L'ÉLOGE DES ANCÊTRES

Si 44, 1-2 +8-15

Sts Anne et Joachim

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS 

Je ne sais pas si c'est parce que la tradition liturgique a été prise au dépourvu et qu'elle n'avait pas de texte spécifique à appliquer à Joachim et Anne, mais le texte de Ben Sirac le sage s'intitule l'éloge des ancêtres. C'est une vieille habitude de penser qu'aujourd'hui il n'y a plus de jeunesse, que les générations actuelles ne valent pas cher, que dans les temps anciens, au contraire c'était bien mieux. Avant la guerre, il se passait des choses prodigieuses et au Moyen-Age c'était encore plus beau, et dans l'Antiquité, c'était encore plus merveilleux. Alors quand la Bible entreprend de faire l'éloge des ancêtres, on pourrait s'attendre à ce qu'elle embouche la même trompette. On n'est d'ailleurs pas sûr qu'auparavant c'était mieux, mais enfin cela fait toujours du bien de le dire.

       Quand le Siracide fait l'éloge des ancêtres, quand la Bible fait l'éloge des ancêtres, elle ne part pas sur un ton dithyrambique. La Bible dit : "Faisons l'éloge des hommes illustres, de nos ancêtres dans leur ordre de succession." Jusque-là ce n'est pas un éloge. Mais on ajoute : "Voici des hommes de bien dont les bienfaits n'ont pas été oubliés. Dans leur descendance, ils trouvent un riche héritage : leur postérité." Autrement dit, plutôt que de se plaindre du fait qu'aujourd'hui ça va mal, on dit "aujourd'hui, si ça va aussi bien, c'est la bénédiction des ancêtres." On va même jusqu'à dire : ce qui est la grandeur des ancêtres, c'est d'avoir fait des générations aussi bien que nous. C'est exactement ce que dit ce texte. Avouez qu'en ce qui concerne le Christ, c'est particulièrement bien appliqué puisque précisément Il est la descendance, la postérité la plus réussie de Joachim et d'Anne, puisqu'Il est l'homme parfait, le Fils de Dieu, le Verbe incarné. On ne pouvait pas faire mieux.

       Mais tout cela nous montre quelque chose de très profond vis-à-vis de la vie chrétienne. Qu'est-ce qui constitue la vie chrétienne dans une existence ? Curieusement ce n'est pas ce qu'on accumule, ce n'est pas la "gloire" au sens ancien du terme qu'on pourrait acquérir pour soi-même mais c'est "la postérité" c'est-à-dire ce qu'on a donné. On a transmis la vie, on a transmis un héritage de foi, tout ce que l'on croit, tout ce que l'on aime. Et précisément la grandeur, c'est de savoir donner. C'est pour cela que nous célébrons Joachim et Anne, parce que dans leur postérité, dans ce qu'ils ont suscité, la vierge Marie, puis le Christ Jésus né de la vierge Marie, c'est d'eux-mêmes qu'ils ont donné, et c'est cela leur sainteté.

       Nous touchons là quelque chose de très profond en ce qui concerne la vie familiale, en ce qui concerne la paternité, la maternité. Ce qui est le plus grand, c'est d'avoir donné. Ce n'est pas d'avoir essayé de faire une promotion de soi-même pour acquérir la meilleure image de marque. La vérité, c'est ce qu'on aura donné, c'est la manière dont on se sera mis au service de la génération qui vient et qui monte.

       Alors demandons au Seigneur de nous donner ce véritable regard sur notre existence chrétienne qui n'est pas de capitaliser des valeurs humaines ou spirituelles. Le sens profond de notre existence c'est de savoir donner le plus profond de nous-mêmes, ce qu'il y a de plus vrai, de plus précieux. Et si c'est en famille de le transmettre à travers la vie familiale. Et si c'est dans la vie professionnelle, de le transmettre à travers tout ce réseau de service et d'échange par lequel nous sommes au service les uns des autres, ce qui fait que ce que nous avons reçu, nous l'avons précisément reçu comme une grâce et comme un don et par conséquent nous ne pouvons pas en faire une sorte de fausse propriété. Mais c'est précisément dans l'acte même de donner, de transmettre, que nous trouvons la véritable grandeur de notre existence chrétienne ; c'est peut-être là que nous imitons au mieux ce qui est au cœur de Dieu, son amour créateur, la générosité qui donne et ne mesure pas.

       AMEN