EN VUE DE LA PRIÈRE

1 P 4, 7-11 ; Lc 10, 38-42
Ste Marthe - (29 juillet 1994)
Homélie du Frère Michel MORIN


L

a fin de toute chose est proche. Soyez donc sages et sobres, en vue de la prière !" Saint Pierre nous rappelle la nécessaire sagesse, en nous signifiant bien le but de cette sagesse "en vue de la prière". C'est, je crois, le message que Jésus a voulu dire à Marthe, le jour de cette rencontre dans la maison des deux sœurs. Ce que Marie avait compris, c'est que Jésus est la fin de toute chose, c'est que dans la personne du Christ, réside la sagesse qui nous rend sage et que ceci tisse en nous les dispositions à la prière. Marie l'avait compris, elle savait que le but de la vie était la contemplation du visage de son Seigneur et que ceci était la fin de toute chose. Il n'est pas dit, dans l'évangile, que Marie ne faisait rien, que c'était une paresseuse et qu'elle laissait tout faire par sa sœur. Il est dit simplement qu'elle avait saisi, dans son cœur, cette primauté absolue d'être présente au Seigneur, de contempler son visage, que c'était la source de la sagesse et qu'ainsi elle vivait déjà la fin, le but, le sens de toute chose de sa propre vie.

       Et c'est à ce message-là que Marthe est également invitée. Non pas qu'elle ne l'ait pas entièrement compris. Il ne faudrait pas dire que Marie est une sainte parce qu'elle prie et que Marthe n'en est pas une parce qu'elle travaille. Nous le pensons peut-être. C'est tout à fait faux, simplement c'est pratique parce que cela nous aide à nous accommoder de notre manque de prière, sous prétexte que nous avons beaucoup de travail, ou à notre manque de travail par paresse sous prétexte que nous passons beaucoup de temps à prier, bien que cette deuxième tentation soit moins fréquente.

       Marthe a reçu ce message du Seigneur. Elle est donc entrée probablement dans cette sagesse, ce qui ne l'a pas fait cesser de rendre service, d'accueillir et de travailler. Mais simplement elle a cessé de le faire comme des activités mises bout à bout, comme une sorte de nécessité pratique de "faire quelque chose", et vous le savez bien, une nécessité que l'autre reconnaisse ce que je fais. "Dis à ma sœur de m'aider!" Au fond, il y avait chez Marthe, un petit sentiment de jalousie. Elle avait l'impression de ne pas être gratifiée, de ne pas être reconnue dans ce qu'elle faisait. Ceci aussi nous tente souvent.

       Il n'y a pas à opposer notre activité ou nos activités à la prière, sauf si nous considérons la prière comme une activité parmi d'autres. C'est d'ailleurs pour cela que nous prions mal et c'est aussi pour cela que nos activités sanctifient et glorifient si peu Jésus-Christ, puisque c'est cela qui est le but même de notre vie, "afin qu'en tout Dieu soit glorifié par Jésus-Christ !"

       Que Marthe nous aide à entrer assez profondément dans cette sagesse qui nous rend "sobres", qui nous fait regarder notre vie avec lucidité et sobriété, c'est-à-dire dont le centre n'est pas nous, ni ce que nous faisons, mais la présence en nous du Seigneur qui attend, quoi que nous fassions que nous soyons à genoux devant Lui pour contempler son visage et tirer de cette prière toute la sagesse nécessaire à de multiples activités au choix de nos activités et à la bonne conduite, jusqu'à leur fin de nos activités. Cette grâce que nous demandons, le Cardinal de Lubac l'exprimait ainsi : "L'homme a besoin, pour équilibrer son action, de découvrir, dès maintenant, le visage déjà reconnaissable de Celui vers lequel il tend, à travers tout."

 

        AMEN