LES PAUVRES DU SEIGNEUR
Si 44, 1-2 + 8-15 ; Lc 10, 21-24
Sainte Anne et saint Joachim – (26 juillet 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Vertus : La rencontre d'Anne et Joachim à la Porte Dorée
Par contre, de la généalogie de Jésus par Marie, sa mère, celle qui lui a tout donné de ce qu'Il a d'humain, puisque toute sa chair, toute sa pensée humaine vient de Marie, et de Marie seule fécondée par l'action de l'Esprit Saint, cette généalogie de Marie, personne ne nous l'a rapportée. Et c'est la Tradition seulement qui nous a fait parvenir, dans le secret et la simplicité, ces noms de Joachim et d'Anne, parents de la Vierge Marie. Et nous n'en savons pas davantage. Une tradition dit aussi que Marie remonterait à la race de David par une autre branche que Joseph, mais cela non plus, ne nous est pas donné, d'une façon explicite par les évangiles.
C'est donc dans l'obscurité, dans le mystère, dans le secret, dans la petitesse que Jésus plonge ses origines charnelles dans notre humanité, à travers Marie. En célébrant aujourd'hui Joachim et Anne, ce sont vraiment ce que l'Ancien Testament appelait les "pauvres du Seigneur" que nous célébrons. Des pauvres du Seigneur, c'est-à-dire non pas nécessairement des gens nécessiteux, qui manquaient de fortune ou de quoi manger, mais ceux qui avaient un cœur de pauvre, suivant dans la simplicité, l'effacement, la petitesse, attendaient humblement et avec espérance la révélation du Seigneur. Ces gens qui, depuis le retour d'exil, étaient nombreux en Israël et qui, au milieu des luttes que le peuple avait à soutenir pour se défendre contre l'emprise de l'empire grec puis de l'empire romain, au milieu des luttes de factions entre Pharisiens, Sadducéens, Esséniens, que sais-je encore, au milieu des tentatives de révolte politique comme celle des Zélotes, ces gens qui restaient humblement à leur place, sans notoriété, sans action d'éclat, mais qui, dans le secret, dans le silence de leur cœur attendaient le Seigneur. L'évangile nous en montre quelques uns, comme ce vieillard Siméon, cette prophétesse Anne, du même nom que la mère de la Vierge Marie bien qu'il s'agisse d'un autre personnage, Anne et Siméon qui, chaque jour, seuls et sans se faire connaître, allaient dans le Temple prier dans l'attente de la Révélation de Dieu.
Je crois que nous avons autour de nous, connus ou inconnus de nous, un grand nombre de ces pauvres du Seigneur qui attendent dans le silence, dans la paix, dans l'obscurité, la grâce de Dieu pour eux, pour le monde, pour leurs proches et pour tous les êtres connus ou inconnus qui les entourent. Ces gens simples et pauvres, qui sont vraiment les plus proches du cœur du Seigneur, sont les vrais intercesseurs de notre monde, lui aussi traversé de tant de dissensions, de querelles biologiques ou politiques cette Église secouée de crises, cet univers où les peuples s'entre déchirent. Il y a heureusement les pauvres du Seigneur, qui, sans participer à quelque action d'éclat que ce soit, sont là pour attirer la grâce de Dieu.
Vous vous souvenez que lorsque, devant le péché de Sodome et de Gomorrhe, le Seigneur se décida à détruire ces villes, Abraham intercéda et marchanda. Mais on ne trouva pas dix justes. Et la ville fut détruite. Prions pour qu'il y ait parmi nous, au moins cinq et dix si possible, de ces pauvres du Seigneur, de ces justes de Dieu, qui dans le silence de leur cœur, prient pour nous et nous sauvent de ce péché qui nous entoure et dont nous sommes trop souvent complices.
AMEN