LA CHAIR, LIEU DE GRÂCE
Si 44, 1-2 + 8-15 ; Lc 10, 21-24
Sainte Anne et saint Joachim – (26 juillet 1993)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Voilà la béatitude que nous lisons aujourd'hui à propos de la fête de sainte Anne et de saint Joachim. Qu'ont donc vu ces yeux ? Qu'ont donc entendu ces oreilles pour que le Christ Lui-même dise à son entourage que c'était le bonheur de vivre ce moment-là ?
Je crois qu'en réalité, à vue purement extérieure, ils n'ont vu que des choses très ordinaires. Ils ont eu une fille, cette fille a eu un garçon. Dans leur chair est née une descendance et cette descendance était Jésus, fils de Marie. Voilà tout l'objet de la béatitude parce que ce n'est pas simplement ce bonheur déjà si profond et si réel du prolongement de la personne à travers des enfants et des petits-enfants, mais l'accueil de Dieu dans la chair, dans la vie même des ces hommes. C'est le mystère de l'Incarnation. Que Dieu ait eu cette imagination prodigieuse que, pour se manifester, pour entrer dans la vie des hommes, pour entrer dans la communauté humaine, Il ait choisi ce mystère d'une naissance est quelque chose d'inouï. C'est pour cela que l'Église a tenu à célébrer saint Joachim et sainte Anne, non pas que nous connaissions grand-chose d'eux, mais tout simplement parce qu'à travers ce don de la vie, à travers l'éducation, à travers tous les gestes humains qu'ils ont prodigués pour que Marie devienne la Mère de Dieu, ils ont réalisé cette béatitude. Ils ont vu vraiment le Christ, ils ont vu vraiment Dieu, ils ont été comme Siméon et ils ont pu dire aussi : "Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix car mes yeux ont vu ton salut", la manifestation et la présence de Dieu au cœur de l'homme, à travers même la chair.
Finalement c'est bien cela que nous voyons se réaliser dans la naissance de Jésus. C'est que Dieu Lui-même prend le moyen le plus humble, ce qu'il y a en nous de plus fragile, la condition charnelle, notre existence dans un corps, pour que ce corps et cette chair devienne le lieu de resplendissement de la gloire de Dieu, le lieu de la présence et du salut. Et qu'il s'agisse de Joachim et d'Anne, qu'il s'agisse de Marie, ce que l'on veut célébrer justement dans cette fête, c'est que Dieu, pour se manifester, se manifeste à travers le mystère même de la génération. C'est dire la grandeur de ce mystère, c'est dire la beauté, la grandeur de la vie familiale, c'est dire la beauté, la grandeur du fait que chacun de nous a un corps capable de recevoir et de donner la vie.
Alors en célébrant Joachim et Anne, il faudrait que nous puissions transposer pour découvrir que tout ce qui constitue notre vie, dans ses gestes les plus simples, les plus profonds, les plus essentiels à la constitution de la vie humaine, à tout ce qui constitue la vie familiale, à tout ce qui constitue la vie conjugale, à tout ce qui constitue la grandeur et la beauté du foyer humain, de l'amour humain, que tout cela est le lieu même de la manifestation de l'amour de Dieu. Et qu'à travers l'amour d'Anne et de Joachim c'est le mystère même de cette fécondité de la chair qui n'est pas simplement de donner des enfants mais qui est que, par pure grâce de Dieu, dans cette chair, Dieu peut prendre chair, Dieu peut s'enraciner. Ainsi tout ce que nous vivons, tout ce que nous sommes dans notre condition humaine devient le lieu même du surgissement de la grâce, de l'amour éternel de Dieu, de la splendeur de Dieu au milieu de nous.
En ce jour où nous célébrons ces deux figures de l'Ancienne Alliance, de l'attente et de l'espérance de la venue de Dieu, demandons à saint Joachim et à sainte Anne de nous donner ce sens de la gratuité de l'Incarnation de Dieu, de l'immédiateté de la présence de Dieu dans notre condition humaine, de la profondeur et de la grandeur de son salut à travers les gestes les plus simples et les plus humbles de notre vie.
AMEN