AUX PAUVRES, AUX PETITS
Si 44, 1-2 + 8-15 ; Lc 10, 21-24
Sainte Anne et saint Joachim – (26 juillet 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Brienne-le-chateau : Sainte Anne trinitaire
Il est très rare, dans la liturgie de l'Église, de célébrer des saints dont nous ne savons rien, si ce n'est qu'ils ont pris leur place dans cette très longue suite d'hommes et de femmes qui ont cherché Dieu de tout leur cœur, à chaque instant de leur vie, attentifs à sa Parole, attentifs à donner un sens à leur vie à cause de cette Parole. C'est peut-être l'unique cas dans la liturgie que celui que nous fêtons aujourd'hui en célébrant les parents de la vierge Marie, Joachim et Anne. Les évangiles canoniques ne nous en disent rien, même pas leur nom. Nous savons ce nom grâce à des évangiles apocryphes, c'est-à-dire que l'Église ne reconnaît pas comme authentiques dans la traditions qu'ils nous rapportent, des évangiles apocryphes du second siècle, et spécialement le protévangile de saint Jacques qui est le seul livre où Joachim et Anne soient nommés tous les deux ensemble.
Mais ce n'est pas une raison pour ne pas les fêter. Car lorsque nous célébrons des saints connus et glorieux, nous savons pourquoi nous les fêtons. Nous connaissons leur vie, nous connaissons ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont dit ou enseigné. Nous savons pourquoi Dieu leur a donné une récompense, celle du Royaume. Nous savons le bien visible qu'ils ont fait, les mérites qu'ils ont eus, la grandeur qui a été la leur dans l'Église et le rayonnement qu'ils ont eu dans cette Église comme dans le reste du monde. Et c'est pour cela que nous les célébrons, comme des astres proches de nous, dont la lumière nous illumine encore. Mais ceux que nous célébrons ainsi, sont très peu nombreux, en définitive. Quelques-uns, parmi cette immense foule, cette immense nuée de témoins, comme dit l'épître aux Hébreux, qui depuis Abraham, ont cherché Dieu, dans le secret de leur cœur et dans la discrétion absolue du monde et de la connaissance.
En célébrant la fête de Joachim et de Sainte Anne, nous devons nous rappeler que nous sommes chrétiens non pas par ce que les autres savent de nous, mais par ce que Dieu sait de nous. Nous sommes devant Dieu des petits, des gens qui ne savent rien. Nous ne sommes pas des habiles ou des intelligents, comme le monde en connaît beaucoup. C'est cela notre véritable grandeur, c'est cela notre véritable sainteté. Et c'est cela, en définitive, notre gloire. Notre gloire, ce ne sera pas ce que l'on dira de nous après notre mort, probablement très peu de choses et notre souvenir disparaîtra bien vite. Mais notre gloire et notre grandeur sera d'être connu éternellement de Dieu, parce que, comme Joachim et comme sainte Anne, nous aurons bâti notre maison sur le roc invisible de Dieu et non pas sur ces rocs tout à fait friables de la vie du monde. Nos fondations sont intérieures, elles sont souterraines à toute la vie du monde et, quoi qu'il arrive de cette vie du monde, nous serons solides, éternellement en Dieu.
Nous devons nous réjouir, en célébrant saint Joachim et sainte Anne, parce que Dieu a voulu que, nous aussi, dans notre petitesse, dans le fait d'être ignorés des autres, peu importe, nous ayons notre place, une place unique, une place importante, dans cette "nuée de témoins", dans ce long cortège qui, depuis le début du monde, sillonne la terre et établit, sur cette terre, la présence de Dieu. Joachim et Anne, dans le secret de leur vie, dans la difficulté de leur vie, puisque ce protévangile de Jacques nous dit que, pendant très longtemps, ils ont attendu un enfant, ils ont attendu le signe de la bénédiction de Dieu, nous aussi, dans notre vie, nous ne cessons d'attendre la bénédiction de Dieu. C'est notre véritable fécondité. Nous devenons fils de Dieu lorsque sa Parole vient inonder notre cœur, lorsque sa Parole vient faire jaillir, en nous, toutes ces possibilités de vie qui ont été déposées par le créateur. C'est donc dans l'action de grâces, cette même action de grâces qui fut celle du Christ, sous l'inspiration de l'Esprit Saint, bénissant le Père parce qu'Il a révélé son secret aux pauvres et aux petits.
AMEN