TRANSMETTEURS DU SALUT

Si 44, 1-2 + 8-15 ; Lc 10, 21-24
Sainte Anne et saint Joachim – (26 juillet 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Joachim et Anne - Bruxelles
Frères et sœurs, vous avez peut-être surpris par le choix de la lecture de celui qu'on appelle l'Ecclésiastique, le Siracide, qui consiste à faire un éloge des ancêtres. Vous aurez remarqué le ton que prend cet éloge des ancêtres.

Dans la mentalité antique et cela vaut aussi bien pour la Bible que pour la pensée latine ou grecque, la valeur d'un homme n'est pas éprouvée sur le moment. On ne peut pas dire d'un homme qu'il a pleinement sa valeur. Ce qui vient sceller, la richesse de la personnalité d'un homme c'est sa descendance. C'est une grande hantise dans toute l'Antiquité, on se rend compte que le temps, l'avenir est toujours incertain. Par conséquent, celui qui apparemment jouit de la gloire sur le moment, on n'est pas sûr que cinq ou dix ans plus tard, il ne soit pas dans la misère. Les revers de fortune peuvent être absolument radicaux. Il y a comme une sorte de précarité de l'existence de l'individu qui ne va se trouver pleinement justifiée que par la descendance.

C'est sans doute ce qui a été le moteur de la fête de Anne et Joachim. Pour ce qui est de Joseph, la généalogie était fournie, car saint Matthieu comme saint Luc déploient une immense généalogie qui remonte pour saint Matthieu jusqu'à Abraham, et pour saint Luc, Fils d'Adam, Fils de Dieu. Le cursus est tout droit, il n'y a pas de souci. Mais pour la vierge Marie, évidemment, comme on était généralement moins soucieux de la généalogie des épouses, il n'y a rien qui puisse aider à construire une généalogie. Pour Joseph, il fallait qu'il transmette la royauté davidique. Pour la vierge Marie qui est devait transmettre la chair du Christ, les éléments étaient nettement moins connus. On peut dire qu'au niveau de la littérature évangélique, il n'y a aucune indication concernant les parents de la vierge Marie.

On a fait le raisonnement suivant : pour que puisse naître celle qui allait devenir la mère du Sauveur, pour que l'héritage de la fille et du petit-Fils soit aussi illustre, il faut absolument que l'on puisse exhumer l'existence des grands-parents. C'est ce qui a été à l'origine de la fête de ce jour. Les noms ont été transmis sans doute à partir du troisième ou quatrième siècle, ce qui manifeste que l'assise historique n'est pas évidente. On voulait dire ceci, et le texte de l'évangile est très éclairant : la grandeur même de l'œuvre du salut de Jésus est déjà comme portée par sa généalogie non seulement paternelle avec l'ascendance davidique et messianique, mais elle est portée aussi par l'ascendance humaine de la vierge Marie. C'est pour cela que nous avons relu ce très beau texte : "Je te bénis Père d'avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l'avoir révélé aux tout petits". Si Joachim et Anne sont célébrés aujourd'hui, c'est parce qu'ils sont les porteurs sans doute méconnus ou inconnus, mais ils sont les porteurs à travers le fait d'avoir donné la vie à la vierge Marie, ils sont les porteurs et les transmetteurs du mystère du salut de l'intention divine de nous sauver.

Cette fête est très belle parce qu'elle montre que le dessein de Dieu ne passe pas nécessairement par les choses ou les hommes connus ou célèbres. Le dessein de Dieu passe par les humbles et c'est cela le message de la fête d'Anne et Joachim. Ils sont inconnus, on avait même oublié leur nom, mais si la tradition se permet de les "exhumer" c'est pour dire en réalité à travers les parents de la vierge Marie, sans qu'ils en sachent quoique ce soit, qu'ils étaient déjà les transmetteurs de l'intention du salut de Dieu sur le monde. C'est notre condition, nous sommes nous, comme chrétiens, nous vivons surtout dans ce monde actuel de l'anonymat des foules, nous sommes souvent ces gens qui vivent dans l'incognito, dans le quotidien le plus ordinaire et le plus simple, et cependant, nous sommes les porteurs de l'intention divine de salut pour nos frères.

Nous pouvons prier Joachim et Anne pour qu'ils nous aident à découvrir comme eux-mêmes l'ont découvert, ce qui fait le poids de cette intention divine sur le monde, sur nos frères, et sur nous-mêmes.

 

AMEN