HUMILITÉ DE L’HUMANITÉ

Si 44, 1-2 + 8-15 ; Lc 10, 21-24
Sainte Anne et saint Joachim – (26 juillet 2006)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


 

Frères et sœurs, les deux personnages que nous célébrons aujourd’hui, dont nous faisons mémoire, Joachim et Anne, parents de la Vierge Marie, non pas pour leur existence ou des détails que nous aurions sur eux, beaucoup de témoignages évangéliques ni même de témoignages historiques.

En réalité, cette dévotion qui s’est cristallisée autour de ces deux parents qu’on a appelé Anne et Joachim, commence seulement vers le 6ème siècle, même si auparavant, il y a eu dans les évangiles apocryphes quelques mentions de ce prénom, surtout de la mère de Marie, qui s’appelle Anne, il est évident que c’est une fête à laquelle l’Église s’est attachée essentiellement pour des raisons théologiques et spirituelles.

Personnellement, j’en vois deux qui sont révélées par les lectures que nous venons d’entendre. La première, c’est cette idée fondamentale qui est aujourd’hui un peu battue en brèche, c’est que le salut passe par l’histoire, par la génération, par la temporalité de l’existence humaine. En fait, il y a beaucoup de gens aujourd’hui qui voudraient réduire le christianisme à une sorte d’algèbre mathématique des choses divines, qui aboutit finalement à une sorte de vision de Dieu qui est purement une cause qui dirige plus ou moins l’existence des hommes de façon très lointaine, sans visage, sans attention ni bienveillance. C’est une sorte de "principe" qui explique tout ce qu’on ne peut pas expliquer par l’étude scientifique.

La Bible et la tradition de l’Église ont toujours réagi de façon inverse. L’Église a toujours cru que Dieu voulait se manifester par les visages concrets, par une histoire concrète, par des générations concrètes. Même si on n’a pas de point de référence historique pour parler d’Anne et de Joachim, on sait que la mère de Dieu a eu elle aussi des parents, et que donc, la venue du salut s’inscrit dans un lignage, dans une histoire, dans des fais précis que peut-être nous ignorons, mais qui sont infiniment précieux parce que c’est par eux que le salut est venu.

C’est très difficile encore aujourd’hui d’accepter cela. Je pense que c’est le plus grand défi du christianisme au cœur de la société contemporaine. Dans la société contemporaine, le salut vient des idées, vient de la technique, vient de l’industrie, vient du calcul des mathématiques. Dans la Bible, non, ce n’est pas comme ça. Le salut ne vient pas de façon abstraite, il vient par la vie des gens, par la rencontre de personnes, par l’enracinement dans une histoire. Donc, la conséquence de cela c’est l’humilité : "Je te rends grâces Père d’avoir caché cela aux sages et aux habiles". C’est vrai qu’aujourd'hui, on a plutôt tendance à avoir des gens qui se fabriquent une religion de sages ou d’habiles. J’ai entendu l’autre jour à la radio une des perles de l’imbécillité théologique qu’on peut remarquer aujourd’hui. Je crois que c’était le maire de Lourdes qui disait qu’au fond, ce qui était intéressant dans Lourdes, ce n’était pas "les religions" (il disait bien "les" religions), mais c’est la spiritualité. Je ne sais pas si le maire de Lourdes est catholique, mais en tout cas, c’est la bêtise à éviter : les religions … Nous vivons dans une pluralité de religions et il faut avoir l’humilité de reconnaître que l’humanité est livrée à une pluralité de religions. Mais la Spiritualité en soi, avec un S majuscule cela n’existe pas ! Ce sont des fadaises qui ne servent à rien, qui détournent les gens des véritables problèmes et qui les détournent d’abord de cette réalité qu’ils sont eux-mêmes les premiers interlocuteurs pour Dieu du salut qu’il leur offre, donc cela suppose l’humilité.

L’humilité c’est une vertu chrétienne qui n’est pas simplement cette espèce de faux-semblant de modestie qu’on cultive pour avoir l’air de rien, ce n’est pas l’humilité, c’est de l’hypocrisie, mais l’humilité c’est de savoir reconnaître que le salut de Dieu passe par les choses très simples de la réalité humaine.

C’et ce qui s’est passé à travers Joachim et Anne, c’est ce qui s’est passé à travers la vierge Marie, c’est ce qui s’est passé à travers l’humanité du Christ. La plénitude du salut est parvenue par l’humilité de l’humanité.

Demandons aujourd’hui à Joachim et Anne, dont on ne sait pas grand-chose, mais précisément c’est peut-être ça leur humilité, de nous apprendre nous-mêmes à être les vrais témoins de cette simplicité et de cette modestie des enfants de Dieu qui reçoivent le salut par les moyens les plus déconcertants, les plus simples et les plus humbles.

 

 

AMEN