RÉVÉLATION ET TRADITION

Si 44, 1-2 + 8-15 ; Lc 10, 21-24
Sainte Anne et saint Joachim – (26 juillet 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Au risque de vous décevoir je ne peux pas vous raconter grand-chose sur saint Joachim et sainte Anne. Il est vrai que la tradition populaire ne s'est pas privée de raconter des épisodes fameux sur leur vie. L'icône elle-même qui représente la naissance de la Vierge Marie pourrait nous laisser imaginer comment Anne était une femme de goût, bien habillée, dans une maison sympathique, surtout parce qu'elle a plusieurs serviteurs, et l'on peut ainsi élaborer tout ce que l'on veut sur la vie de sainte Anne et de saint Joachim. Si vous voulez, vous pouvez vous y mettre et inventer, tout simplement parce qu'on ne sait pas si les parents de la Vierge Marie s'appelaient Anne et Joachim, c'est une tradition qui remonte au deuxième siècle, dans les milieux judéo-chrétiens, et peut-être qu'on s'était transmis leur nom, mais l'évangile n'en dit rien, il n'y a que la tradition qui reconnaît au moins une chose essentielle, qui peut paraître au premier abord légèrement simpliste, ce que je vais dire : la Vierge Marie avait des parents ! Je le dis, parce que si on lit certains savants écrivant sur le phénomène religieux, ils ne cesseront de démontrer que la Vierge Marie n'est présentée parfois que comme l'image de toutes ces femmes déesses mères, de toutes celles qui, dans des cultes de la fécondité où elles étaient honorées, avaient ce visage de la maternité, de la féminité, et que simplement la Vierge Marie aurait remplacé quelque culte ancien. La grande différence, c'est la tradition qui nous le rappelle, c'est que les déesses sortent directement du décor pré-établi du milieu divin, tandis que la Vierge Marie s'est contentée de naître de parents qui lui ont donné la vie, et d'être élevée comme n'importe quelle jeune fille dans le milieu qui était le sien, dans sa culture, et dans une histoire donnée.

Ainsi, la fête de sainte Anne, et de saint Joachim, nous situe-t-elle dans ce qu'on pourrait appeler la manière dont Dieu se révèle aux hommes. Il ne passe pas dans sa révélation par des paroles qui seraient données ex-cathédra et qui tomberaient du ciel, un peu comme le coran pour Mahomet, mais bien par l'aventure et l'histoire des hommes, et souvent des hommes les plus simples : "Je te bénis, Père d'avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l'avoir révélé aux petits et aux simples", dit Jésus. Oui, car la révélation ne se trouve pas d'abord dans des livres, la révélation ne se trouve pas d'abord dans des discours religieux bien élaborés. La révélation n'est pas d'abord et seulement un effort intellectuel, mais elle est la rencontre avec le Dieu vivant. Cette rencontre, Dieu a voulu qu'elle passe par des hommes et des femmes qui eux-mêmes deviennent porteurs de la révélation, qui eux-mêmes deviennent comme une page d'évangile écrite pour les hommes d'aujourd'hui.

Ainsi, pour nous, cela doit-il nous rappeler que la tradition, c'est tout un ensemble. Il ne s'agit pas simplement de répéter parce qu'on l'aurait lu dans un catéchisme bien ficelé, ce qu'est le mystère de la foi, pour vivre la foi ou pour l'annoncer. Mais il faut, pour comprendre et vivre dans la tradition de l'Église, faire partie de cette communauté des hommes et des femmes qui se reconnaissent vivants de la grâce et du Salut que Dieu accorde pas seulement aux sages et aux savants, nous l'espérons, mais aussi aux petits et aux simples. Pour notre propre vision religieuse, il s'agit de comprendre, comme aimait à le dire certains : on n'est pas chrétien tout seul, et un chrétien tout seul est un chrétien en danger. Nous faisons partie d'une famille qu'on appelle la famille des enfants de Dieu et notre itinéraire spirituel, notre itinéraire chrétien, nous le devons pas simplement aux hommes, ni non plus à une révélation infuse de Dieu, mais bien à cette communion dans la communauté où les uns les autres, nous devenons comme des sacrements de la révélation d'un Dieu qui s'est fait homme et qui dit lui-même : Père, ceux qui peuvent te connaître, c'est ceux qui écouteront ma voix. Il s'agit du Fils homme parmi les hommes, homme parlant comme un homme, homme qui dit ainsi et révèle la divinité d'un Dieu qui se fait proche et qui transmet par ce qu'Il est dans son quotidien, dans son histoire, dans la culture, dans la foi qui est la sienne, tout ce que Dieu veut donner aux hommes.

Nous sommes invités aujourd'hui en fêtant Sainte Anne et saint Joachim à comprendre à qui nous devons la révélation. Notre mission, notre vocation est d'être aussi, même si notre place est simple, petite, et humble, ceux qui vont permettre que ce Salut, cette Parole de Dieu, cette Incarnation continuée se poursuive pour les hommes d'aujourd'hui. Que sainte Anne et saint Joachim qui ont élevé la Vierge Marie et lui ont certainement transmis le plus beau cadeau de la foi, nous apprennent aussi, nous, à faire partie de cette communauté et de cette famille des enfants de Dieu appelés au salut et appelés à le transmettre.

 

 

AMEN