristiques de saint Pierre Chrysologue est la sim­plicité de sa prédication et la brièveté. Au moment où saint Augustin faisait des sermons-fleuves que l'on écoutait avec passion, peut-être quelquefois avec fati­gue, saint Pierre Chrysologue s'en tenait ordinaire­ment à une douzaine de minutes comme à saint Jean de Malte le dimanche. Vous voyez que la notion de brièveté varie selon les époques. On considérait que ses sermons étaient particulièrement adaptés à ses auditeurs parce qu'il ne traînait pas en longueur et qu'il savait rendre la théologie proche, accessible, immédiate. Ceci est intéressant car la théologie de nos jours et cela depuis bien des siècles est devenue une affaire de spécialistes, une affaire de traités. On écrit des traités de théologie comme on écrit des traités d'anatomie ou de philosophie. Pour saint Pierre Chry­sologue, la théologie c'était la prédication, c'était l'homélie. D'ailleurs, la plupart des Pères de l'Église, au lieu d'écrire des traités, ont écrit des sermons. Et c'est en parlant avec le peuple qu'ils ont développé cet approfondissement de la foi. Le résultat c'est que sou­vent leurs sermons étaient longs et difficiles. Saint Pierre Chrysologue a su être bref. Et l'on est frappé par la densité très accessible de ce qui est dit à un peuple de pauvres et de petits.

Sa théologie était intimement enracinée dans la liturgie. C'est un commentaire de l'évangile du jour. Il s'en est toujours tenu à l'homélie plutôt qu'à de grands développements. C'était un commentaire mot à mot de la Parole du jour. Et cette parole proposée par la liturgie était scandée au rythme des fêtes liturgi­ques, ce qui fait que c'était très près de la vie quoti­dienne de son peuple que saint Pierre se tenait.

Pour ne pas être trop long au jour où l'on cé­lèbre quelqu'un qui parlait brièvement, je vais vous lire un bref passage d'une homélie de saint Pierre Chrysologue sur la paix : "La paix est ce qui débarrasse l'homme de l'esclavage, ce qui fait de lui un homme libre, ce qui transforme sa condition personnelle aux yeux de Dieu, faisant d'un serviteur un fils. La paix entre frè­res c'est ce que Dieu veut, c'est ce qui réjouit le Christ, c'est ce qui accomplit la sainteté, ce qui règle la justice, ce qui nous enseigne la véritable doctrine de l'évangile, ce qui protège notre manière de vivre. Bref, la paix c'est, en toute chose, une conduite digne de Dieu. La paix fait que nos prières sont exaucées, la paix nous ouvre une route facile et praticable pour nos demandes et nos supplications, la paix accomplit parfaitement tous nos désirs. Elle est la mère de la charité, le lien de la concorde, le signe évident de la pureté de notre cœur qui nous permet de réclamer à Dieu tout ce que nous voulons. Car la paix demande tout ce qu'elle désire et reçoit tout ce qu'elle de­mande.

La paix se garde par l'obéissance aux com­mandements du roi Christ. Le Christ Lui-même nous a dit : "C'est la paix que je vous laisse. C'est ma paix que je vous donne ce qui revient à dire : Je vous quitte dans la paix afin de vous retrouver dans la paix. En partant, Il a voulu nous donner comme un cadeau ce qu'Il désirait trouver chez nous tous lors­qu'Il reviendrait".

Que cet apôtre de la concorde, de la paix fra­ternelle touche notre cœur et nous conduise ainsi à être en paix les uns avec les autres, en paix avec nous-mêmes et en paix avec Dieu.

 

 

AMEN